(Actualisé avec manifestations)
par Brad Brooks, Maria Tsvetkova et Daniel Trotta
Des
milliers de manifestants ont défilé vendredi dans les rues de
Minneapolis, dans le Minnesota, pour réclamer le retrait de la
police de l’immigration (ICE) après la mort de deux concitoyens
tués par des agents fédéraux.
Leur mouvement a été relayé par des organisations étudiantes
dont l’appel à boycotter les cours dans tous les Etats-Unis pour
une journée nationale de protestation a été suivi de Los Angeles
à New York par des élèves et leurs enseignants.
Cet appel intervient une semaine après un mouvement
similaire qui avait rassemblé des milliers d’habitants de
Minneapolis malgré un froid polaire pour exiger la fin de
l’opération Metro Surge.
Celle-ci, calquée sur des opérations anti-immigration déjà
menées dans d’autres villes démocrates comme Los Angeles ou
Chicago, mobilise environ 3.000 membres de la police de
l’immigration (ICE) et de la police des frontières (CBP) et
cristallise les tensions avec la population locale, qui organise
des rassemblements pour observer et dénoncer les rafles.
Face au tollé provoqué par la mort de Renee Good et Alex
Pretti et aux sondages montrant un mécontentement croissant des
Américains envers la brutalité de sa politique migratoire,
l’administration de Donald Trump a envoyé ces derniers jours des
signaux contradictoires, jouant tantôt l’apaisement, tantôt la
surenchère.
Envoyé à Minneapolis pour calmer le jeu, le « tsar des
frontières » de Donald Trump, Tom Homan, a annoncé jeudi lors de
sa première conférence de presse, que les agents de l’ICE se
concentreraient désormais sur des « opérations ciblées et
stratégiques » à Minneapolis.
Quelques heures plus tard, Donald Trump a affirmé devant des
journalistes qu’il n’était pas question de retirer des forces
fédérales de la ville, comme il l’avait laissé entendre.
Il a ensuite qualifié, dans un message sur son réseau
social, Alex Pretti d' »agitateur et peut-être insurgé », en
référence à une nouvelle vidéo montrant cet infirmier de 37 ans
se rebellant lors d’une confrontation avec d’autres agents onze
jours avant sa mort, brisant d’un coup de pied le phare d’un
véhicule de police avant d’être interpellé.
Selon CBS, le FBI dirige désormais l’enquête sur le décès
d’Alex Pretti, tué par balles le 24 janvier lors d’un
rassemblement anti-rafles par des agents du CBP après avoir été
plaqué au sol alors qu’il s’interposait pour protéger une femme.
UN ANCIEN PRÉSENTATEUR DE CNN ARRÊTÉ
Le département de la Justice a par ailleurs arrêté un ancien
présentateur de CNN, Don Lemon, qu’il a inculpé de violation de
la législation fédérale pour avoir participé à une manifestation
dans une église de St. Paul, « ville jumelle » de Minneapolis.
Don Lemon, qui critique fréquemment Donald Trump, a déclaré
qu’il se trouvait dans l’église en tant que journaliste pour
couvrir l’événement. Son avocat a dénoncé une « attaque sans
précédent contre le premier amendement » de la Constitution
protégeant la liberté d’expression.
Le département de la Justice (DoJ), aux ordres du président
américain, est accusé de concentrer ses efforts sur les
manifestants, les militants et les dirigeants démocrates dans le
Minnesota, plutôt que sur les agents fédéraux qui ont abattu
Alex Pretti et Renee Good, qualifiés dans un premier temps de
« terroristes de l’intérieur » par le gouvernement.
Plusieurs procureurs fédéraux ont démissionné du bureau du
procureur général du Minnesota pour protester contre une
directive les obligeant à enquêter sur la veuve de Renee Good.
Le gouverneur du Minnesota Tim Walz, le procureur général de
l’Etat Keith Ellison et le maire de Minneapolis Jacob Frey ont
été assignés à comparaître par le DoJ qui enquête pour savoir si
leur opposition aux rafles ordonnées par Donald Trump constitue
une infraction pénale. Tous trois dénoncent des poursuites à
caractère politique.
Alors que les tensions restent vives à Minneapolis, les
organisateurs des manifestations de vendredi comptaient
accentuer la pression sur Donald Trump en rappelant qu’il avait
dit vouloir cette semaine une « petite désescalade ».
« Pas de travail. Pas d’école. Pas de courses. Arrêtons de
financer l’ICE », était l’un des slogans postés sur un site
recensant 250 lieux de manifestations prévues dans 46 Etats et
des métropoles comme New York, Los Angeles, Chicago et
Washington.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)