Par
Margot Nicodème
Publié le
2 févr. 2026 à 18h32
L’histoire prêterait à sourire, si elle n’avait pas atteint de telles extrémités. Un restaurant de Lille (Nord) et un « influenceur du welsh » se mènent une guerre ouverte. Une publication émanant du Georges V, établissement du boulevard de la Liberté, a mis le feu aux poudres, fin janvier 2026. Le patron accuse publiquement Rob Welsh, à la tête de réseaux sociaux ultra suivis à la gloire du plat nordiste, de harcèlement. Les tensions sont à leur paroxysme, avec un dépôt de plainte envisagé par Pierre-Alain de Mazancourt, propriétaire du Georges V, pour harcèlement. Il se dit la cible, depuis des mois, de commentaires haineux et de tentatives de sabotage en tous genres de la part de Rob, ou Robert, dont la notoriété locale s’est construite autour du statut de « roi du welsh ». De son côté, Robert avance « une certaine haine, voire jalousie » de la part du restaurateur, consécutive à des publications entachant la qualité de la cuisine servie au George V.
Deux collaborations pour le championnat du monde du welsh, avant la rupture
L’entente entre Pierre-Alain et Robert était pourtant au beau fixe, au début de leur collaboration pour mettre sur pied le premier championnat du monde du welsh, en 2023. Le Georges V héberge l’événement qui réunit des cuisiniers amateurs et professionnels, l’influenceur est l’un des membres du jury. Contre toute attente, la soirée voit émerger des désaccords : Pierre-Alain de Mazancourt reproche à Robert d’avoir « des remarques désagréables » envers des participants amateurs. Ce dernier reconnaît avoir dit à l’un d’eux, au moment de la dégustation, « Ne faites plus de welsh ! », mais assure que le commentaire était dénué de méchanceté.
Le torchon a ainsi commencé à brûler, mais les deux amoureux du welsh rempilent pour la 2e édition du championnat, l’année suivante. « Rebelote » : Pierre-Alain de Mazancourt décrit à nouveau un comportement inapproprié. « Il y avait de la musique électro, ça ne lui allait pas, il ne fallait pas écouter ça en mangeant du welsh. Les plats étaient servis dans des barquettes et pas des ramequins en fonte, ça ne lui allait pas non plus. »
À l’issue de la soirée, raconte le patron du George V, le couperet tombe. « On a eu un briefing avec l’association [l’Amicale des amateurs de welshs], on lui a dit qu’on ne pouvait plus l’accepter » au concours. Un débarquement sans ménagement, qui aurait provoqué la colère de Rob Welsh.
« Après ça, ça a été du non-stop. Il a envoyé des messages vocaux à mes salariés pour leur dire qu’il ne fallait pas qu’ils hésitent à changer d’établissement. Il m’a dit ‘toi, ton resto, je vais le faire couler’. Ça a été des commentaires dénigrants au quotidien, en novembre-décembre 2025. On m’envoie des captures d’écrans qu’il partage, sur la qualité de la cuisine du Georges V, où les gens se disent déçus. Ça dure depuis trop longtemps. »
Pierre-Alain de Mazancourt, patron du Georges V à Lille.

Pierre-Alain de Mazancourt, patron du Georges V, a déposé plainte pour harcèlement contre l’influenceur Rob Welsh. « Ça dure depuis trop longtemps », nous dit-il, désabusé. ©Photo d’archives/Margot Nicodème/Lille actu
Et le restaurateur d’ajouter que ce qu’il considère comme une vengeance personnelle nuit nécessairement à son entreprise. « Notre resto, on le tient en famille, il y a des gens derrière. Si notre cuisine a changé comme [Robert] le dit, c’est pour le meilleur. On a des clients qui font une heure de route pour venir goûter notre welsh. » Il conclut, désabusé : « On parle d’un welsh au départ, quand même… »
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L’influenceur défend le droit de donner son avis, c’est la goutte de trop pour le restaurateur
Contacté par Lille actu, Robert, dont la page Facebook L’Élite du welsh rassemble 6 700 membres, livre une tout autre version du conflit.
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Il se remémore des débuts amicaux, alors que « cela faisait 15 ans que j’y allais, au Georges V, quand Pierre-Alain et sa compagne l’ont repris. Tout allait très bien, son welsh était très bon. » C’est dans ce contexte favorable que l’influenceur prend part à l’organisation du premier championnat du monde du welsh. « Grâce à mon groupe [Facebook], Pierre-Alain a rencontré un certain nombre de restaurateurs de grande qualité dans la métropole lilloise. Cela l’a aidé à créer son association [l’Amicale des amateurs de welshs, ndlr]. »
Si les relations se sont progressivement tendues, ce n’est pas à cause d’une quelconque sortie de route au cours du concours du welsh, Robert l’assure. « Petit à petit, j’ai commencé à tester d’autres welshs dans Lille, le Pas-de-Calais, et même à Toulouse, Paris, en Normandie… » Autant de nouvelles expériences qui ont fait « évoluer le classement » des meilleurs welshs que Rob Welsh met régulièrement à jour.
Aujourd’hui, j’ai testé 94 welshs. Forcément, mon classement a évolué, en bien pour certains, en moins bien pour d’autres. Le Georges V a commencé à baisser dans le top 20, et Pierre-Alain l’a mal pris.
Robert, détenteur de la page Facebook L’Élite du welsh.
Cette inimitié naissante aurait conduit à l’éviction de Robert après le deuxième championnat. « Il a voulu m’écarter du projet. En juin 2025, j’ai quitté l’association. Ça ne me correspondait plus, le festival avait perdu son authenticité », explique Robert. L’événement, selon ses termes, était en passe de devenir un « Disneyland du cheddar », avec « des emplacements payés ». Il fut question, après cela, d’arrêter de parler l’un de l’autre, mais l’influenceur défend « [son] droit de donner [son] avis ».
Fin janvier, il repartage ainsi sur ses réseaux sociaux l’avis d’un membre de son groupe, qui dit du welsh du Georges V qu’il n’est plus le meilleur. C’est la goutte de trop pour Pierre-Alain de Mazancourt. En parallèle, Robert a rétrogradé le plat du restaurant lillois à la 38e place (sur 94) de son classement.
« J’ai exposé les retours qu’on m’a donnés sur ses welshs, dont certains ne seraient plus faits minute, par manque de temps. C’est juste de l’honnêteté. Tout cela a développé une certaine haine, voire jalousie de la part de Pierre-Alain. À un moment, il faut accepter la comparaison. » Rob Welsh nie en tout cas avoir harcelé, « intimidé » celui qui fut presque un ami autrefois.
L’ambiance légère et familiale qui se voulait le socle du premier championnat du welsh semble bien loin. Si Pierre-Alain de Mazancourt, en voulant donner à l’affaire une tournure judiciaire, n’envisage plus d’enterrer la hache de guerre, Robert laisse entendre aujourd’hui qu’il souhaite l’apaisement. « Il n’a qu’à pas me suivre, qu’il trace sa route. »
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