Depuis près de huit ans, une poignée de bénévoles permettent au cinéma Le Pax à Quend-Plage (Somme) de vivre. Ce cinéma de 200 places, pour un village de 1 280 habitants, compte plus de 17 000 entrées par an.

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« Il y a énormément de salles en France, parfois dans des villes, on n’imaginerait même pas », lance Dominique Choisy, scénariste et réalisateur. Le cinéma de Le Pax, à Quend-Plage (Somme), en est un exemple. Construit en style art déco dans les années 1960, il est tenu depuis huit ans par quelques bénévoles motivés.

Cette salle mono écran est gérée par l’association « Arts et Loisirs de Quend ». Jean Ponchon, son président, explique qu’ils possèdent un conseil d’administration et un bureau avec cinq membres qui dévouent une grande partie de leur temps pour faire vivre ce lieu, à travers notamment 24 séances par semaine pour 7 à 11 films différents. Sorties nationales, Art et essai, version originale… Il y a du choix.

L’arrivée de Jean Ponchon, comme celle des autres membres du Conseil, est en partie liée au hasard : « il se trouve que cette salle diffusait déjà, il y a une dizaine d’années, des opéras en direct. C’est par cet intermédiaire-là que je suis arrivé dans le cinéma ». Un soir, une des projectionnistes l’informe qu’une réunion a lieu le lendemain matin pour parler du cinéma, ce à quoi Jean Ponchon répond qu’il est intéressé.

« Elle avait fait le même discours à d’autres personnes, sans nous dire que le cinéma allait fermer. Donc on s’est retrouvé à cinq ou six, sans se connaître et à se dire : mais attendez, on est en France, pays du cinéma, il y a un rôle économique, c’est une station balnéaire, il y a des salariés, on ne va pas laisser ça comme ça », détaille le président.

C’est de cette manière que le groupe s’est lancé dans cette aventure, huit ans plus tôt, redonnant ainsi un second souffle à cet établissement.

Les spectateurs se pressent régulièrement dans ce cinéma de Quend-Plage.

Les spectateurs se pressent régulièrement dans ce cinéma de Quend-Plage.

© Gaëlle Fauquembergue / FTV

Jean Ponchon reconnaît qu’il s’agissait d’un sacré pari. Lui et ses collègues se disent régulièrement que « si on avait tout connu avant, si on avait connu les difficultés, peut-être qu’on aurait réfléchi jusqu’au lendemain matin. Mais là, on s’était décidé le soir, et c’est comme ça que c’est parti ».

Des difficultés existent. Quend-Plage est une station balnéaire. Si l’été, de nombreux spectateurs se pressent pour regarder des films, le reste de l’année, il n’y a que 1 280 habitants.

Aussi, on retrouve des problématiques inhérentes à la programmation. Mais ce qui sauve Le Pax, c’est le fait de proposer une « programmation riche, dense et variée » grâce à de nombreux labels. « Et puis on a un classement européen qui fait que nous sont proposés et nous sont offerts plus facilement un certain nombre de films », ajoute Jean Ponchon. Aujourd’hui, l’association gère un budget de 100 000 euros qui lui permet de soutenir la création régionale.

Le cinéma peut compter sur la fidélité des spectateurs.

Le cinéma peut compter sur la fidélité des spectateurs.

© Gaëlle Fauquembergue / FTV

Le Pax peut compter sur la confiance et la fidélité des spectateurs qui s’est construite au fil des années. La programmation se fabrique d’ailleurs de semaine en semaine. « On connaît les spectateurs, on sait ce qui va leur plaire, on sait, en fonction des sorties de films, sur lequel ils vont être émus, partager une émotion », souligne le président. C’est pourquoi l’équipe de l’établissement a un slogan : toutes les semaines, un événement et tous les mois, un festival. Le cap est maintenu depuis près de huit ans.

Ce travail de réflexion et de curation porte ses fruits : « les spectateurs qui viennent ou qui parlent entre eux sont au courant qu’il y a des films qui sortent dans des festivals et qui sont diffusés ici rapidement ».

Le lieu possède « des regroupements informels » avec d’autres cinémas du territoire – Crécy-en-Ponthieu, Holt et Albert – qui permet de proposer au distributeur la programmation d’un film sur plusieurs semaines. C’est ce qui permet de les diffuser plus rapidement.

On connaît les spectateurs, on sait ce qui va leur plaire, on sait, en fonction des sorties de films, sur lequel ils vont être émus, partager une émotion.

Jean Ponchon, président de l’association Arts et Loisirs de Quend

Pour Dominique Choisy, Le Pax a un intérêt géographique. Car s’il n’y avait pas ces salles, comme d’autres dans le territoire, tout un bassin de population n’aurait pas accès au cinéma. « Je pense au Pax, je pense au Cyrano à Crécy-en-Ponthieu, je pense au Rex à Abbeville, où il y a trois salles Art et essai, alors que nous, à Amiens, on n’en a que deux », révèle-t-il.

Le scénariste rappelle que ces salles sont des espaces de « projections incroyables », souvent portés par des bénévoles, qui donnent de leur temps et de leur vie pour leur permettre d’exister. Cette présence est essentielle « en termes de maillage » et « d’aménagement du territoire ».

En tant que professionnel du cinéma, il rappelle que ce genre de petites salles font vivre les films. « En général, on fait salle pleine et c’est véritablement pour nous des espaces qui permettent à nos films d’exister pleinement et de rencontrer un public, aussi », conclut-il.

Le cinéma Le Pax accueillera un festival du film japonais à la fin du mois de janvier et la quatrième édition des Hivernales en février.

Avec Marie Roussel / FTV