À Montpellier, la fermeture des bars à 1 h du matin relance le débat sur l’avenir de la vie nocturne, entre attractivité, nuisances sonores et sécurité. La proposition d’une ouverture jusqu’à 2 h, portée par le candidat écologiste Jean-Louis Roumégas, divise riverains, professionnels et noctambules.

À Montpellier, quand la nuit s’installe et que les terrasses débordent malgré le froid, la fête se heurte à une règle immuable : à 1 h du matin, rideau baissé. Une contrainte qui, entre soif de convivialité, tranquillité des riverains et ambitions politiques, relance le débat sur l’avenir des nuits montpelliéraines.

En ce jeudi soir du mois de janvier, quand le thermomètre passe sous les 10°, alors que le rythme va bon train, les bars sont contraints de dire stop peu avant 1 h du matin afin de plier boutique. La question de prolonger la fête jusqu’à 2 h a été abordée par le candidat écologiste aux élections municipales Jean-Louis Roumégas. Sur les réseaux sociaux, sa proposition a trouvé son écho avec plus de 160 visionnages sur TikTok.

« Je serais bien resté une heure de plus »

Pour certains, cet horaire de fermeture réglementaire des bars à Montpellier est un choix frustrant. « Je serais bien resté une heure de plus. Je passais un bon moment avec mes amis mais là, on va continuer de discuter un peu dehors avant de rentrer », regrette David. Le Montpelliérain de 31 ans, « grand voyageur », ne peut pas s’empêcher de comparer aux autres villes. « Est-ce qu’on voit ça ailleurs ? Je ne crois pas. C’est dommageable parce que Montpellier a un sacré potentiel mais c’est trop calme. »

À la table d’à côté, Léandre partage un avis plus nuancé. « Ce serait bien mais avec d’autres choses mises en place. Il faudrait que les tramways soient également prolongés et qu’il y ait de la présence policière une heure après la fermeture des bars », clame le jeune moustachu de 24 ans. « Ouvrir les bars pour permettre aux étudiants de profiter, c’est super. Mais si derrière il n’y a rien pour les protéger, ça ne sert à rien à part créer des nuisances sonores, alors qu’il y en a bien assez. »

Zoé hoche la tête. « C’est une bonne option mais il faut faire attention à la consommation d’alcool. L’avantage d’1 h du matin, ça permet aux gens de s’arrêter de boire. » La jeune femme de 23 ans habite dans l’Écusson et est donc concernée par les nuisances sonores. « L’été, c’est parfois un peu pénible parce qu’il y a des personnes qui restent devant le bar fermé pour continuer de parler. »

« Les gens vont partir »

Un décalage d’une heure entraînerait encore plus de nuisances sonores, craignent les riverains. « Nous avons pris position pour limiter l’ouverture à 1 h du matin », annonce André Moutot, trésorier du comité de quartier Saint-Roch Comédie. Le riverain de la rue de Verdun est au cœur du réacteur. « Il faut trouver un équilibre dans le centre-ville, parce que s’il se transforme en boîte de nuit, les gens vont partir. Les boîtes de nuit ont été conçues pour accueillir les gens à cet horaire-là. C’est impossible surtout l’été, où les gens dorment avec la fenêtre ouverte. »

Un groupe existe même à Montpellier pour lutter contre les nuisances : le collectif Droit au sommeil. Ce dernier avait dénoncé, en mai 2025, le « débordement des activités une partie de la nuit ».

Cependant, certains habitants pensent que cette ouverture plus tardive pourrait ramener plus de sécurité. « Quand il y a du monde au bar, je me sens plus rassurée de rentrer », indique Zoé, craintive de rallier son appartement seule.

« Ça fait quand même très tôt »

Du côté des professionnels, une extension des horaires serait bienvenue. « Depuis le Covid, on est revenu à une heure toute l’année. Je pense que passer à deux heures toute la semaine, ça ne sert à rien parce que le bar se vide de lui-même. Par contre, ce qui serait intéressant, c’est d’avoir deux heures ou trois heures le week-end », propose Julien Escot, patron du bar à cocktails Aperture, à deux pas de la place Castellane. « Le week-end, arrêter de servir à 0 h 30 pour que les gens soient partis à une heure, ça fait quand même très tôt. Les clients qui se retrouvent dehors ne savent plus où aller. »

Son confrère Christophe Gomez, gérant du St-Roch, suggère une autre option. Il propose de fixer la fermeture à 2 h du matin pendant l’été. « De la Fête de la musique et jusqu’à la rentrée, c’est vraiment un plus. Ici, on est au Moyen Âge de l’hôtellerie française. Tout ce qui est colloque ou séminaire, ils ne viennent plus à Montpellier, c’est fini. »

Entre attractivité nocturne et droit au sommeil, la question d’un décalage des horaires cristallise les tensions d’un centre-ville en quête d’équilibre. Prolonger la fête, oui, mais à quel prix, et pour qui ? À quelques semaines des élections municipales, la nuit montpelliéraine n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle.