“Attraper les pigeons et les tuer en leur brisant la nuque” : telle était la stratégie prévue par la ville allemande de Limburg pour réguler sa population de pigeons. À Francfort, on a un temps envisagé d’utiliser un faucon pour se débarrasser de ces volatiles, rappelle la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Avant d’opter pour une “méthode plus pacifique”.

“On pourrait discuter sans fin du problème des pigeons”, confie Michael Weber, élu municipal de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), au quotidien allemand. Selon les dernières estimations, Francfort en compte “entre 9 000 et 10 000”. Et leur présence se fait sentir. Des passages souterrains aux toits francfortois, les pigeons sont partout.

“Il nous tombe toujours quelque chose sur la tête, lance Michael Weber. Et ce n’est pas toujours de la pluie.” Et en installant leurs nids sur des installations électriques, les pigeons nuisent à leur efficacité. Autre enjeu majeur : alors que depuis 1970 il est interdit de nourrir les pigeons, pour les protéger et éviter la prolifération des rats, “on a recensé plus de 1,7 tonne de nourriture pour pigeons dans la ville sur les dix premiers mois de l’année passée, rapporte Tina Zapf-Rodriguez, responsable de l’environnement à Francfort, citée par la FAZ. Un chiffre probablement sous-estimé.

Selon Thomas Schröder, président de la Fédération allemande de protection animale, “il est utopique de rêver d’une ville sans pigeons”. Mais élus, services municipaux et associations de protection animale s’accordent sur un point : “la situation actuelle est difficile, autant pour les pigeons que pour les habitants”.

Un jeu de patience

Pour pacifier la cohabitation, la municipalité a choisi de s’inspirer du “modèle d’Augsbourg”, qui prévoit notamment l’installation d’un nombre suffisant de pigeonniers. “Dans cet endroit, régulièrement nettoyé, les pigeons seraient nourris et, pour ceux qui seraient en train de couver, il est prévu de substituer leurs œufs par des faux.” À ce jour, Francfort ne possède qu’un pigeonnier municipal, situé “dans le vieux cimetière de Bockenheim”, rapporte la FAZ. Mais le dispositif doit être étendu, avec “un nouveau” chaque année.

Dominik Legrum a également été nommé, en juin 2025, au poste nouvellement créé de “responsable municipal chargé des pigeons”, pour coordonner les actions des services municipaux en lien avec d’autres institutions comme la Deutsche Bahn (chemins de fer allemands), et les citoyens.

Mais il faudra encore des années avant qu’humains et pigeons fassent la paix. Car, comme le rappelle Dominik Legrum, “il faut du temps pour qu’un groupe de pigeons accepte une nouvelle maison”. La quête de nouveaux emplacements est, elle aussi, loin d’être aisée. “Idéalement, le pigeonnier doit être en hauteur, sur un grenier ou un parking à étages. […] Mais les installations techniques des bâtiments modernes ne laissent généralement pas de place, sans compter que la plupart des gens ne veulent pas d’un pigeonnier dans leur voisinage immédiat.” En outre, bien qu’il soit “passible d’une amende de 120 euros”, le nourrissage illégal des pigeons ralentit encore les efforts de la municipalité.