Dans un ouvrage consacré à la succession du Frêchisme, l’analyste Georges Roques décrypte les rapports de force de ce premier tour : les stratégies des candidats et les fragilités des oppositions face à un Michaël Delafosse donné favori.
Vous publiez un livre intitulé Municipales à Montpellier, le temps de l’après-Frêchisme. Pourquoi ce titre ?
Parce que, dans les mentalités, peu de choses ont réellement changé chez les successeurs de Georges Frêche, qu’il s’agisse d’Hélène Mandroux, de Philippe Saurel ou de Michaël Delafosse, même si ce dernier s’en inspire tout en s’en détachant progressivement. Le Frêchisme demeure un courant de pensée puissant, alors même que certaines de ses visions apparaissent aujourd’hui dépassées.
Lesquelles, par exemple ?
La relation avec les territoires voisins. Le projet d’extension du tramway vers l’aéroport, porté par Michaël Delafosse, en est une illustration. Georges Frêche raisonnait en termes de centralité montpelliéraine, sans poser la question de la coopération. Aujourd’hui, on n’est plus dans une logique de domination, mais de collaboration. Cela suscite de fortes oppositions, y compris pour ce projet pourtant indispensable. Il faut rappeler que Montpellier est la seule métropole de France dont l’aéroport n’est pas situé sur son territoire.
D’autant que les temps ont changé…
Radicalement. On ne peut plus penser la ville de manière autocentrée. Les candidats doivent intégrer deux bouleversements majeurs : le changement climatique et l’intelligence artificielle. Ces mutations vont transformer les modes de vie, les mobilités, le travail. Elles exigent une autre manière de gouverner.
Parlons des élections. Michaël Delafosse est-il favori pour sa réélection ?
En l’absence d’alliances solides à gauche ou au centre, il sera difficile à battre. Il a reconstitué, voire élargi, le rassemblement de 2020. De son côté, tout est clair : la campagne est lancée. Il dispose d’un bilan qu’il pourra défendre et occupe largement l’espace médiatique. La campagne sera néanmoins rude, avec des coups bas possibles, et toute certitude reste risquée. Ce qui est frappant, pour l’instant, c’est le manque de dynamique de ses opposants.
« Saurel fait du Saurel. Il se fait désirer »
Le rassemblement autour de Nathalie Oziol change-t-il la donne ?
Oui, incontestablement. Le ralliement d’Alenka Doulain et de Julia Mignacca renforce son socle. La présence de Jean-Luc Mélenchon, pourtant peu investi dans les élections locales, pour son meeting est un signal politique fort. Nathalie Oziol est aujourd’hui la principale menace pour le maire sortant. Reste à clarifier le dossier crucial du CSR à Amétyst.
Les écologistes sont plus divisés que jamais…
C’est un éternel recommencement. Après le feuilleton de 2020, on retrouve les mêmes fractures : ceux qui veulent partir avec Delafosse, ceux qui regardent vers LFI et Jean-Louis Roumégas qui souhaite faire cavalier seul. J’ai bien peur qu’il ne sorte de cette séquence plus fragilisé que jamais.
Mohed Altrad peut-il peser dans cette élection ?
Il a reçu l’appui d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe, mais localement le maire de Saint-Georges-d’Orques semble en retrait. Sa posture séduit un électorat limité. Affirmer qu’ »une ville se gère comme une entreprise » est une erreur classique. L’entrepreneuriat peut inspirer, mais la gestion municipale relève d’une tout autre logique. Sa réussite personnelle ne suffit pas, d’autant que sa méthode me paraît maladroite.
Patricia Mirallès fait-elle une erreur en le rejoignant ?
Probablement. Elle est la seule ministre issue de Montpellier depuis François Delmas. Elle aurait pu porter sa propre candidature, notamment en mobilisant l’électorat pied-noir. Elle a sans doute estimé qu’elle ne pouvait pas y parvenir seule et a préféré s’adosser à une autre dynamique.
Isabelle Perrein a été la première à se lancer. Comment jugez-vous sa campagne ?
J’admire sa détermination et sa volonté d’être tête de liste, mais elle reste une inconnue dans le champ politique. Avec l’appui du MoDem et probablement de l’UDI, elle fera des voix, notamment dans la bourgeoisie montpelliéraine. En revanche, un second tour semble hors de portée sans le ralliement d’une personnalité forte.
Comme Philippe Saurel ?
Saurel fait du Saurel. Il se fait désirer. Il n’a pas digéré sa défaite de 2020 et nourrit un désir de revanche. Il se satisferait sans doute de faire battre Delafosse, mais je ne crois pas qu’il ait une chance réelle de redevenir maire.
Quant au Rassemblement national, il apparaît divisé…
C’est très surprenant. Thierry Tsagalos pensait prendre de vitesse France Jamet, désormais positionnée à l’échelon national, mais il a sans doute commis des maladresses. À Montpellier, le mécontentement général aurait pu lui permettre d’accéder au second tour. La division compromet clairement ses chances.
« Municipales à Montpellier, le temps de l’après-Frêchisme », par Georges Roques.
Éditions Affirmatif ! 150 pages, 18 euros. Disponible à partir du 15 février.