Dans une tribune publiée le 1er février dans Les Échos, plus d’un millier de dirigeants d’entreprise, aux côtés du vice-président exécutif de la Commission européenne Stéphane Séjourné, demandent à l’Union européenne de faire de la préférence européenne un principe central des marchés publics et des aides économiques.
Préférence européenne : aligner l’argent public et la production européenne
Le point de départ de la tribune publiée le 1er février dans Les Échos est volontairement simple. Pour ses signataires, il existe un décalage croissant entre les objectifs affichés de l’Union européenne en matière de souveraineté économique et l’utilisation concrète de l’argent public. Leur demande est donc directe : lorsque des fonds européens sont mobilisés, ils doivent soutenir en priorité les entreprises qui produisent en Europe.
Dans le texte, les auteurs estiment que cette orientation ne constitue ni un repli ni une remise en cause du marché unique. Ils appellent l’Union à se doter « d’une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques », considérant que cette approche est devenue indispensable pour préserver les capacités industrielles du continent.
Pour les dirigeants, la préférence européenne doit permettre de mieux relier politiques publiques, emploi et production, dans un contexte économique marqué par une intensification de la concurrence mondiale.
Un appel porté par des groupes emblématiques de l’économie européenne
La liste des signataires illustre la portée de l’initiative. Elle rassemble des dirigeants issus de secteurs très différents, mais confrontés à des problématiques communes. Figurent notamment des responsables de groupes comme Engie dans l’énergie, Michelin dans l’industrie, Bouygues dans la construction, Sanofi dans la santé ou Air France dans le transport aérien.
Cette diversité sectorielle renforce le message porté par la tribune. Les marchés publics et les aides économiques concernent l’ensemble de l’économie européenne, des infrastructures aux transports, de l’énergie à la santé. Pour ces entreprises, l’accès à la commande publique représente un enjeu stratégique majeur.
Les signataires soulignent que les entreprises européennes opèrent dans un cadre réglementaire exigeant, en matière environnementale, sociale et fiscale, ce qui peut constituer un désavantage face à des concurrents extra-européens.
Marchés publics : un levier économique jugé insuffisamment utilisé
Les auteurs de la tribune insistent sur le poids des marchés publics dans l’économie européenne. Ils rappellent que ces dépenses représentent une part significative de l’activité économique de l’Union et qu’elles pourraient jouer un rôle plus structurant dans la politique industrielle européenne.
Selon eux, les règles actuelles privilégient largement le critère du prix, sans toujours prendre en compte les effets à long terme sur l’emploi, l’investissement et la souveraineté industrielle. Ils estiment qu’une évolution des critères d’attribution permettrait de mieux valoriser la production locale.
Dans ce contexte, les signataires affirment que « chaque fois que de l’argent public européen est utilisé, il doit contribuer à la production européenne et à des emplois de qualité ». Une phrase qui résume l’esprit de la démarche : faire de la commande publique un outil économique cohérent avec les ambitions industrielles de l’Union.
Aides publiques : éviter les effets de déperdition
Au-delà des marchés publics, la tribune s’attarde sur les aides économiques et les subventions européennes. Les dirigeants alertent sur le risque que ces dispositifs, pourtant destinés à renforcer l’industrie européenne, profitent indirectement à des acteurs produisant hors du continent.
Dans des secteurs comme l’énergie, la santé ou l’industrie lourde, l’Union mobilise des financements importants pour accompagner la transition et l’innovation. Les signataires plaident pour que ces aides soient davantage conditionnées à une implantation productive en Europe, afin de consolider les chaînes de valeur locales.
L’objectif affiché est double : renforcer la compétitivité des entreprises européennes et réduire les dépendances stratégiques vis-à-vis de fournisseurs extérieurs.
Une réponse assumée à la concurrence internationale
L’appel des dirigeants s’inscrit dans un contexte international tendu. Les États-Unis ont mis en place des dispositifs favorisant la production nationale, tandis que la Chine soutient activement ses entreprises sur son marché intérieur.
Face à ces stratégies, les signataires estiment que l’Union européenne demeure l’un des marchés les plus ouverts au monde. Ils alertent sur les conséquences possibles de cette situation et préviennent que « sans une politique industrielle ambitieuse, efficace et pragmatique, l’économie européenne est vouée à n’être qu’un terrain de jeu pour ses concurrents ».