À 40 jours du premier tour des élections municipales, nos élu(e)s se sont retrouvé(e)s dans l’hémicycle ce 2 février pour le tout dernier conseil municipal de la mandature de Jeanne Barseghian. Un series finale qui clôture 6 ans de politique locale, en bouclant des dossiers et en en lançant d’autres. Récap’ d’un dernier épisode de 7h45, qui a bien ronronné malgré quelques mélodrames.
Ça y est, on est au bout du chemin : ce 2 février est la date du dernier conseil municipal de la mandature Barseghian, le 44e au total. Une fin de 6 ans de politiques locales, de débats (souvent) longs et qui n’ont jamais été avares de moments chauds et de punchlines. Une fin qui précède les élections municipales, qui ont lieu les 15 et 22 mars 2026.
Pour cette dernière, nos élu(e)s se retrouvent pour débattre d’un ordre du jour plutôt light, avec 59 points, dont 16 points retenus sur des sujets divers comme la culture, la rénovation/construction d’écoles, l’avenir commercial de l’Esplanade et une brigade canine. Le programme est ensuite complété par 10 textes additionnels, dont une résolution, 7 motions et 2 questions d’actualité.
© Live conseil municipal 2 février 2026 / Capture d’écran
Le gros sujet : la Ville veut agir sur le dynamisme commercial du quartier de l’Esplanade
Dans un conseil municipal très calme, malgré quelques mélodrames dont on vous évitera la teneur, le sujet principal a été l’avenir commercial du quartier de l’Esplanade. Un secteur qui compte 89 commerces, dont 36% de restauration, et dont la vacance commerciale est de 7,41% sur le périmètre de la place de l’Esplanade et de 13,16% au niveau du centre commercial.
La Ville veut en effet agir sur le dynamisme du commerce dans le secteur, en y étendant son dispositif de préemption commerciale et artisanale. Cela lui permettra de réaliser des acquisitions sur des baux ou des fonds commerciaux ou artisanaux, tout en suivant les transactions commerciales. Le tout, sur ce périmètre, défini lors du vote au conseil de l’Eurométropole le 19 décembre dernier :
- la rue de Rome dans sa section entre la rue de Palerme et la place de l’Esplanade,
- l’avenue du Général-de-Gaulle,
- la place de l’Esplanade,
- la rue de Boston,
- la rue de Leicester,
- la rue de Londres entre la rue de Leicester et l’avenue du Général-de-Gaulle,
- le carrefour entre la rue de Vauban, le boulevard Leblois, le boulevard de la
Victoire et l’avenue du Général-de-Gaulle.
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Une opposition qui critique une « illusion » de projet
Alors que le sujet avait déjà fait débat en décembre, Pernelle Richardot (PS) prend la parole pour relayer la crainte des habitant(e)s du quartier, accusant la municipalité de ne pas avoir assez bien expliqué le projet. Un constat partagé par Nicolas Matt (LR), pour qui la délibération « crée de l’inquiétude pour les riverains ».
Ce que vous proposez, ce n’est pas un projet, mais l’empilement de dispositifs administratifs et juridiques.
Pierre Jakubowicz
Pour Pierre Jakubowicz (Horizons), « la grande révolution promise n’a pas eu lieu » pour le quartier. Le candidat accuse la municipalité de ne « pas avoir réussi à concrétiser le projet, le seul que vous avez eu pour le quartier », dans un « laboratoire de la ville des 4 générations que nous devons construire ». De son côté, Rebecca Breitman (Modem) ne ménage pas ses critiques : « Préempter sans savoir quoi installer, ce n’est pas une politique publique ; c’est de l’illusion. »
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Une majorité qui veut préserver une « diversité de commerces nécessaire »
Côté majorité, comme souvent, on s’étonne des prises de parole de l’opposition. Alain Jund dénonce la « coalition de l’immobilisme », tandis que Suzanne Brolly explique que ce qu’ils mettent en place, ce sont des outils pour « armer la collectivité et assurer une veille commerciale pour préserver une diversité de commerces nécessaire ». Carole Zielinski précisera à nouveau que le droit de propriété des habitant(e)s de l’Esplanade n’est pas remis en cause, et qu’aucune stratégie de préemption systématique n’est engagée.
Je ne sais pas quelles sont vos expertises et votre aplomb pour parler à la place des autres, mais ce que dit la concertation, les chambres consulaires, c’est à peu près le contraire de ce que vous dites.
