PORTRAIT – Le père de Nicola Peltz et de ses 9 frères et sœurs est un investisseur américain parmi les plus craints des États-Unis. Depuis 2022, il est aussi le beau-père de Brooklyn Beckham.
Sur la photo, ils sont trois. D’un côté, il y a Brooklyn Beckham, qui semble déborder de joie. De l’autre, Nicola Peltz, sa femme, lui rendant son sourire dans sa robe immaculée. Et puis, au centre, posté entre les deux, se tient Nelson, le père de la mariée, avec à la main un texte préparé pour l’occasion, qu’il est sur le point de déclamer. La scène a été capturée en août dernier, à New York, lors du renouvellement des vœux du couple, déjà uni depuis trois ans. Assis autour d’eux, masquant leurs sourires derrière des bouquets de roses blanches, se déployaient tous les membres de la dynastie Peltz : la mère de Nicola, et ses neuf frères et sœurs… Mais aucun Beckham à l’horizon.
Peut-être cette image actait-elle déjà ce que l’on allait apprendre quelques mois plus tard : la rupture, désormais officielle et très médiatisée, entre Brooklyn Beckham et ses parents, David et Victoria. Peut-être marquait-elle alors aussi un basculement. Celui d’un fils — devenu gendre — aujourd’hui sous la coupe de sa belle-famille, marchant désormais sous le joug d’un patriarche qui n’est plus le sien, mais qui est sans doute bien plus influent.
Car Nelson Peltz n’est pas seulement le beau-père de Brooklyn Beckham. Il est l’un des investisseurs les plus redoutés de Wall Street, à la tête d’une fortune estimée à environ 1,6 milliard de dollars, selon Forbes . À 83 ans – et à la manière d’un Logan Roy dans Succession -, il continuerait de provoquer des sueurs froides dans les salles de conseil où il se rend. Loin de l’image hyperglamourisée de Victoria et David Beckham, dont l’influence dans la Fashion sphère n’est plus à prouver, Nelson Peltz opère ailleurs. Dans une autre catégorie.
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Un chef d’entreprise rasé de près
Né à Brooklyn dans une famille juive de classe moyenne, Nelson Peltz grandit en regardant son père, Maurice Herbert Peltz, opérer à la tête d’une entreprise de distribution alimentaire. Après une scolarité dans le privé, il intègre la très sélective Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, avant de décrocher rapidement : le jeune Nelson préfère la route, les forêts, les sapins qui grimpent vers le ciel. Il rêve d’ailleurs un temps de devenir moniteur de ski. Mais avant de se reclure dans les montagnes, il veut voir du pays. «J’ai accepté un emploi dans l’entreprise familiale de produits alimentaires — nous vendions des fruits et légumes frais et des surgelés à New York — comme chauffeur de camion pendant deux semaines, pour cent dollars par semaine, afin de payer l’essence de mon voyage dans l’Oregon», confie-t-il dans une interview au magazine Lifestyles, retranscrite par la Jewish Virtual Library . «Mon père m’a dit que je pourrais avoir le poste si je me rasais la barbe, alors je l’ai fait. C’était une toute petite entreprise, et j’ai vu toutes les opportunités, mais aussi toutes les erreurs que tout le monde commettait. Mon père m’a dit : “Si ça ne te plaît pas, pourquoi ne pas changer les choses ?”»
Au diable, donc, le road trip. Quelques années plus tard, alors âgé de 35 ans, l’homme se fond parfaitement dans le costume du businessman. En 1977, à la mort de son père, il devient, avec son frère Robert, coprésident et directeur général de la société familiale. Cette même année, le New York Times qualifie A. Peltz & Sons d’entreprise majeure de distribution alimentaire, précisant alors que son chiffre d’affaires total «a dépassé les 140 millions de dollars». En quelques décennies, il fonde plusieurs sociétés d’investissement qui ne se comptent plus, et tisse son indéchiffrable empire : en 1985, sa firme new-yorkaise Triangle Industries rachète la National Can Company, puis met la main — entre autres — sur la chaîne de magasins d’articles Dunham’s Sports. Suivront des investissements chez Snapple et Heinz.
Nelson Peltz dans sa tour à New York.
Bloomberg / Bloomberg via Getty Images
«Nous n’avons rien inventé. Que ce soit pour faire d’American National Can la plus grande entreprise d’emballage au monde, pour relancer Snapple ou pour d’autres opérations moins connues mais tout aussi fructueuses, tous ces succès reposent sur le même ingrédient : un bon sens fondamental», expliquera-t-il encore au magazine Lifestyles .
Il a sans doute oublié le petit plus de sa recette : une bonne dose de férocité. Car Nelson Peltz est également réputé pour être l’un des financiers les plus craints de Wall Street. «Dans la Cité de Londres, ville dans la ville qui concentre le cœur de la finance mondiale au Royaume-Uni, il s’est fait connaître pour son offensive contre le géant des biens de consommation Unilever, propriétaire notamment du savon Dove, et pour ses prises de contrôle de multinationales américaines, de Heinz et Mondelez à Disney et Procter & Gamble, qui possède des marques comme Pampers ou Gillette», rapporte The Times . Réputé pour «son agressivité en salles de réunion», Nelson Peltz aurait même été décrit par l’un de ses administrateurs comme un «vieux tyran. Tout comme Donald Trump». Un parallèle qui n’est d’ailleurs pas anodin puisque, précisons-le, le milliardaire organisera une levée de fonds, en 2020, en faveur de la campagne présidentielle du futur président américain.
