Der Spiegel n’y va pas de main morte. Sur la une de son numéro du 30 janvier, on peut voir un employé souriant, nonchalamment assis sur sa chaise de bureau surmontée d’une couronne en papier, et affublé de ses attributs de pouvoir : à droite, sa copieuse retraite ; à gauche, son tampon en bois. En Allemagne, le fonctionnaire serait-il roi ? C’est la question provocatrice que pose l’hebdomadaire hambourgeois, autrefois classé à gauche, mais dont la ligne éditoriale a beaucoup changé ces dernières années. S’il est clair que “les fonctionnaires sont indispensables à la bonne marche de l’État”, “ils sont trop nombreux, leurs privilèges divisent le pays et risquent de faire bientôt exploser les budgets”, juge le Spiegel.

En Allemagne, le nombre de fonctionnaires augmente lentement mais régulièrement, indique le titre. “En 2015, ils étaient moins de 1,7 million. Dix ans plus tard, les voilà près de 1,8 million.” Et si l’on exige d’eux obédience et neutralité, leur statut leur garantit aussi des “privilèges considérables” : diverses allocations, une assurance-maladie privée, des prêts facilités et, surtout, une “retraite juteuse”. Les sommes consacrées à ces retraites sont astronomiques, estime le magazine allemand.

En 2024, l’État y a consacré “plus de 50 milliards d’euros”, montant qui a presque doublé depuis 2007. Or, en raison de la dette colossale du pays, “le système n’est plus viable à long terme”, souligne Martin Werding, conseiller économique auprès du gouvernement fédéral.

Un système à réinventer

Pour le Spiegel, “la question n’est pas de savoir si nous avons besoin de fonctionnaires. Mais plutôt de combien nous en avons besoin, combien d’agents l’État a les moyens de rémunérer et quelles sont les tâches pour lesquelles nous avons vraiment besoin d’eux ou non.” En ce sens, suggère le média, pourquoi ne pas s’inspirer de certains voisins de l’Allemagne ? En Suisse, si le statut de fonctionnaire a été supprimé à l’échelle nationale, “certains cantons l’ont toutefois conservé ; par exemple, les policiers sont souvent encore des fonctionnaires cantonaux”, précise le Spiegel. Mais ceux-ci ne sont pas nommés à vie, ils disposent d’un mandat de quatre ans.

L’Autriche a quant à elle opté pour une stratégie intermédiaire. Depuis 2003, “seuls les agents de police, de justice et les militaires jouissent du statut de fonctionnaire”. Outre-Rhin, cette approche fait son chemin, notamment face au constat que le statut de fonctionnaire ne permet plus de recruter davantage de professeurs.

Mais si elle est un jour appliquée en Allemagne, cette mesure n’aurait de sens que si “l’État, les Länder et les communes parviennent à se mettre d’accord”, et “à décider collectivement qui doit bénéficier du statut”. La question est donc encore loin d’être réglée. D’autant que ceux qui auraient le pouvoir de revoir les privilèges des fonctionnaires, lorsqu’ils ne le sont pas eux-mêmes, dépendent des services… de fonctionnaires.