C’est une avancée à la fois éthique et scientifique. Des chercheurs niçois viennent de montrer qu’une simple exposition ciblée à la lumière peut réduire la douleur chez les rongeurs(1).

« Prendre en compte la douleur, en expérimentation animale est fondamental, pour des raisons éthiques évidentes, mais aussi scientifiques : une douleur non contrôlée peut fausser les résultats des études », explique Marion Bied qui a mené ces travaux sous la direction de Guillaume Sandoz, à l’iBV (Institut de biologie de Valrose).

Jusqu’à présent, la prise en charge de la douleur chez les animaux de laboratoire repose essentiellement sur des médicaments antalgiques, pas toujours compatibles avec les protocoles expérimentaux, et susceptibles de provoquer des effets secondaires interférant avec les observations scientifiques.

D’où l’idée de chercher une alternative non médicamenteuse.

Une intuition… lumineuse

« Nous nous sommes intéressés à des protéines impliquées dans la douleur. L’une d’elles, nommée TRAAK agit comme un véritable « frein » : lorsque ce canal ionique est activé, il inhibe les terminaisons nerveuses des neurones responsables du signal douloureux.

On s’est demandé s’il n’existait pas une méthode physique, non invasive, capable d’activer ce canal directement sous la peau, raconte la chercheuse. Et parmi les possibilités, la lumière UV s’est imposée, avec un avantage : elle n’atteint que les zones superficielles de la peau, là où se situent les nocicepteurs (terminaisons nerveuses qui captent la douleur, Ndlr) ».

Une hypothèse fondée sur des travaux antérieurs de cette équipe, ayant montré que la lumière, notamment ultraviolette pouvait modifier l’activité de protéines au niveau des nocicepteurs.

Des souris moins sensibles… après dix minutes de lumière

Pour évaluer les effets de la lumière, les scientifiques vont utiliser un test de sensibilité mécanique, consistant à appliquer une pression progressive jusqu’à ce que la souris retire sa patte. Les résultats sont sans appel.

« Lorsque la patte de l’animal est exposée pendant dix minutes à une lampe UV de faible intensité, il faut exercer deux à trois fois plus de pression pour déclencher ce réflexe. Cet effet analgésique dure au moins une heure et disparaît complètement au bout de six heures. »

L’effet va se révéler même supérieur à celui de certains antalgiques couramment utilisés en laboratoire. « On a comparé avec l’ibuprofène ou des crèmes anesthésiantes : la lumière seule fait mieux, sans aucun médicament. »

Une application directe pour l’expérimentation animale

Les chercheurs vont aller encore plus loin en identifiant le mécanisme exact. « Tout repose sur un seul acide aminé (élément constitutif des protéines, Ndlr), une méthionine, présente dans le canal TRAAK de certaines espèces(2). Quand cette méthionine est exposée aux UV, elle s’oxyde et change la forme de la protéine, ce qui l’active, explique la scientifique. Si on enlève cet acide aminé, la protéine ne répond plus à la lumière. »

La découverte ouvre des perspectives très concrètes pour la recherche utilisant des animaux de laboratoire. « On imagine des « boxes à UV », dans lesquelles les animaux pourraient être exposés brièvement avant certaines manipulations, comme des prélèvements sanguins, décrit Guillaume Sandoz, directeur de recherches. Un peu comme une cabine de bronzage, mais à très faible dose. »

Avec cette découverte prometteuse, l’équipe niçoise vient de fournir à la recherche mais aussi à la clinique vétérinaire une méthode contre la douleur, sans recours aux médicaments, simple, efficace et peu coûteuse : 20 euros, soit le prix d’une lampe UV.

1- Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Nature Communications.
2- Cette particularité est présente chez les rongeurs, certains mammifères et les oiseaux. Les nouveaux animaux de compagnie (NAC), comme les chinchillas ou les hamsters, ainsi que des espèces plus exotiques — tortues d’Hermann ou boas — sont également concernés. Chez ces animaux, les effets antalgiques de la lumière pourraient donc être applicables.

L’équipe de scientifiques à l’origine de cette découverte (de gauche à droite) : Catherine Thouvenin, Arnaud Landra-Willm, Aurore Comont, Guillaume Sandoz, directeur de recherches au CNRS et Marion Bied.