Fort du retour de son facteur X, Antoine Dupont et de quelques pépites à l’éclosion imminente, le XV de France s’avance sur la ligne de départ avec l’ambition de conserver le trophée des 6 Nations, chèrement acquis l’an passé.

Promis, juré, craché : « vous verrez une meilleure version du XV de France lors du Tournoi des 6 Nations. » C’est Fabien Galthié qui le dit. Ces propos, le sélectionneur les a tenus au lendemain du dernier match de la récente tournée du mois de novembre, ponctuée de deux succès mais aussi d’une défaite lourde de sens face à l’Afrique du Sud, double championne du monde en titre. Dans son propos, le patron des Bleus est convaincu que cette tournée d’automne, véritable lancement de la saison tricolore, est un laboratoire pour mettre en place son système de jeu et performer à plein régime quand s’avance la plus vieille compétition du rugby mondial. « On sait que lorsqu’on met quelque chose en place pendant une tournée de novembre, ça ne marche pas immédiatement, développait encore Galthié. On l’entraîne, on le joue, et il faut souvent une deuxième compétition pour que ce soit validé. Donc, il y a des choses qu’on a mises en place qui n’ont pas fonctionné totalement. Mais ne vous affolez pas. C’est normal. Ça devrait pouvoir fonctionner. »

Justement, ça tombe bien. Le XV de France a un titre à défendre. Celui conquis au printemps dernier oblige à assumer, à se dévoiler encore un peu plus et à accepter le regard appuyé de ceux qui n’attendent que la chute. L’adversité sera au rendez-vous, n’en doutons pas. Avec un calendrier favorable – trois réceptions pour deux déplacements – les Bleus se présentent sur la ligne de départ flanqué d’une jolie cible dans le dos, celle de l’équipe à abattre. Remettre son titre en jeu n’a jamais rien d’anodin. L’histoire récente du Tournoi l’a démontré : conserver sa couronne relève souvent du parcours du combattant.

Le retour du patron…

Dans sa quête d’un doublé jamais réalisé depuis que Galthié est sélectionneur, le XV de France a évidemment un argument de poids : Antoine Dupont. Son absence avait laissé un vide, aussi technique que symbolique. Le demi de mêlée du Stade toulousain est de retour et, avec lui, une forme de normalité retrouvée pour les Bleus. Celui que toutes les nations du monde nous jalousent n’est pas seulement un joueur hors normes ; il est devenu, en quelques saisons, le visage du rugby français. Son influence dépasse largement le cadre du terrain : elle rassure ses partenaires, inquiète ses adversaires et incarne l’exigence du très haut niveau. La question n’est pas tant de savoir s’il sera performant – Dupont l’est presque par essence – mais dans quelle mesure il pourra immédiatement redonner du rythme, de la précision et cette capacité unique à faire basculer un match sur une inspiration. Dans une compétition où chaque détail compte, son sens du timing et sa lecture du jeu pourraient, une fois encore, faire pencher la balance du bon côté. Les pisse-vinaigre nous rétorqueront que les Bleus ont arraché le Tournoi sans lui l’an passé, puisque sorti sur blessure lors de la rencontre face à l’Irlande, magnifiquement suppléé par le Bordelais Maxime Lucu.

Ce gamin est quand même un peu différent

Parce que la force du rugby français est aussi là, dans ce réservoir profond à certains postes. L’éclosion annoncée d’une jeunesse impatiente a peut-être rendez-vous avec son destin durant cette nouvelle édition du Tournoi. « Il y a des joueurs qui émergeront, répondait Galthié à une question sur la Dupont-dépendance des Bleus. L’entrée en jeu de Kalvin Gourgues face à l’Australie fut à ce titre remarquable. On aurait voulu l’utiliser contre les Fidji mais malheureusement, on n’a pas pu : il était blessé. C’est un joueur qui a du talent. » 

Lui pourrait bien être un des nouveaux visages du XV de France. Depuis sa première cape, il continue de bluffer le rugby français. En Top 14, il a même étalé sa panoplie. Pour la première fois de sa jeune carrière, « ce gamin » de 20 ans, qui avait jusqu’alors été baladé du 15 au 12 en passant par le 13, a été aligné à l’ouverture face à l’Usap et a assumé la charge du tir au but. Un double défi qu’il a relevé comme si de rien n’était. « Je pense que ce gamin est quand même un peu différent », avait alors commenté le manager toulousain Ugo Mola. Sans même évoquer son lourd passé médical – il a failli être amputé d’une jambe – Kalvin Gourgues est un des noms à retenir au poste de trois-quarts centre malgré une immense concurrence. Et pour cause…

Spontanément, le sélectionneur, au cours du même entretien accordé à Midi Olympique au lendemain de la victoire sur l’Australie a évoqué un autre talent prêt à éclore : Fabien Brau-Boirie (1,90 m pour 97 kg). Le Palois profite de la dynamique positive de son club dont il est aussi un des acteurs majeurs à seulement 20 ans. « C’est un garçon très bien éduqué, très bien élevé, très déterminé, qui me rappelle beaucoup de jeunes joueurs de talent qu’on a accompagnés comme Émilien (Gailleton) ou Théo (Attisogbe), glisse son entraîneur Sébastien Piqueronnies. C’est un garçon très déterminé, très travailleur, très posé, très réfléchi, qui apprend à chacune de ses expériences. Il a un physique d’adulte quand on le voit, mais il est très jeune, il est né en décembre 2005. » Et le technicien béarnais, dithyrambique, d’ajouter : « Je pense qu’il n’a pas de limites. Je suis assez d’accord sur le fait que plein d’observateurs le voient peut-être déjà assez haut. Bon, il n’y est pas encore. En toute humilité, il lui reste énormément de progrès à faire. Mais, en toute honnêteté, je ne vois pas de limites à son potentiel. Je ne vois pas encore de plafond aujourd’hui. »

