Conçue comme l’héroïne d’un jeu destiné à prévenir « l’extrémisme » dans les établissements scolaires britanniques, « Amelia », un avatar de lycéenne gothique en robe rose et perfecto, est devenue la mascotte virale de réseaux hostiles à l’immigration sur les réseaux sociaux, rapporte France 24 le 30 janvier. Dans le jeu en ligne Pathways, financé par le Home Office (ministère britannique de l’Intérieur) et intégré au programme de déradicalisation Prevent (Prévenir), le personnage appelle ses camarades à rejoindre un groupe secret chargé de défendre les « droits des Anglais ».
Mais la scénarisation du jeu la fait déjà tenir des propos hostiles aux migrants, accusés de « prendre les emplois locaux », un terrain propice à sa récupération par les réseaux militants de droite, dans un contexte où les critiques contre l’immigration de masse se multiplient au Royaume-Uni depuis plusieurs années. Un compte sur X ouvert en janvier et se présentant en son nom a explosé en audience. Un jeton crypto a même été lancé à son effigie. Le patron de la plateforme, Elon Musk, a relayé un message sur « l’identité anglaise », offrant à Amelia une audience mondiale.
Stop what you’re doing and give this a watch 👀
This is the BEST Amelia video I’ve seen. @Skyebrows has outdone themselves – the quality, the detail, the easter eggs.
Amelia is more than a meme now. She’s a movement 💜pic.twitter.com/l37BeQuNk6
— Amelia (@AmeliajakSolana) January 31, 2026
A LIRE Immigration au Royaume-Uni : baisse record de près de 69 % sur un anDes clips générés par IA
L’activiste identitaire Tommy Robinson a annoncé qu’Amelia « prendrait la parole » grâce à l’intelligence artificielle lors d’un rassemblement prévu le 16 mai à Londres. Il a également diffusé des clips générés par IA dans lesquels on voit l’avatar brandir l’Union Jack, fustiger l’idéologie de la « diversité » devant des femmes en niqab et attaquer le Premier ministre Keir Starmer. Côté concepteurs, c’est la consternation. Le créateur du jeu, Shout Out UK, dit déplorer la « monétisation calculée de la haine et de la colère ».
De nombreux observateurs soulignent l’ironie de l’affaire. L’État a offert aux activistes de droite un avatar clé en main, optimisé par l’intelligence artificielle et les mécanismes d’amplification des réseaux sociaux. La popularité d’« Amelia » rappelle ainsi que, sur Internet, ce sont les images et leurs usages effectifs qui finissent par s’imposer, bien plus que les intentions initiales.
Le concept a essaimé bien au-delà du Royaume-Uni. Des comptes allemands et néerlandais diffusent des déclinaisons avec « Maria » en dirndl et « Emma » en version batave. Outre-Atlantique, un montage montre Donald Trump enlacer l’avatar avec la réplique « America loves Amelia ».
🇺🇸 AMERICA LOVES AMELIA 🇬🇧pic.twitter.com/Jnn8i67zyQ
— Basil the Great (@BasilTheGreat) January 28, 2026