Attendus depuis plus de dix ans, des travaux de mise en sécurité devraient «rapidement» commencer à l’intérieur du bâtiment situé à Rezé, dans la banlieue nantaise. Classé, l’immeuble désormais septuagénaire a été victime d’un nouvel incendie début janvier.
Un anniversaire illuminé de 70 bougies… et de quelques flammes. Le 2 janvier, les quelque 700 habitants de la Maison radieuse, à Rezé – dans la banlieue sud de Nantes – ont vécu un soir de frayeur inédit lorsqu’un incendie identifié au septième étage a conduit à l’évacuation générale du bâtiment. Grâce à la réaction rapide des pompiers du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de Loire-Atlantique, le feu a finalement été circonscrit à un seul logement et n’a fait que deux blessés légers. Les résidents ont pu regagner leur logement dès le lendemain matin. L’incident néanmoins a formé un épilogue en forme d’avertissement pour cette construction conçue par l’architecte franco-suisse Le Corbusier (1887-1965) et qui a fêté, en 2025, les 70 ans de son inauguration.
L’incendie a rappelé le grand âge de la Maison radieuse, barre d’immeuble de 47 mètres de haut, construite entre 1953 et 1955 et classée, depuis 2001, au titre des monuments historiques. Seconde des cinq «unités d’habitation» réalisées par Le Corbusier, la structure de béton brut avait déjà été le théâtre d’un précédent incendie en 2020. Aucun des deux incidents n’a fait de victimes graves. Elles posent cependant question et inquiètent autant les habitants que les autorités. Le sentiment n’est pas récent. Présidée par le préfet de Loire-Atlantique, la commission départementale de sécurité a émis à plusieurs reprises, depuis 2014, un avis défavorable sur l’état du bâtiment, qui souffrirait, en particulier, du manque d’un système d’alarme associé à des détecteurs de fumée.
Des travaux exigés de longue date
L’absence de portes coupe-feu le long des six rues intérieures du bâtiment reste, à ce jour, au premier rang des griefs. Ces allées, longues de près de 100 mètres, traversent tout le cœur de la structure et offrent un potentiel boulevard aux flammes qui s’y aventureraient. Sur le papier, ces béances dans la sécurité de l’édifice suffiraient à le rendre inhabitable, compte tenu de l’évolution de la réglementation en matière de sécurité incendie depuis les années 1950. En pratique, la copropriété – composée environ pour moitié de logements privés et de logements sociaux -, bénéfice depuis plus de dix ans, d’une autorisation provisoire d’habitation délivrée par la mairie de Rezé et renouvelée chaque année. La tolérance municipale n’en reste pas moins risquée, si bien que son maire précédent, Gérard Allard (PS), avait mis en demeure, en 2016, le syndic de copropriété d’engager les travaux exigés. En vain. Conscients du problème, les pompiers du SDIS organisent désormais régulièrement des exercices sur le site, qui accueille une école maternelle à son sommet.
Les risques encourus par ce bâtiment historique n’ont rien de dérisoire. En 2012, un grave incendie avait endommagé la Cité radieuse de Marseille – la grande sœur de l’immeuble de Rezé, achevée en 1952 par Le Corbusier. Le sinistre avait blessé cinq personnes et dévasté une trentaine de logements. La lente mise aux normes de ces unités d’habitation pose, plus largement, la question de la préservation de ces bâtiments considérés comme des jalons importants de l’architecture française de l’après-guerre. L’un de ses représentants les plus reconnus du XXe siècle, Le Corbusier a été distingué en 2016 par l’Unesco, par l’inscription au patrimoine mondial de l’ensemble de son œuvre.
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Face aux attentes, les copropriétaires de la Maison radieuse de Rezé, ne sont cependant pas restés les bras croisés. Plusieurs travaux ont d’ores et déjà été engagés. Les éléments en bois ont été retirés des parties communes du bâtiment. Le fioul et le gaz ont été désinstallés. Des essais préalables à un nettoyage des bétons et au décapage des peintures des loggias, des façades et des pilotis ont également été organisés en 2022-2023, sous le contrôle de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) des Pays de la Loire. Les aménagements restants ont, en revanche, suscité de longue date la réticence des propriétaires, placés devant la perspective d’une forte envolée des charges. D’après les informations de Ouest France, la facture des travaux d’envergure qu’il conviendrait de mettre en œuvre avoisinerait 500.000 euros.
Longtemps restée au point mort, la situation se décante depuis peu. En août 2024, la Drac a signé une autorisation de travaux dans les parties communes de la Maison radieuse, validée en 2025 par la commission départementale de sécurité. Les différents acteurs se sont accordés sur une prise en charge partielle, par l’État, du chantier de mise en sécurité de la Maison radieuse, «au titre de la préservation du patrimoine», par des travaux qui respecteront la cohérence du site et l’architecture de l’édifice. Sollicitée, la Drac confirme que les travaux, attendus dès cette année, devraient démarrer «rapidement». L’opération devrait, enfin, ramener un peu de sérénité et garantir l’avenir de la Maison radieuse. Ou du moins sa sécurité.