À l’inverse de la météo de janvier, la trajectoire d’Alexis Lebrun respire le calme avant la tempête. À partir de jeudi, place au très attendu Top 16 Europe de Montreux (5-8 février), compétition reine du continent, dont il est détenteur du titre après avoir détrôné le triple vainqueur de l’épreuve Darko Jorgic. Un exploit qui a fait sa gloire l’an dernier, seulement réalisé avant lui par son aîné tricolore Jean-Philippe Gatien, en 1997. « Je suis en bonne forme, confie-t-il, on a décidé de ne pas jouer certains tournois pour prendre le temps de s’entraîner. On verra si ça paye au Top 16 ou plus tard. »
Mercredi 28 janvier, dans l’anonymat vétuste du gymnase Achille, adossé au complexe Philippides de Montpellier. Hop-hop, jeu de jambes en action, l’aîné des Lebrun joue en championnat de France avec l’ANMTT face à Hennemont (victoire 3-1). Dernier moment d’accalmie. « Ça fait du bien de faire un match un peu plus cool en ayant moins de pression, mais je reste très motivé », indique-t-il.
En attendant la nouvelle salle…
La salle est vide, l’extérieur est tapissé de tags. Quelques chaises posées en rangs pour observer l’un des meilleurs pongistes de la planète en action, pareil à une vulgaire partie entre potes. Aucun joueur professionnel chinois ne daignerait y mettre les pieds. Pourtant, Alexis Lebrun s’y sent bien, se sent jeune (22 ans) et sent bien les choses. « Du moment qu’on a une table, des raquettes et une balle, on peut s’entraîner », lance-t-il, placide, visage fuitant un constant mélange de décontraction et de détermination.
Comme promis par la mairie de Montpellier, une nouvelle salle va surgir au même endroit au premier semestre 2028, pour un coût de 10 millions d’euros avec une jauge à 800 spectateurs. En attendant, le jeune homme a la reconnaissance du ventre. « La salle va être refaite, c’est cool. Ça crée quelques freins mais ça ne nous a pas empêchés d’arriver jusqu’à ce niveau. On part beaucoup en stage, même ça fait du bien de revenir ici, ça permet aussi de garder une forme de légèreté, d’adaptation. »
Les voyages le galvanisent
On voudrait connaître l’une des racines de sa gnaque… « On joue dans plein de salles et ambiances différentes, c’est d’ailleurs en France que l’ambiance est la plus chaude. Le but d’un sportif est de s’adapter et d’être le plus performant dans chaque contexte donné. Savoir s’adapter à des conditions particulières d’entraînement, ça aide. » Entre cinquante et cent jours par an. Tel est le nombre de nuits passées par Alexis Lebrun chez lui, à Montpellier.
Entre Europe et Asie, de Montpellier à Singapour en passant par Londres, avions, hôtels, tournois, obligations sponsoring et médiatiques… Ce rythme subi avec lassitude par certains adversaires, le galvanise, au contraire. Pour les vols de plus de dix heures, il s’autorise un billet en classe business afin de mieux récupérer. En fait, il adore ça. « C’est vrai, j’aime découvrir des choses. J’emporte mes jeux Switch, je viens de lire Hunger Games (S. Collins), j’ai aussi eu le temps voir « La Femme de ménage » au cinéma. J’aime ce rythme, j’ai mon équilibre de vie, ça me convient bien. Et puis on est avec les autres joueurs français, ça limite la sensation de solitude ». Tout semble glisser, zen…
Et c’est parti. Les médaillés olympiques Alexis Lebrun (N.9 Mondial) et son frère Félix (N.6) vont véritablement entrer dans le dur. Le quart de finale retour de la Ligue des Champions face aux Polonais de KS Dekorglass Dzialdowo (victoire 3-1 à l’aller), le Top 16 Europe, puis viendra le Grand Smash de Singapour (19 février-1er mars), sans oublier, point d’orgue de la saison, le championnat du monde par équipes (28 avril-10 mai) en Angleterre. Des titres à aller chercher, à la force d’Achille.