EN BREF • Léa Salamé, journaliste à France 2, a dû défendre son impartialité face à la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, affirmant de nouveau qu’elle se retirera de l’antenne si son compagnon, Raphaël Glucksmann, est candidat à la présidentielle.
• Elle souligne son indépendance journalistique, ayant couvert des événements majeurs sans influence extérieure.
• Léa Salamé insiste sur l’importance de la confiance des téléspectateurs, affirmant que son indépendance est son « talisman ».
Après Patrick Cohen, Thomas Legrand mais aussi Delphine Ernotte c’était au tour de Léa Salamé. La journaliste qui a pris les rênes du journal télé de France 2 était auditionnée en compagnie d’Hugo Plagnard et Julien Duperray, rédacteurs en chef du JT par la commission d’enquête sur la neutralité du service public.
Léa Salamé a, pour commencer, été interrogée par le rapporteur Charles Alloncle sur les audiences du JT de France 2, mises en perspective avec celles de TF1 et les budgets alloués aux services des deux chaînes. Puis, après l’évocation évidente de l’affaire Cohen-Legrand que la journaliste a « refusé de commenter » tout en se disant « choquée » que des journalistes ont été enregistrés à leur insu, le rapporteur est entré dans le « vif du sujet ».
Le président de la commission d’enquête Jérémie Patrier-Leitus avait anticipé que le sujet de la relation de Léa Salamé avec Raphaël Glucksmann serait abordé ce lundi matin, et serait central. Il a en effet consacré une grande partie de son discours d’introduction à redire que « depuis au moins Olympe de Gouges, les femmes ont acquis leur liberté et que le mariage ou le concubinage ne sont pas des délégations politiques ». Le rapporteur a donc, au bout d’une demi-heure d’audition, questionné Léa Salamé sur ce qu’elle promettait aux Français en matière de « garanties concrètes pour assurer son impartialité et son indépendance » en raison de sa relation avec le député européen.
Visiblement préparée à cette question, Léa Salamé a tenu à rappeler en préambule : « avant d’être la femme de quiconque je suis une journaliste, honnête et une femme libre. » Puis, elle a expliqué avoir toujours « adopté une ligne de conduite extrêmement claire » en revenant notamment sur ses mises en retrait de l’antenne en 2019 et 2024. « Quand mon compagnon a décidé d’être candidat aux élections, je me suis retirée de l’antenne le jour même de sa candidature, contre l’avis de ma hiérarchie. En 2024, même chose, je me suis retirée de l’antenne. Et cette ligne de conduite, elle vaut pour toutes les élections » a affirmé la journaliste face aux députés. Léa Salamé l’a redit ce lundi 2 février face à la Commission d’enquête, « s’il est candidat, je sors de l’antenne. Je ne m’accroche pas, je sors, immédiatement » tout en précisant cependant quelques minutes plus tard, au sujet de l’élection présidentielle de 2027 : « Peut-être avez-vous des informations que je ne possède pas, mais pour l’instant, il n’est pas candidat. »
L’impartialité de Léa Salamé
La journaliste a ensuite tenu à répondre à l’entièreté de la question et à justifier de sa parfaite impartialité au fil des années, mettant en avant avoir notamment été choisie et validée pour présenter le débat de l’entre-deux tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et ses quelque « 400 interviews par an » réalisées sur France 2 mais aussi dans la matinale de France Inter, ou sur le plateau de Quelle Époque. « Vous pouvez juger qu’elles sont bonnes, moyennes, ratées, mais personne n’a pu entendre que mon compagnon tenait mon stylo. Je n’ai jamais fait une interview sous l’influence de quiconque », a affirmé Léa Salamé.
Puis, elle a retourné la question au rapporteur, dans une anaphore qui ne manquait pas de panache. « Pensez-vous vraiment qu’en 2026 une femme pense forcément comme son mari, vote forcément comme son mari, prie comme son mari, fait ce que lui demande de faire son mari ? Vous pensez sérieusement qu’on en est là ? Moi non ? »
La journaliste a alors expliqué en quoi, selon elle, il s’agissait d’un « principe républicain » et non de féminisme. « On n’est pas jugé sur les opinions de son conjoint. On n’est pas condamné sur les opinions de son conjoint. Et le vote il est secret et personnel. » Ce qu’avait déjà rappelé le président en début de séance.
Mon indépendance, c’est mon talisman
Léa Salamé a alors conclu sa réponse de près de cinq minutes en affirmant que son devoir de journaliste était d’être avant tout honnête avec les téléspectateurs, les Français. « Je ne veux pas que les Français puissent avoir le moindre doute, la moindre suspicion. Mon indépendance, c’est mon talisman. Ce qui me lie aux Français, c’est ce lien très fragile qu’on appelle la confiance. »
Cela aurait pu s’arrêter là, mais le rapporteur a tour de même relancé la journaliste sur le sujet en lui demandant notamment si elle pensait qu’elle aurait conservé son poste de présentatrice au JT si elle « avait été la compagne de Jordan Bardella ». Il n’en fallait pas plus pour susciter l’agacement du président de la commission d’enquête Jérémie Patrier-Leitus et déclencher un ping-pong entre les deux hommes. Une joute que Léa Salamé, première concernée, n’a pas osé interrompre, lançant simplement un amusé « Mettez-vous d’accord » en attendant que la parole ne lui soit redonnée clairement.
Les auditions de la commission d’enquête vont se poursuivre ce lundi avec notamment celle de Laurent Delahousse, autre grande figure de l’information de France Télévisions.