Par

Théo Zuili

Publié le

1 févr. 2026 à 7h34

Une longue enquête menée par les médias Disclose et la BBC et publiée le 26 janvier 2026 révèle que la Russie utiliserait les notices rouges d’Interpol, organisation internationale de police criminelle basée à Lyon, pour demander l’arrestation d’opposants politiques, d’hommes d’affaires et de journalistes.

Interpol instrumentalisée ?

Interpol, la célèbre organisation de police criminelle, permet à 196 pays membres de collaborer en ce qui concerne la criminalité internationale. « Chaque année, des milliers de criminels parmi les plus dangereux au monde sont arrêtés, des enfants sont sauvés de l’exploitation sexuelle et des terroristes, des cybercriminels et des trafiquants d’êtres humains sont traduits en justice », présente l’organisation contactée par actu Lyon.

Mais cette enquête permise par la diffusion de « fuites sans précédent de documents internes » d’Interpol nuance ce bilan prestigieux avec « un scandale international ». Disclose et la BBC dévoilent pour la première fois le classement des pays qui ont le plus grand nombre de notices rouges en cours de validité.

Ces fiches de police, permettant à un État d’envoyer une demande d’arrestation aux autres pays membres de l’organisation, seraient détournées de leur mission de sûreté internationale dans l’intérêt de pouvoirs autoritaires.

La Russie sur le podium

En septembre 2024, c’est la Russie qui arrive largement en tête, avec 4 817 notices rouges. Près de deux fois plus que la France, à titre d’exemple, qui compte 2 856 notices en circulation.

Un constat qui n’aurait rien d’alarmant en soi. Mais la commission de contrôle des fichiers (CCF), chargée d’annuler les notices rouges ne respectant pas la règle selon laquelle « toute activité ou intervention dans des questions ou affaires présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial est rigoureusement interdite », serait débordée par cet afflux.

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Ainsi, en 2024, 322 personnes ont obtenu l’effacement de la notice rouge à leur nom, après avoir estimé être fichées sans raison légitime. Disclose et la BBC estiment que ce chiffre ne reflète qu’une partie infime de la réalité, de nombreuses personnes n’ayant ni les moyens financiers ni l’accompagnement juridique nécessaires pour contester leur inscription dans les fichiers d’Interpol, dont seules 10 % sont rendues publiques.

Sur 194 dossiers liés à la Russie et examinés par la commission la même année, près de 50 % d’entre eux n’étaient pas conformes à la règle de neutralité politique, rapportent nos confrères.

De meilleurs moyens réclamés

Chine, Tadjikistan, Turquie, Iran… Les journalistes avancent que cette habitude de détourner des moyens de la police internationale ne serait pas réservée à la Russie. Auprès de nos confrères, les lanceurs d’alerte anonymes réclament de meilleurs moyens alloués aux gardes-fous censés empêcher toute instrumentalisation.

« Interpol sait que les notices rouges sont des outils puissants de coopération policière et est pleinement consciente de leur impact potentiel sur les personnes concernées. C’est pourquoi Interpol a mis en place plusieurs systèmes pour éviter tout usage impropre, systèmes qui ont été considérablement renforcés ces dernières années », répond l’organisation, dont le siège est basé à la Cité internationale de Lyon, à notre sollicitation.

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