Ils sont l’avenir des Bleus

Par-delà le résultat, l’un des enjeux majeurs de ce Tournoi pour le XV de France réside dans l’émergence ou la confirmation d’une nouvelle vague de talents. Le staff tricolore devra trouver le juste équilibre entre continuité et audace, entre l’expérience des cadres et l’insouciance maîtrisée des nouveaux venus. Un dosage subtil, presque alchimique, mais indispensable pour entretenir la dynamique. Ce Tournoi ne dira pas tout de l’avenir du XV de France, mais il en exposera beaucoup sur sa capacité à durer. Gagner une fois, c’est marquer les esprits. Gagner encore, c’est entrer dans une autre dimension. Avec le retour d’Antoine Dupont, l’affirmation de ses cadres et l’espoir placé dans une jeunesse ambitieuse, la France possède de solides arguments pour doubler la mise.

Le bilan 2025

5 victoires
5 défaites
380 points marqués
282 points encaissés

Autumn nations series 2025 :
France 17 – 32 Afrique du Sud (08 novembre 2025)
France 38 – 18 Fidji (15 novembre 2025)
France 33 – 19 Australie (22 novembre 2025)

Dans le Tournoi… Vainqueur

France 43- 0 Galles (31 janvier 2025)
Angleterre 26 – 25 France (8 février 2025) 
Italie 24 – 73 France (23 février 2025)
Irlande 27 – 42 France (8 mars 2025)
France 35 – 16 Ecosse  (15 mars 2025)

Fabien Galthié, le sélectionneur du XV de France.

Fabien Galthié, le sélectionneur du XV de France.
MO

En bref

L’emblême : Le coq
La tenue : maillot bleu, short blanc, bas rouges
L’équipementier : Adidas
Palmarès : Victoires non partagées (19), Victoires partagées (8), 10 grands chelems.

  • Le capitaine : Antoine Dupont

29 ans – 59 sélections – Toulouse

Le 29 novembre 2025 Antoine Dupont a retrouvé les terrains à l’occasion d’une rencontre de Top 14 face au Racing 92. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a très vite retrouvé des automatisme et de l’explosivité. Avec le XV de France il a participé cet automne au rassemblement des Bleus pour ne pas perdre le fil avec le groupe et pour la place qu’il occupe en son sein, sans toutefois participer aux tests. Son retour avec les Bleus arrive à point nommé au moment au ses doublures Maxime Lucu et Nolann Le Garrec sont blessées. Objectif 2026, le doublé.

France – Irlande – Le 5 février à 21h10 au Stade de France (France 2)
Pays de Galles – France – Le 15 février à 16h10 au Principality Stadium (TF1)
France – Italie – Le 22 février à 16h10 au Stade Pierre-Mauroy de Lille (France 2)
Ecosse – France – Le 7 mars à 15h10 au Murrayfield Stadium (TF1)
France – Angleterre – Le 14 mars à 21h10 au Stade de France (France 2)

La stat’ : 42% des points dans le money-time

Les Français furent les rois du money-time en 2025 en inscrivant 42 % de leurs points entre la 60e et la 80e minute. Un exemple, leur victoire acquise de haute lutte face à l’Ecosse dans le Tournoi 2025 alors qu’ils étaient menés jusqu’à la 55e minute. Les Bleus inscrivirent ensuite 3 essais qui scellèrent l’issue de la rencontre. Une stat qui dit de la qualité des remplaçants tricolores capables de faire basculer un match.

Sources AIA Sports

Les joueurs protégés pour l’Irlande : 

  • Dorian ALDGHERI
  • Théo ATTISSOGBÉ
  • Hugo AURADOU
  • Louis BIELLE-BIARREY
  • Fabien BRAU-BOIRIE
  • Georges-Henri COLOMBE
  • François CROS
  • Thibault DAUBAGNA
  • Nicolas DEPOORTERE
  • Gaël DRÉAN
  • Antoine DUPONT
  • Kalvin GOURGUES
  • Jean-Baptiste GROS
  • Mickaël GUILLARD
  • Matthieu JALIBERT
  • Oscar JÉGOU
  • Anthony JELONCH
  • Maxime LAMOTHE
  • Julien MARCHAND
  • Peato MAUVAKA
  • Emmanuel MEAFOU
  • Yoram MOEFANA
  • Régis MONTAGNE
  • Rodrigue NETI
  • Lenni NOUCHI
  • Charles OLLIVON
  • Thomas RAMOS
  • Baptiste SERIN

Les joueurs relâchés mais dans la liste des 42 : 

  • Cyril BAILLE
  • Dany PRISO
  • Tevita TATAFU
  • Joshua BRENNAN
  • Thomas STANIFORTH
  • Cameron WOKI
  • Alexandre FISCHER
  • Temo MATIU
  • Alexandre ROUMAT
  • Ugo SEUNES
  • Noah NÉNÉ
  • Aaron GRANDIDIER-NKANANG
  • Grégoire ARFEUIL
  • Romain BUROS