La Polynésie française a longtemps exercé un pouvoir
d’attraction singulier sur des personnalités en quête de retrait,
de sens et d’horizons plus vastes. Bien loin d’un simple décor de
carte postale, elle incarne pour certains artistes et aventuriers
un véritable choix de vie, parfois définitif. D »Olivier de
Kersauson à Pierre Cosso, jusqu’à Marlon Brando, ces trajectoires
racontent toutes une même volonté de rupture avec les lieux
habituels.

La maison d’Olivier de Kersauson, ancrée entre terre et
mer

À 81 ans,
Olivier de Kersauson
partage désormais son temps entre deux
terres qui le définissent profondément. D’un côté, la Bretagne, où
il vit retiré dans son manoir du Conquet, à
l’extrême ouest du Finistère. De l’autre, la Polynésie, territoire
d’origine de son épouse Sandra. Paris, en revanche, ne fait plus
partie de son paysage intime. Le navigateur l’a souvent dit, la
capitale lui est devenue étrangère, presque
hostile. À l’inverse, la rudesse bretonne et la douceur du
Pacifique lui offrent un équilibre qu’il n’a jamais trouvé
ailleurs.

Lors d’un entretien accordé à Ouest-France, Olivier de
Kersauson résumait ce
lien viscéral avec la Bretagne
en quelques mots simples : «
Il y a des odeurs de terre et de mer de Bretagne qui me
rappellent l’enfance ». Un attachement
sensoriel
, presque instinctif, qu’il prolonge jusque sous
les latitudes polynésiennes. « Mais en Polynésie, il n’y a pas
Pont-Aven. Je ne suis pas le premier à aimer les deux. Il y a
beaucoup de Bretons en Polynésie »,
ajoutait-il, comme une évidence. Deux territoires éloignés mais
reliés, selon lui, par une même relation à la mer.

Dans son manoir breton, le navigateur goûte un
calme
qu’il juge introuvable ailleurs.
Face à l’océan
, il observe les paysages sauvages et le passage
des saisons, loin du tumulte urbain. De passage à Paris pour la
promotion de son livre Avant que la mémoire s’efface, il
n’a d’ailleurs pas cherché à masquer son désintérêt pour la Ville
Lumière : « Ce n’est pas du mépris, mais il ne fait pas beau et
c’est une ville écolo. Elle ne m’apporte rien de ce que
j’aime
! ». Un constat sans appel, qui dit autant son
besoin d’espace que son rejet du bruit.

La maison rêvée de Pierre Cosso

Cette fidélité à la Bretagne relève presque d’un tempérament
revendiqué. « Ce tempérament breton profond,
j’y suis très attaché. J’ai toujours aimé ce quant-à-soi. On ne
parle pas, on ne formule pas. On aime dans le silence. C’est ce que
j’adore dans les gens de notre pays », confie-t-il.
La Polynésie
, elle, prolonge cette relation intime au monde,
dans un autre registre, plus lumineux, mais tout aussi
essentiel à son équilibre.

Chez Pierre Cosso, le basculement est d’une autre nature, mais
tout aussi radical. Révélé dans La Boum 2, l’acteur a très
tôt connu une carrière internationale, de l’Italie

aux États-Unis
. Il se souvient de ces années où tout semblait
possible : « Je me suis bien senti en Italie. J’ai eu la chance
de tourner des films qui m’ont ouvert une carrière internationale.
Aujourd’hui, j’ai un public en Russie, en Allemagne et en Amérique
latine. J’ai pu côtoyer Gina Lollobrigida dans le film La Belle
Romaine. ». Pourtant, derrière le succès, un malaise
s’installe. « J’ai vécu une bonne partie de ma vie entre Paris,
Rome et les États-Unis dans ma carrière de comédien. Et à un
moment, j’ai senti que j’étais à côté de ma vie.
Il fallait absolument que je me réalise. »

La maison de Marlon Brando à Tetiaroa,
refuge visionnaire en Polynésie

Ce besoin d’alignement trouve sa réponse dans la
mer
. Nourri dès l’enfance par les récits de navigateurs,
Pierre Cosso se reconnaît dans une autre figure tutélaire : «
J’ai été bercé par la collection Arthaud qui relatait les
aventures des premiers navigateurs. Donc mon rêve était de partir
dans le sillage de Bernard Moitessier. » La décision est
brutale, assumée sans détour : « Du jour au lendemain,
j’ai tout plaqué, tout le monde m’a dit que
j’étais malade. » Après quinze années à sillonner les océans,
il finit par poser l’ancre à Tahiti,
où il construit une maison
, une famille et une vie d’artiste,
loin des projecteurs.

Bien avant eux,
Marlon Brando avait déjà ouvert la voie
. Fasciné par
l’atoll de Tetiaroa dès les années 1960, l’acteur
y voyait un refuge absolu, à la fois spirituel et politique. «
Mon esprit est en paix lorsque la nuit, je m’imagine sur mon
île des mers du Sud. Je souhaite que Tetiaroa reste à jamais un
endroit qui rappelle aux Tahitiens qui ils sont et qui ils
étaient », disait-il. En faisant de ce territoire un
écodomaine
avant l’heure, il posait les bases d’une autre
manière d’habiter le monde. Pour ces trois hommes, la Polynésie
n’est pas un décor, mais un point d’ancrage durable, choisi,
profondément vécu.