Derrière la place des Vosges, un intérieur tout en contrastes maîtrisés

Dans un appartement emblématique du Marais, Chaille se livre à une interprétation contemporaine des lieux, faisant de leur histoire la matière première de son récit.

Nous sommes à deux pas de la place des Vosges, au troisième étage d’un immeuble du XIVe siècle en pan de bois, typique du quartier. Un immeuble qui a une histoire, notamment, au rez-de-chaussée, qui a accueilli les premiers clubs de lecture portés par une femme avant son temps. « Il s’agissait alors de deux immeubles, qui ont été joints ensemble. C’est ce qui crée cette petite marche qui définit l’espace entre le salon et la cuisine. C’est l’une des contraintes principales du lieu, qui scinde le grand volume en deux et a constitué notre point de départ », confie l’architecte, designer et directeur artistique Jérémy Chaillou, fondateur de l’agence pluridisciplinaire Chaille. Cet axe qui va de la cuisine à la salle à manger, en passant un seuil matérialisé par une marche en miroir, traverse le salon jusqu’à la cheminée. C’est l’axe majeur de l’appartement sur lequel s’installe une matérialité multiple : miroir pour créer une perspective et des reflets, pierre calcaire des murs dénudés et reprise au sol avec un cabochon en pierre du Nivernais et, au plafond, les poutres voilées, tordues par le poids des siècles. Apparentes, omniprésentes, elles structurent l’espace et imposent leur rythme, quand un autre axe se dessine, en croix, qui part du salon et mène à la chambre.

Le salon depuis la cuisine. Tout le travail de Chaille a t de travailler cet axe traversant entre deux anciens immeuble...

Le salon depuis la cuisine. Tout le travail de Chaille a été de travailler cet axe traversant entre deux anciens immeuble réunis, d’où cette marche en miroir qui vient souligner le seuil. Un miroir que l’on retrouve sur le manteau de la cheminée, associé à l’inox poli miroir de la table basse et à l’armature du fauteuil. Le contraste est total avec la pierre calcaire centenaire des murs et celle à cabochons du sol et le bois d’acajou des éléments intégrés. Au mur, des appliques Frame de Violaine d’Harcourt.

Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

Une matérialité minérale forte

On le voit, l’architecture existante se fait matière première du récit. Chaille peut ainsi développer une écriture volontairement dense et affirmée. Un décor qui répond à la personnalité du propriétaire. « Il a 28 ans, est célibataire et a la hardiesse et la confiance de celui qui a bien réussi dans la vie, ce qui se traduit par des choix assumés, des clins d’œil… bref, un décor nourri, joyeux. » À l’exemple du marbre Avocatus associé à du miroir pour la crédence de la cuisine, à de l’inox pour les éléments, et à cette pierre au sol, dans un anachronisme étudié avec l’immeuble. Pour le reste, table de la cuisine, meubles du salon et boiseries de la chambre, sont en bois d’acajou teinté et vernis « qui rappelle le bois des Riva, ces bateaux italiens uniques », autre contraste avec l’essence historique du Marais. Au-delà de sa matérialité, le miroir multiplie les perspectives, que ce soit autour de la cheminée, dans l’encadrement de l’ouverture menant au salon depuis la cuisine ou au-dessus de la crédence en Avocatus. « Cela crée une spatialité différente ; j’aime jouer avec des perspectives, brouiller les repères, ce qui donne de la vie à un appartement. »