« Cet exercice est très illustratif de ce que l’on met en place. » Le général Naegelen, commandant de la cyberdéfense des armées, était là mardi sur le campus de Télécom Nancy à Essey. Durant trois jours, étudiants, enseignants-chercheurs, militaires, réservistes, acteurs privés et publics, soit plus de 250 personnes, participent à l’exercice Cyber Humanum Est , le plus grand exercice de cyberguerre universitaire en France. Une simulation unique en Europe avec l’armée française.

En tout, trois écoles d’ingénieurs : Télécom Nancy, Polytech et Mines Nancy, mais aussi l’IUT Nancy-Brabois, la fac de sciences et techniques, le secteur sciences humaines et sociales, et cette année le DU de droit en sûreté intérieure pour le respect des règles, sont présents ainsi que quatre laboratoires de recherche. Sans oublier des acteurs privés comme PAM SA, Siemens ou Geoide.

Sur place, 125 étudiants dont six venus de l’université de Sherbrooke au Canada, sont répartis en trois pays fictifs : Anumeric, Cryptanga et Pandalor. Des nations qui lorgnent sur les ressources de leur voisin… Des chefs d’équipes : capitaines et lieutenants, des groupes de défense et d’autres d’attaque sont placés dans un contexte électoral explosif. Les doigts s’agitent sur les claviers des ordinateurs sous les tentes militaires dressées dans le gymnase Staps. Les infrastructures ferroviaires et portuaires sont les cibles de cyberattaques, tout comme les infrastructures électriques de la ville.

Gérer la crise, stressés et fatigués

Des spécialistes des neurosciences « vont placer des capteurs sur les capitaines et les lieutenants, pour suivre leur gestion du stress », confie le commandant Jean-Philippe, le directeur de l’exercice qui fait aussi référence aux onze mois de préparation de l’exercice.

Trois jours donc pour clore un exercice hors-norme. Mardi étant le jour le plus long puisque comprenant une nuit dans un gymnase plongé dans le noir et où les exercices sont effectués à la lampe frontale. « Ils doivent maîtriser la gestion du sommeil », précise le commandant Jean-Philippe. Le troisième jour, la crise devra être gérée « en étant stressés et fatigués ». Retour d’expérience, gala, remise des prix et forum des métiers termineront la semaine.

25 000 postes à pourvoir d’ici 2030

Bref, « la symbiose du meilleur de chaque monde pour un objectif de résilience », souligne le colonel commandant la Base de Défense de Nancy et patron de la BA 133.

Le général Naegelen évoque « la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité » et ces cinq piliers dont deux sont mis en avant : « La cohésion nationale et la résilience. Cette résilience, c’est un sujet sur lequel on doit travailler collectivement ». Pour le second pilier, il évoque « le talent. En France, on manque de beaucoup de professionnels de la cybersécurité ».

En effet, pas moins de 25 000 postes sont à pourvoir d’ici 2030. Des métiers « très techniques d’ingénieurs », certes, mais aussi « des juristes spécialistes du droit du numérique et de la communication ». La loi de programmation militaire « fait de la cybersécurité un enjeu majeur aujourd’hui. Les armées vont recruter plus de 1 000 professionnels de la cybersécurité » dans la période visée par cette loi. Cyber Humanum Est est un échauffement pour le général Naegelen, qui va participer la semaine prochaine à l’exercice interarmées Orion où il est prévu « des opérations militaires sous stress cyber ».