Redoutable philanthrope
«Donateur républicain de premier plan», selon la qualification qu’en fait cette fois le magazine Rolling Stone, son engagement politique peut sembler contraster avec les valeurs qu’il met, par ailleurs, en avant. Car s’il sait montrer les crocs, Nelson Peltz se revendique aussi philanthrope. Il s’est notamment investi dans plusieurs organisations, dont la «Prostate Cancer Foundation». De confession juive, il lutte aussi activement contre l’antisémitisme et, plus largement, contre le racisme et les discriminations visant les minorités. Il est encore coprésident du conseil d’administration du Centre Simon Wiesenthal, une organisation juive internationale forte de quelque 400.000 adhérents, engagée dans la défense des droits humains. «Nous devons rester vigilants face à l’intolérance. Et je ne parle pas seulement d’antisémitisme, mais aussi d’intolérance envers les Afro-Américains, les Hispaniques, les Asiatiques et les autres, explique-t-il dans les colonnes de Lifestyles. Dès qu’on la constate, on ne peut pas fermer les yeux. Personne ne naît avec ces sentiments. Ils s’acquièrent uniquement par l’éducation. Les parents doivent être conscients de ce qu’ils transmettent à leurs enfants.»
Un engagement qui remonte à un incident survenu il y a plusieurs années dans l’enceinte du Madison Square Garden, lorsqu’un groupe «d’hommes ivres» proféra des insultes à son égard et à celui de ses amis. «Tout commence par de petits incidents, et si on les règle immédiatement, on les étouffe dans l’œuf. Je l’ai vu de près, et mes enfants aussi, au fil des ans.»
Nelson Peltz à gauche, lros du dîner hommage du Centre Simon Wiesenthal 2008 en l’honneur de Whoopi Goldberg.
Jemal Countess / WireImage
L’amour depuis quarante ans
Car Nelson Peltz a effectivement beaucoup d’enfants, qu’il rêve en dignes héritiers de sa fortune, à la fois coriaces et respectés. Deux — dont l’identité reste secrète— sont issus de son premier mariage, contracté à seulement 22 ans avec Cynthia Abrams, fille du cofondateur d’Emerson Radio & Phonograph Corporation. Puis huit autres de son union avec l’ancien mannequin Claudia Heffner, en 1985, après une première partie de carrière d’homme d’affaires déjà très fructueuse. Aujourd’hui âgée de 70 ans, la matriarche du clan Peltz a défilé pour L’Oréal, Calvin Klein, Chanel ou encore Revlon.
Dans l’ordre de la fratrie se compte : Matthew, devenu lui aussi un businessman aguerri, impliqué dans les affaires de son père ; Will, top model ; Brad, ancien joueur de hockey sur glace ; Brittany, styliste spécialisée dans la mode pour enfants ; Diesel, jeune entrepreneur ; Nicola, actrice et réalisatrice de Lola, sorti en 2024, et épouse, donc, de Brooklyn Beckham ; et enfin les jumeaux Zachary et Gregory, dont les trajectoires sont encore en devenir. Nelson Peltz demeure un exemple de réussite pour ses enfants, mais pas seulement professionnelle. Sentimentale, aussi. Sa fille Nicola l’évoquait dans une interview pour le Cosmopolitan, en 2023 : «Mes parents sont ensemble depuis plus de 40 ans et ils se taquinent sans cesse. Mon père est vraiment adorable. Dès que ma mère quitte la pièce, il s’exclame : « Qu’elle est belle ! » », raconte-t-elle. « Ils se comportent encore comme des jeunes amoureux. Ils s’embrassent tout le temps, à tel point que mon frère lui dit : « Je ferme les yeux. Arrêtez de vous embrasser ! » Ils sont tellement amoureux, et grandir avec ça, c’est magnifique.»
En 2026, Nelson Peltz semble ainsi avoir, comme depuis longtemps déjà, tout pour lui. Dans un article publié en mars 2024 par le New York Times, la journaliste dressait d’ailleurs son inventaire : «C’est un milliardaire. Avant l’arrivée du milliardaire Ken Griffin, gérant de fonds spéculatifs, à Palm Beach, en Floride, M. Peltz détenait le record de la taxe foncière la plus élevée de la ville, avec une propriété en bord de mer estimée à 334 millions de dollars. Son domaine de 52 hectares à Bedford, dans l’État de New York, connu sous le nom de High Winds, possède son propre héliport, une patinoire intérieure et une cascade. Il a accès au jet privé de sa société.» Mais une seule chose manque encore à l’ancien apprenti skieur devenu milliardaire : «Il ne possède pas de yacht ; pour l’instant, il en loue un.»