À la Ferme de la Sauvagerie à Varennes-sur-Seine, deux maraîchers associés remplacent le plastique par du compost. Grâce au dispositif « Je nourris Paris ! », une cagnotte citoyenne finance cette transition écologique majeure.

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À 30 ans passés, Marie Graingeot a troqué les livres pour les légumes, prouvant ainsi qu’une reconversion radicale peut rimer avec un engagement écologique concret.

Après huit années passées dans le secteur de l’édition à Paris, cette diplômée en lettres et sciences politiques a en effet décidé, en 2016, de prendre « la clef des champs » pour redonner du sens à son quotidien. Pour Marie, ce changement de vie était une évidence : « cultiver des légumes était un choix de carrière tout à fait désirable », confie-t-elle.

Aujourd’hui cofondatrice de la Ferme de la Sauvagerie à Varennes-sur-Seine dans le sud de la Seine-et-Marne, elle mène, avec son associé Gaël Thomas, une campagne de dons cruciale pour bannir le plastique de leurs cultures.

C’est lors de ses premières expériences comme ouvrière agricole que Marie rencontre Gaël, lui-même issu de l’agriculture urbaine sur les toits de Paris. Ensemble, ils partagent une vision commune : produire localement une alimentation de qualité tout en préservant les ressources pour les générations futures.

En 2021, grâce au soutien de la mairie de Varennes-sur-Seine, ils s’installent sur cinq hectares de foncier communal afin d’y cultiver plus d’une centaine de variétés de légumes, de fruits et d’aromates certifiés bio.

Leur ferme est un laboratoire de biodiversité. Ils ont déjà planté 300 mètres de haies et creusé des mares pour favoriser un environnement résilient. Pourtant, malgré leur certification AB, un vestige de l’agriculture conventionnelle leur pose problème : l’usage de bâches plastiques pour couvrir les sols.

Actuellement, pour lutter contre l’érosion et nourrir le sol, les maraîchers utilisent soit des cultures, soit des engrais verts, soit ces fameuses bâches en plastique. Bien que pratiques, ces dernières génèrent de la pollution aux microplastiques et ne nourrissent pas la terre. Marie et Gaël souhaitent donc les remplacer par du compost.

Interrogée sur l’abandon total du plastique, Marie reste réaliste : « Le but, c’est de le réduire vraiment au maximum en fait. C’est-à-dire de vraiment ne l’utiliser que dans les cas où on n’aura absolument pas d’autres solutions ». Marie espère ainsi réduire son usage de 80 % dès cette année.

Cependant, épandre du compost à la main sur de grandes surfaces est une tâche épuisante et chronophage. Pour passer à l’étape supérieure, la ferme doit investir dans du matériel ergonomique : un épandeur et un chargeur, ce qui représente un budget global de 15 000 €. Ce matériel permettrait non seulement de soigner la terre, mais aussi d’épargner de la fatigue aux deux maraîchers, en réduisant la pénibilité physique.

La campagne de financement participatif lancée par la ferme rencontre un franc succès. À ce jour, la cagnotte affiche déjà 10 943 € récoltés auprès de plus d’une centaine de contributeurs. Ce montant est d’autant plus significatif qu’il bénéficie du dispositif « Je nourris Paris ! ». Grâce à ce partenariat entre la Ville de Paris et la plateforme Blue Bees, chaque euro donné est doublé par la municipalité.

Avec plus de 10 000 € de dons citoyens déjà validés, la mairie de Paris apportera sa contribution maximale de 10 000 €, portant le budget total à environ 20 000 €. Marie attend avec impatience le versement de ces fonds : « Si la mairie de Paris réagit rapidement, cela nous aiderait car on voudrait mettre en place ces pratiques dès cette année, pour le printemps « .

Le parcours de Marie n’a pas été simple dans une région où plus de 2/3 des terres sont dédiés aux céréales. Le maraîchage ne représente plus guère que moins de 1 % de la surface agricole – un vestige de ce que fut autrefois la plus grande plaine maraîchère de France.

Sans le réseau Abiosol, un réseau d’accueil pour de nouveaux candidats à l’installation en Agriculture Biologique et Solidaire, elle l’admet volontiers : « Moi typiquement, je n’aurais jamais réussi à me reconvertir si je n’avais pas eu ces structures-là. […] Je n’y serais pas arrivée toute seule ».

Aujourd’hui, vous pouvez retrouver les produits de la Ferme de la Sauvagerie sur les marchés parisiens de Charonne (20e) et du Cours de Vincennes (12e), les mercredis et samedis, ainsi que les jeudis au marché couvert de Milly-la-Forêt, mais aussi dans les assiettes des écoliers de Varennes-sur-Seine.

Pour Marie, transformer l’agriculture n’est pas qu’une envie, c’est une nécessité vitale. « On est dans une région où les terres agricoles sont parmi les meilleures du pays ; c’est pour ça qu’on fait des céréales dessus, parce que les rendements sont importants. Mais en fait, on n’utilise plus nos terres pour nourrir la population locale comme c’était le cas jusque dans les années 1970 ».

Seulement 15 % des fermes sont engagées en bio en Ile-de-France pour 12 millions d’habitants selon l’observatoire régional de l’agriculture biologique en 2024.