l’essentiel
À peine rouvert après six années de travaux, le musée des Augustins connaît un succès immédiat qui accompagne l’arrivée de sa nouvelle directrice, Laure Dalon, et confirme l’attachement des Toulousains à ce lieu emblématique.

https://augustins.toulouse.fr/Le public ne s’y est pas trompé. À peine rouvert, au 21 rue de Metz, en plein cœur de Toulouse, le musée des Augustins a retrouvé une affluence digne de son statut. Après six années d’un sommeil forcé par les travaux, la réouverture du 17 décembre a agi comme un électrochoc : 1 160 visiteurs se pressent en moyenne chaque jour dans les galeries. Aujourd’hui, le compteur atteint déjà les 42 875 entrées. Des chiffres éloquents, preuve d’un réel engouement pour le lieu. « Et ce n’est là qu’un début puisque le musée n’est ouvert qu’à moitié », annonce Laure Dalon.

Depuis son bureau tout en longueur, ouvert à la fois sur la rue Alsace-Lorraine et sur le cloître des Augustins, Laure Dalon se réjouit de ces premiers résultats. Pour la nouvelle directrice du musée, ils ne sont pas seulement encourageants : ils ont valeur de confirmation. « Honnêtement, cela dépasse ce qu’on imaginait, surtout la fréquentation importante en semaine est une vraie surprise. C’est la preuve que cette ouverture était attendue », confie-t-elle. Attendue par les Toulousains, attachés à ce lieu emblématique, mais aussi par des visiteurs nouveaux, curieux de découvrir ce musée entièrement repensé.

 » Un musée très instagramable »

Sous une apparence sereine, Laure Dalon pilote cette transition avec une rigueur héritée de ses années de formation. À la tête des Augustins, elle incarne une direction à la fois discrète et affirmée, convaincue que le succès d’un musée se mesure à la qualité du lien tissé avec son public. Nommée le 1ᵉʳ octobre 2022, elle succède à Axel Hemery. Une succession très « challenging », tant le musée occupe une place particulière dans le cœur des habitants : « J’ai senti très vite que les Augustins n’étaient pas n’importe quel endroit pour les Toulousains », confirme-t-elle.

Concrètement, cela se traduit par un réagencement des espaces, avec des accrochages pensés comme une expérience continue. Cimaises qui rompent la linéarité, escaliers habités par des sculptures, panneaux colorés : chaque espace est investi. « Je suis très sensible aux perspectives : dès qu’on tourne la tête, on voit quelque chose », explique-t-elle. Cette mise en scène se veut résolument moderne : « Le musée est très photogénique, très instagramable », souligne la directrice.

Laure Dalon revendique une approche sensible, presque narrative, de l’exposition. Pour elle, le musée ne doit jamais être figé : « Je veux que la visite soit une expérience du début à la fin, sans rupture, avec des surprises tout le temps. » Elle défend un lieu accueillant, vivant, traversé par des énergies positives, où chacun peut trouver sa place, qu’il soit amateur éclairé ou simple curieux.

Passée par Fermat

Née en 1981 à Mont-de-Marsan, Laure Dalon n’est pas issue d’un milieu artistique. Son goût pour l’art naît dans les bibliothèques, au fil de ses lectures. Elle nourrit très tôt l’ambition de travailler dans un musée, un projet « plutôt atypique » dans sa famille. Aujourd’hui, son arrivée à Toulouse est un retour puisqu’après son bac scientifique, elle intégra la classe préparatoire du lycée Pierre-de-Fermat pour préparer le concours, très sélectif, de l’École nationale des chartes. Dès ses 18 ans, elle vit trois années de travail intense dans la Ville rose qui ont forgé sa rigueur intellectuelle. Diplômée des Chartes en 2006, puis de l’Institut national du patrimoine en 2009, elle se spécialise dans la sculpture avec une thèse consacrée à Antoine Bourdelle.

Son parcours professionnel la mène ensuite au musée des Beaux-Arts d’Amiens comme conservatrice, puis à Paris comme adjointe au directeur scientifique de la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais, avant de diriger à nouveau le musée d’Amiens et de finalement regagner le Sud. À 45 ans, elle se dit épanouie : « Ce que j’aime dans ce métier, c’est sa dimension concrète : coordonner des équipes, penser l’accueil, les parcours. C’est complexe, mais voir le public heureux compense largement le manque de temps pour la recherche. »

Aujourd’hui, alors que le musée poursuit sa réouverture progressive, Laure Dalon retrouve avec émotion certaines figures de son parcours. Parmi elles, ses anciens professeurs de classes préparatoires de Fermat désormais membres de l’association des amis du musée, qu’elle croise régulièrement. Une manière, pour elle, de refermer une boucle : « Pouvoir leur dire combien ils ont compté dans mon cheminement a une valeur toute particulière », conclut-elle.

Laure Dalon en 5 dates

24 octobre 1981 : Naissance de Laure Dalon.
1999 : Arrivée à Toulouse, en prépa à Fermat.
1 er mars 2017 : elle rouvre le Musée de Picardie.
1 octobre 2022 : elle prend la tête des Augustins.
19 décembre 2024 : elle rouvre les Augustins