Un quart de siècle après la victoire de Grâce Ducal dans un Prix de l’Ile-de-France alors labellisé groupe II, en 2001, une championne entraînée et montée par Joël Van Eeckhaute, c’est le fils de celui-ci, Jérémy Van Eeckhaute, qui se retrouve sous le feu des projecteurs en tant que metteur au point. Le 30 décembre 2006, celui que tout le microcosme surnomme affectueusement “Gaston” (son deuxième prénom, qui permet de le différencier sur les programmes) quittait la catégorie des amateurs sur un succès dans le prestigieux Prix de Saint-Léonard, aux commandes d’une autre vedette exploitée par son père, Lazio du Bourg. Le jeune homme avait alors des rêves plein la tête et l’un des principaux d’entre eux vient de se réaliser. Dimanche pluvieux, dimanche (hyper) heureux.

Sa 18e tentative au niveau groupe I, la 12e avec sa perle Kapaula de l’Epine, aura été synonyme d’aboutissement professionnel pour celui qui fêtera ses 39 ans au printemps et s’est remis d’une grave fracture à une vertèbre thoracique, contractée fin avril 2025 à Strasbourg. “J’ai traversé des moments difficiles, c’est vrai, mais il faut toujours se relever et regarder devant, positivait Jérémy Van Eeckhaute devant la caméra de Christophe Meyer. Ce métier est ainsi fait, de hauts et de bas. Avant le Cornulier, on s’était donné à fond pour préparer le jour J et la jument n’a même pas couru (ndlr, disqualifiée au départ). C’était forcément une grosse frustration, d’autant que j’avais beaucoup de monde autour de moi. D’un autre côté, cela a permis à Kapaula de garder de la fraîcheur et nous nous sommes bien vengés. Elle évolue avec réussite au plus haut niveau depuis longtemps et méritait une grande victoire comme celle-ci. Je suis heureux pour elle et mon jockey.”

à l’image de nombreux professionels, l’homme originaire de l’Eure (27) reconnaît être “un petit peu superstitieux (rires). Je visais surtout une place avant le coup, mais son n°7 me faisait croire à l’exploit, car elle avait enlevé deux de ses trois semi-classiques avec, et c’était aussi le numéro de mon partenaire quand j’avais remporté ma 100e course comme driver…”

Un Lamy qui vous veut du bien

Si Jérémy Van Eeckhaute supporte ardemment le PSG, Kapaula de l’Epine a fait sienne la devise de l’OM en allant droit au but dans les deux cents derniers mètres, pendant que l’animateur à un rythme effréné, It’s a Dollarmaker, penchait sensiblement en se retrouvant au bout de ses forces. Adrien Lamy a été particulièrement inspiré et obtenait en cette occasion ses onzièmes lauriers au plus haut niveau, les neuvièmes sur le dos de femelles (Lexie de Banville X2, Intuition X2, Happy and Lucky, Hopla des Louanges, Etoile de Bruyère, Cassate). “Nous n’avions pas la prétention de viser la gagne mais j’ai joué le coup à fond en la montant dans le groupe de tête, sa tactique préférée, débriefait le pilote de 33 ans auprès de Christophe Meyer. J’ai pensé que nous avions pris un K.-O. quand It’s a Dollarmaker a démarré sèchement dans le tournant final, mais Kapaula a été forte pour revenir le chercher. J’exultais dans les cent derniers mètres, car je savais que ça allait le faire et pensais déjà énormément à “Gaston”. Offrir un groupe I à une personne aussi proche, c’est trop cool, ça décuple le plaisir ! Il vit les choses intensément avec sa jument de coeur.”

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La tentation suédoise

Derrière le pedigree anodin de Kapaula de l’Epine, acquise pour une bouchée de pain aux ventes de yearlings de Caen (lire par ailleurs), se cache l’une des plus illustres souches maternelles françaises, dans la mesure où elle descend directement de la matrone Dourga II, à l’image de nombreux éléments de tout premier plan, tels Arnaqueur, Dream With Me (deux Cornulier), Giesolo de Lou, Oyonnax (Prix d’Amérique) ou Rombaldi. Avec ce nouveau statut de lauréate de groupe I, la 6 ans sera observée d’un œil différent lors de ses prochaines apparitions en compétition. “J’envisage de l’aligner au départ du classique Prix des Centaures, le 28 février, avant de lui accorder des vacances, concluait Jérémy Van Eeckhaute. Puis, j’ai dans un coin de ma tête de la diriger vers le Montéeliten (Gr. II), fin mai à Solvalla, le jour de l’Elitloppet.”

Le chiffre : 43/1

Soit la cote de la lauréate, Kapaula de l’Epine, que peu de turfistes attendaient sur la plus haute marche du podium. La capacité à surprendre semble inscrite dans ses gênes, son père Discours Joyeux (Goetmals Wood) ayant fait afficher 56/1 lorsqu’il remporta le Prix de Sélection (Gr. I) en 2017, sous la conduite de Damien Bonne et l’entraînement de Thierry Raffegeau.