Syamak Agha Babaei
Enfin, Syamak Agha Babaei monte dans les tours : « C’est assez désagréable que l’on parle à ma place, et c’est la même chose pour bon nombre d’habitants de l’Esplanade. » Le premier adjoint dénonce « les discours de chaos et de déclin » sur le quartier, « qui a énormément de potentialités ». Le point est finalement voté à 45 voix pour et 13 abstentions. La vraie question qui demeure reste alors : alors que la Ville n’a jamais utilisé le droit de préemption sur son centre-ville, qu’est-ce qui ferait qu’elle l’utilise à l’Esplanade ?
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Ce qui change pour Strasbourg et les Strasbourgeois(es)
Les écoles à la fête : rénovation thermique à Cronenbourg et nouveau groupe scolaire à Koenigshoffen
Dans ce dernier conseil municipal, deux délibérations ont acté de futurs travaux dans des écoles. Le premier projet concerne l’extension et la rénovation thermique de l’école maternelle de Cronenbourg, qui accueille 235 élèves. Il prévoit la construction d’une extension de 600 m2 sur la parcelle actuelle de l’école et d’un bâtiment de 200 m2, ainsi que la mise aux normes, la rénovation thermique et la restructuration des bâtiments existants. Le tout, pour un budget de 13,6 millions d’euros. Un projet voté à l’unanimité.
Les enfants qui entreront dans cette école ne sont probablement pas nés.
Pierre Ozenne
Le deuxième projet concerne un nouveau groupe scolaire à Koenigshoffen-Est. Quartier en pleine évolution avec le tram Ouest et de nombreux projets immobiliers, il y a besoin d’anticiper les besoins, notamment en termes d’équipements scolaires, pour ne pas arriver à saturation. Le choix s’est donc porté sur un site à l’intersection de la rue Herrade et de l’allée des Comtes, à côté du gymnase Herrade.
Ce nouveau groupe scolaire contiendra 19 classes, avec une restauration scolaire avec production sur place. Une « étape décisive » à 24 millions d’euros de budget selon Pierre Ozenne, qui prend la parole pour ensuite faire le bilan de toutes les actions qui ont été menées dans le quartier dont il était l’adjoint. Une prise de parole en forme d’au revoir, pour un élu qui ne repartira pas en 2026. Le point est voté à l’unanimité.
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Le Cube Noir acquis par la Ville
Dans sa politique culturelle, souvent mise en avant, Jeanne Barseghian clôture son mandat en acquérant le Cube Noir, dans le quartier de Koenigshoffen. Propriété de la Région dans l’enceinte du CREPS, la Ville a voulu acquérir le bâtiment, dans lequel elle permet actuellement à l’association Trois14 d’exploiter le théâtre. Selon Anne Mistler, « cela met un terme à plusieurs mois d’inquiétudes que la Région prenne tout le site et dédie tout aux pratiques sportives ».
Pour ce lieu spécifiquement dédié aux pratiques théâtrales, une nouvelle entrée doit être créée, avec un accès piéton rue de la Garance pour rendre le Cube Noir autonome. En plus, d’autres travaux devront être menés, comme la réfection de la toiture ou encore les travaux d’accessibilité des sanitaires pour les PMR. Ces travaux seront réalisés ultérieurement.
Vous montrez que vous n’avez pas assez défendu les intérêts de la collectivité face à la Région.
Catherine Trautmann
On aurait pu croire que l’acquisition du Cube Noir et le signal envoyé au monde de la culture seraient salués, mais ce ne fut pas le cas. Catherine Trautmann critique une « décision qui met un point final à une période trop longue de tensions entre la Région et notre collectivité ». La candidate aux municipales regrette également que « la Région se défasse facilement des coûts des travaux » : « Vous sortez de cette transaction avec une charge, alors que le budget est tendu. »
Passablement irrité, Pierre Ozenne accuse Catherine Trautmann « d’opportunisme » et répond aux inquiétudes de Rebecca Breitman concernant l’accès rue de la Garance : « On a l’impression de créer un nouvel équipement, mais le Cube Noir existe depuis des décennies. Les conditions d’accès ont même été améliorées. » Le point est adopté à 44 voix pour et 10 abstentions.
© Page Facebook du Cube Noir / Document remis
Le CM en bref
Dans ce contexte municipal très calme, malgré les quelques mélodrames, plusieurs points intéressants ont été abordés sur les 7h45 de débats. Dans le détail :
- Le quartier de l’Elsau, grosse priorité de la mandature Barseghian, va bénéficier à nouveau d’un bureau de poste. Cela sera un local neuf de 95 m2, situé au 2 rue Mathias-Grünewald, dans une tour récemment rénovée. La Poste s’est engagée à ouvrir son nouveau bureau de poste au plus tard au 1er janvier 2027 ; « une victoire collective, arrachée avec les habitant(e)s, qui montre que les services publics ne doivent pas être une variable d’ajustement dans les quartiers populaires », selon Germain Mignot (Communistes). Un point voté à l’unanimité.
