Le sculpteur châtelleraudais Jacques Brouail est décédé jeudi 29 janvier 2026 à l’âge de 86 ans, à quelques petites semaines de son anniversaire, le 23 février.
Né au pied des Pyrénées, à Auch dans le Gers, cet artiste reconnu nationalement et internationalement s’était installé à Châtellerault dès 1954. C’est dans la ville des bords de Vienne qu’il avait rencontré Danielle, son épouse et sa première admiratrice qui l’a accompagné toute sa vie.
Amour, humanité, spiritualité
Initié au dessin, pratiquant d’abord la peinture, Jacques Brouail s’était pris ensuite d’une passion dévorante pour la sculpture travaillant la pierre, le bois, le métal. L’acier était devenu à partir des années 60 son matériau de prédilection, source inépuisable d’inspiration et d’expression.
D’abord figuratives, ses œuvres ont évolué progressivement vers l’abstraction, se dépouillant d’artifices et de superficialité pour souligner les lignes et les formes, s’offrir sobres, simples, bouleversantes. Jacques Brouail savait manier le fer et le feu pour « rendre visible l’invisible », parler d’amour, d’humanité, de fraternité, de sensualité, de spiritualité.
On ne compte plus les distinctions et les expositions dont le sculpteur châtelleraudais a été l’objet ou l’invité, sa renommée le conduisant des États-Unis au Japon, de Bruxelles au Grand Palais à Paris. Se passionnant pour l’art de la médaille, il était entré en 1984 à la Monnaie de Paris, pour laquelle il avait réalisé de nombreuses pièces.
Au-delà de son art, on gardera de cet homme attachant son accent savoureux et son malicieux sourire. Ses obsèques auront lieu vendredi 6 février à 10 h 30 à l’église de Sossay.
« Un sculpteur d’immense talent »
Ancien journaliste à La Nouvelle République, Claude Aumon a consacré en 2022 à Jacques Brouail une biographie intitulée « D’acier, de cœur et de flamme ». Il nous a transmis ces quelques lignes d’hommage. « Un sculpteur d’immense talent, un ami, un “ frère ”, comme il eut la gentillesse de me le confier lors de sa dernière exposition officielle au Verger, Jacques Brouail cumulait les qualités. La créativité, qu’il savait faire éclore d’un matériau coupant et “ plutôt mal aimable ”, la poésie, qui naissait naturellement de formes oblongues, chantournées, étonnamment bleuies à la flamme, sans oublier une totale bienveillance, une fraternité et une fidélité qui s‘exerça aussi bien auprès de son épouse et compagne de route, Danielle que ses enfants et la foule de ses amis. Face à de jeunes écoliers, qu’il recevait régulièrement dans son atelier de La Blanchardière, il évoquait souvent cette “ petite fée ” qui voletait la nuit et lui apportait ses nouvelles idées au matin. Chantre de la famille, sachant partager bonne humeur ou bon vin, ce Gascon qui avait au cœur ses Pyrénées natales et la force de d’Artagnan, avait su rester d’une extrême simplicité malgré les titres multiples, sa proximité de salon avec Dali ou Picasso, les rencontres avec des sommités internationales, les honneurs qu’il reçut, dont la Croix de Chevalier des Arts et Lettres, des mains de Mmes Mitterrand et Cresson… Vous quittant au seuil de la porte où il vous avait raccompagné, il n’omettait jamais de lancer ces mots qui n’étaient pas des paroles en l’air : “ Et n’oubliez pas, on vous aime ! ” »