En contournant les sanctions internationales, la flotte russe permet à Moscou de financer la guerre qu’elle mène en Ukraine depuis près de quatre ans. Une véritable opposition s’est installée entre les puissances occidentales et la Russie.

Primordiale pour l’économie russe, la flotte fantôme, composée de quelque 600 navires (un chiffre qui a doublé depuis 2022), fait désormais l’objet de nombreuses sanctions venant de l’Union européenne et des États-Unis, qui tentent toujours d’accroître la pression sur Moscou.

Ce jeudi 29 janvier, le « Grinch » a été arraisonné en Méditerranée lors d’une opération des commandos marine français dans les eaux internationales. Il s’agit du second navire intercepté par Paris, après le Boraçay, en septembre dernier.

Si l’UE et les États-Unis accentuent leur effort dans ce domaine, c’est que 65 % du pétrole russe est commercialisé via ces navires. Cela permet de générer entre 87 et 100 milliards de dollars par an de revenus, selon le Center for Strategic and International Studies, centre de réflexion basé à Washington. « Pour mettre cela en perspective, les revenus de ce réseau commercial illicite ont égalé, sinon dépassé, la valeur totale de l’aide économique et militaire fournie à l’Ukraine depuis le début de la guerre », précise-t-il.

Cette flotte fantôme permet à Moscou de contourner les sanctions et l’embargo occidental, de financer ses opérations militaires et de mener des activités hybrides, comme les sabotages ou le transport d’armes, indique, de son côté, Foreign Affairs.

L’Occident continue d’accentuer la pression

Pourtant, la pression sur Moscou de la part de l’Union européenne et des États-Unis est constante. Washington a également indiqué avoir imposé des pénalités supplémentaires aux entreprises pétrolières iraniennes et russes afin de dissuader les acheteurs, explique The Economist.

Les navires sont désormais régulièrement placés sur liste noire. C’est le cas de 623 bateaux en 2025, contre seulement 225 l’année précédente. « Environ 40 % des navires qui ont transporté du pétrole russe l’an passé sont désormais inscrits sur une liste noire d’au moins un gouvernement », poursuit l’hebdomadaire britannique.

Alors pour continuer de fonctionner, de nombreux navires russes « usurpent leurs positions », « changent de noms » ou « transfèrent clandestinement leur cargaison à d’autres bateaux dans des eaux mal ou peu réglementés », est-il expliqué dans cette même analyse. Ils doivent également emprunter des routes plus longues pour éviter les inspections.

Des changements de pavillon qui se multiplient

Moscou a alors trouvé une alternative pour faciliter le transport de son pétrole : changer de pavillon. En optant pour des pays tiers plus permissifs, tels que le Panama ou le Libéria, la flotte russe évite un bon nombre de contrôles. Mais là encore, les États-Unis ont répliqué en imposants des sanctions à ces pays.

Ils se sont alors tournés vers des pays comme les Comores, la Barbade, la Gambie ou la Sierra Leone, avant de se rabattre sur de plus petites nations, telles que Guyana, Aruba ou les Antilles néerlandaises, qui n’ont pas de registres officiels, précise Windward, une entreprise spécialisée dans la surveillance des océans grâce à l’IA.

Windward assure que « le changement de pavillon a atteint des niveaux sans précédent en 2025 et se poursuit à un rythme record en ce début d’année 2026 ». Plus de 700 navires ont changé de pavillon au moins deux fois l’année passée, est-il précisé, dont quatre ont effectué six changements.

Si Moscou ne souhaite pas abandonner sa flotte fantôme si facilement, malgré la cascade de sanctions, c’est aussi en raison de ses investissements très importants. Selon la Kyiv School of Economics, le pays aurait investi plus de dix milliards de dollars dans cette flotte fantôme.