Lancé pour la première fois en France, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, le défi OFF February nous incite à nous déconnecter des réseaux sociaux de manière collective pendant 28 jours.

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Lancé pour la première fois en France, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, le défi OFF February nous incite à nous déconnecter des réseaux sociaux de manière collective pendant 28 jours.

EN BREF Le défi OFF February, lancé dans quatre pays, incite à supprimer les applications de réseaux sociaux pendant 28 jours pour réduire l’hyperconnexion.
Le mouvement vise à créer un cadre collectif pour réinvestir le temps gagné dans d’autres activités et contrer les effets négatifs des réseaux sociaux sur la santé mentale.
64 % des Français se disent prêts à une pause numérique, soulignant un consensus sur la nécessité d’une action collective face à l’addiction aux écrans.

Vous êtes-vous déjà demandé combien de temps vous passiez chaque jour à scroller sur les réseaux sociaux ? Du moment où vous attrapez votre téléphone au saut du lit pour lire les notifications reçues, au passage en revue compulsif des stories de vos contacts sur Instagram, sans compter les vidéos TikTok que vous consommez dans le métro… C’est une activité aussi addictive que chronophage.

Selon un rapport mondial datant de 2025, nous passons en France en moyenne 1h48 chaque jour sur les réseaux sociaux, soit plus d’une demi-journée par semaine. Autant d’heures qu’on ne consacre ni à lire, ni à rêvasser, ni à profiter d’une vraie conversation.

Pour nous faire lever le nez de notre smartphone, le mouvement espagnol OFF, qui rassemble des citoyens spécialistes des sciences, de la communication, de l’éducation ou encore du droit, a eu une idée. Celle de lancer pour la première fois dans quatre pays (la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis) un défi collectif inédit : celui de supprimer de nos smartphones les applis de réseaux sociaux durant les 28 jours que compte le mois de février.

L’enjeu, selon ses initiateurs ? Reprendre le contrôle de notre attention, réduire l’hyperconnexion et interroger notre rapport aux écrans, comme nous l’explique Victor Fersing, fondateur du média la Fabrique sociale et responsable en France du mouvement OFF.

Le HuffPost. Quelle est la genèse du défi OFF February ?

Victor Fersing. Ce défi part d’un constat simple : nos vies sont de plus en plus médiatisées par les écrans. On peut se faire livrer à manger, socialiser via les réseaux sociaux sans voir ses amis, se divertir, lire, jouer… Les écrans se sont immiscés dans toutes les facettes de notre quotidien, peut-être même un peu trop. Or, on sait que si ces applications sont conçues, c’est pour capter notre attention et récolter nos données, pas pour améliorer notre bien-être. Leur usage excessif tend en réalité à dégrader notre santé mentale, physique et sociale.

On s’est donc demandé comment limiter ces effets négatifs. Le problème, c’est qu’il est très difficile de s’en sortir seul. Si on quitte Instagram mais que tous nos amis y restent, on se retrouve isolé. Beaucoup aimeraient réduire l’usage des réseaux sociaux, mais n’y parviennent pas parce que tout leur entourage reste connecté. On n’est pas toujours sur les réseaux par envie, mais parce qu’on n’a pas vraiment le choix.

OFF February crée donc un cadre collectif de 28 jours pour réduire l’usage des réseaux sociaux et réinvestir le temps gagné dans d’autres activités : voir ses amis sans vérifier ses notifications toutes les cinq minutes, lire, sortir… C’est par des réponses collectives qu’on pourra se libérer de l’emprise des réseaux sociaux.

Pourquoi avoir choisi la suppression des applications sur smartphone comme clé du défi ?

On voulait que ce défi soit accessible. Supprimer totalement les réseaux sociaux, ou même désactiver temporairement ses comptes aurait découragé beaucoup de monde, car ils sont trop ancrés dans la vie quotidienne. Supprimer les applications du smartphone cible les usages les plus compulsifs, liés à l’économie de l’attention.

On a aussi fait le choix de limiter le défi au téléphone. C’est donc possible de continuer à accéder aux réseaux depuis un ordinateur pour des raisons pratiques ou professionnelles. Par contre, quand on est hors de chez soi, on supprime la tentation permanente de consulter les notifications. Cela favorise une utilisation plus intentionnelle : on sort son téléphone pour une raison précise, pas par réflexe.

À quels effets peut-on s’attendre en relevant le défi OFF February ?

Plusieurs études se sont penchées sur les effets de la déconnexion, notamment chez les adolescents. Au début, sur une semaine environ, on ressent souvent un manque ou la peur de rater des informations. Mais après deux ou trois semaines, les effets positifs dominent : l’anxiété diminue, on s’investit davantage dans d’autres activités. Mais encore une fois, arrêter seul les réseaux sociaux aura une portée limitée, d’autant plus quand on est soumis à la pression sociale d’y être présent. D’où l’importance d’envisager OFF February comme une démarche collective.

Une étude d’Ipsos BVA dévoilée ce matin révèle que 64 % des Français se disent prêts à participer à une pause numérique. Qu’en pensez-vous ?

Ça ne m’étonne pas. Dans les échanges que j’ai avec des jeunes, des parents ou des citoyens, il existe un consensus fort : notre rapport aux écrans pose problème. C’est même l’un des rares sujets qui rassemble largement, y compris politiquement. Mais on retrouve ce problème de coordination. On peut être d’accord sur le diagnostic sans réussir à agir ensemble. OFF February répond à ce besoin d’action collective. Reste aussi la question de la régulation, qui doit passer par la loi.

La France envisage d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Partagez-vous cet avis ?

C’est une bonne chose, même si cela reste selon moi insuffisant. Ces plateformes ont un fort pouvoir addictif, et il est problématique d’y exposer des enfants alors que leur attention y est traitée comme une marchandise. Et ce d’autant plus que les niveaux de régulation des réseaux sociaux sont ridicules par rapport à leur dangerosité. Et les seuils d’âge sont pour le moment peu vérifiés, ce qui permet à de très jeunes enfants de s’inscrire.

Une interdiction serait donc un premier pas, mais il faudra aussi s’interroger sur la publicité et le modèle économique de ces plateformes. Car les problèmes qu’elles engendrent en matière de santé mentale, de santé sociale et de polarisation des opinions touchent aussi les adultes.

Attendez-vous justement des GAFAM qu’ils s’impliquent dans ce mouvement de déconnexion ?

Il ne faut rien attendre des GAFAM. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne doit pas agir. Sans rapport de force, ils ne changeront ni leurs interfaces ni leur modèle économique, et ils continueront à capter l’attention des utilisateurs pour s’enrichir. Ce rapport de force doit venir de la société civile, avec des mouvements comme OFF, et des responsables politiques qui, sous la pression des citoyens, doivent se montrer fermes pour faire changer la législation.