Les tournages de cinéma parisiens ont leurs paillettes et, désormais, leurs maîtres-chanteurs. D’après une enquête du Parisien publiée fin janvier 2026, régisseurs et producteurs décrivent une hausse des tentatives d’extorsion visant les dispositifs installés sur la voie publique, avec des méthodes rodées et une géographie qui s’étend au-delà des quartiers dits sensibles.
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Le phénomène, connu depuis une quinzaine d’années, prend de l’ampleur. Paris a cumulé 5 708 jours de tournage en 2024. Sur le terrain, les professionnels évoquent une montée de l’insécurité, avec des pressions pouvant aller jusqu’au chantage immédiat payable en espèces. « Les deux dernières années ont été très compliquées », confie au Parisien un régisseur fort de vingt ans d’expérience.
La question a conduit à une réunion en septembre entre la préfecture de police, la Ville de Paris, Film Paris Région et les organisations professionnelles, avec pour objectif d’encourager le dépôt systématique de plaintes et d’harmoniser les dispositifs de sécurité.
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Longtemps concentrées dans le 18e arrondissement, notamment à la Goutte d’Or, les tentatives d’extorsion, souvent menées par des narcotrafiquants, s’étendent désormais au nord et à l’est de la capitale avec des occurrences dans les 19e, 20e et 13e arrondissements. Les équipes sont ciblées à deux moments critiques lors de l’installation et du démontage, quand l’organisation est la plus vulnérable et que l’annulation coûte cher. « Il n’y a pas de tarification précise, ça peut aller de 1 000 à 3 000 euros, parfois plus », précise une repéreuse depuis trente ans. À défaut d’obtenir une enveloppe, les perturbateurs misent sur la nuisance en faisant vrombir le moteur d’une voiture ou en mettant de la musique à fond.
Les menaces sont parfois explicites. « Si tu ne paies pas, on vous crève les pneus des camions de régie », s’est vu lancer un régisseur. Au-delà des bandes opportunistes, certains évoquent aussi la pression de commerçants exigeant des compensations pour tolérer l’occupation de l’espace public. En conséquence, les productions adaptent leurs plans de tournage, réduisent leur emprise au sol ou déplacent certaines scènes en studio.
Certaines productions acceptent de payer
Côté forces de l’ordre, la préfecture rappelle que la sécurité des tournages relève avant tout des vigiles privés, de jour comme de nuit. Problème : toutes les sociétés ne se valent pas. Un compte rendu d’une réunion tenue en septembre, cité par Le Parisien, souligne qu’elles ne sont « pas toutes fiables ni honnêtes ». L’idée d’un système de labellisation fait donc son chemin afin d’identifier les prestataires sérieux et de définir un socle minimal de bonnes pratiques.
Sur le plan judiciaire, si la préfecture et la mairie encouragent systématiquement le dépôt de plainte, seuls trois faits ont été enregistrés en 2025 (deux extorsions et un vol), un chiffre très inférieur au ressenti exprimé sur les plateaux. En pratique, les contraintes budgétaires et les calendriers serrés incitent parfois les équipes à payer pour poursuivre le tournage plutôt qu’à interrompre une journée pouvant coûter plusieurs centaines de milliers d’euros.
La Ville, via sa Mission Cinéma, affirme travailler en coordination avec la préfecture, la région et les opérateurs privés. La création d’une cellule commune d’anticipation est à l’étude afin de croiser les retours de terrain et les historiques d’incidents, avec un formulaire en ligne piloté par Film Paris Région.