- Alors que la Librairie Kléber est désormais en travaux, et que « Kléber Éphémère » accueille les Strasbourgeois(es) dans l’ex-Boulanger, la Ville doit réussir à reloger les personnes et associations dans les locaux du 9 place Kléber. C’est notamment le cas de la radio RBS, qui déménage dans un local temporaire au 21 rue des Francs-Bourgeois. Alors que Catherine Trautmann veut s’assurer que les loyers n’augmenteront pas à l’issue des travaux, Syamak Agha Babaei explique qu’ils continueront à être en dessous des prix du marché. Le point est voté à l’unanimité.
Vous redécouvrez le mot et l’enjeu de sécurité à quelques semaines du scrutin.
Pierre Jakubowicz
- Sujet voté mais pas débattu, les fameux radars thermiques de covoiturage sur la M35. Comme ils ont été installés dans les communes d’Ostwald et de Schiltigheim, et que les infractions sont constatées par les agents de police municipale de la Ville de Strasbourg, il faut une convention pour gérer tout ça. Une nouvelle convention a donc été signée entre Strasbourg, Schiltigheim et Ostwald, et rentrera en vigueur à partir du 1er mars pour une nouvelle expérimentation de 2 ans. Les radars thermiques ont de beaux jours devant eux sur la M35.
- Sujet assez banal de prime abord, la pérennisation d’une brigade canine municipale a aiguisé les appétits de trois candidat(e)s aux municipales : Jean-Philippe Vetter, Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz, trop tenté(e)s de parler de sécurité, un des sujets de la campagne. Le premier critique un « manque de considération des questions de sécurité durant ce mandat », tandis que les deux autres s’accordent à critiquer la méthode, le manque d’anticipation et le temps que cela a pris pour pérenniser cette brigade. De son côté, la majorité rappelle qu’elle a embauché 20 à 30 postes de policiers municipaux, et que « la réalité est loin de la caricature » faite par l’opposition. Un débat classique finalement, et assez peu centré sur le sujet initial ; on ne refait pas notre conseil municipal. Le point est voté à l’unanimité.
- La Ville décide d’adhérer à Coop-Médias, coopérative citoyenne qui soutient, promeut et défend les médias indépendants. Elle prend 50 parts pour une valeur de 5 000 €, dans la coopérative qui comprend de nombreux médias indépendants… dont Rue89 Strasbourg, ce qui va localiser les débats. « Geste politique pour soutenir la liberté d’informer » selon Joris Castiglione (Communistes), cette décision est accueillie avec suspicion par plusieurs élu(e)s. Jean-Philippe Vetter s’interroge sur « la pluralité d’angles de vue » de la coopérative, Soraya Ouldji (non inscrite) questionne un éventuel conflit d’intérêts de la Ville si elle était concernée par des enquêtes, tandis que Caroline Zorn (Parti Pirate) évoque le « risque de léguer à des successeurs moins honnêtes des outils détournés ». Carole Zielinksi rappellera que Coop-Médias se dote d’une charte éthique concernant la participation des collectivités. Le soutien est voté à 40 voix pour, 3 contres et 16 abstentions, dont celles de Caroline Zorn, Soraya Ouldji et Carole Santamaria.
- Enfin, pour clôturer une triste séquence qui s’est étirée sur plusieurs conseils municipaux, nos élu(e)s ont adopté une motion de Carole Santamaria (non inscrite) demandant l’ouverture d’une enquête administrative sur l’affaire Polesi. Reste à voir la suite qui sera donnée dans le prochain mandat.
Il est 17h43 quand ce dernier conseil municipal de la mandature Barseghian se termine, après quelques mots de remerciements de la maire. Six ans de politique locale qui touchent à leur fin, après de nombreuses polémiques, montées dans les tours et décisions pour le futur de la ville. Avant le prochain conseil pour introniser le/la futur(e) maire, le chemin est libre pour la dernière ligne droite de la campagne des municipales.
En attendant, merci à toutes et tous d’avoir suivi tout ce mandat avec nous, à travers les différents formats autour du conseil municipal strasbourgeois. Et rendez-vous probablement en avril, pour de nouvelles aventures !