Les règles européennes pour 2035 se desserrent et l’objectif du « tout électrique » s’éloigne. Selon une étude publiée le 3 février par Transport & Environment, les voitures électriques ne représenteraient au mieux que 85% des ventes neuves dans l’Union européenne à cet horizon, après les derniers assouplissements proposés par la Commission européenne. L’ONG alerte sur un surcroît d’émissions de CO₂ à long terme et sur l’incertitude créée par les « flexibilités » envisagées, alors que le Parlement et le Conseil doivent encore trancher.

Le 100% électrique en Europe à partir de 2035 ? Très peu probable... © BMW

Le 100% électrique en Europe à partir de 2035 ? Très peu probable… © BMW

Part de l’électrique en 2035 : 85%, au mieux

Face à une Europe divisée sur les mesures à prendre, les derniers assouplissements de Bruxelles en matière d’obligation pour les constructeurs automobiles de ne vendre à partir du 1er janvier 2035 que des véhicules neufs 100% électriques au sein des pays de l’Union européenne, rebat relativement les cartes quant au mix des différentes énergies réalisé à cette date. Dans son étude publiée ce mardi 3 février, l’organisation non gouvernementale (ONG) Transport et Environment, experte du transport propre et de l’énergie en Europe, indique ainsi qu’en 2035 la part de marché des véhicules électriques vendus neufs au sein des 27 pays membres de l’UE ne sera, au mieux, que de 85%.

L’UE donne un peu d’oxygène aux constructeurs

Une projection réaliste, depuis que la Commission européenne a proposé le 16 décembre 2025 de renoncer à baisser de 100% les émissions automobiles en 2035 sur le Vieux Continent et donc avec comme objectif de ne vendre en Europe que des véhicules électriques neufs. Désormais, la boussole européenne vise une baisse de « seulement » 90%, sous conditions, histoire de ne pas enfoncer encore un peu plus la tête sous l’eau des constructeurs automobiles européens, déjà bien à la peine.

Tous en VE sur les routes du Vieux Continent dans 10 ans ?  © Renault

Tous en VE sur les routes du Vieux Continent dans 10 ans ? © Renault

Des tonnes de CO2 supplémentaires

Concrètement, rappelons que la nouvelle donne permettra aux constructeurs de continuer à vendre tout type de véhicules après 2035, si ces 10% sont compensés par la mise sur le marché de carburants alternatifs (jusqu’à 3%) et l’utilisation d’acier bas carbone (jusqu’à 7%). Conséquence directe de cet assouplissement, a donc estimé T&E, « la part de marché des véhicules électriques (VE) atteindrait seulement 85% en 2035 », au lieu des 100% visés par le règlement actuel. Et « les émissions de CO2 des voitures entre 2025 et 2050 seront de 720 millions de tonnes supplémentaires de CO2, soit 10% plus élevées » que l’objectif initial.

Rien n’est encore totalement figé

En outre, cette projection dépendra de plusieurs facteurs car « La proposition introduit également une forte incertitude », ajoute T&E, qui précise que « les ventes de BEV pouvant varier entre 50% et 95% (du marché) selon la stratégie de mix technologique adoptée ». L’ONG juge notamment que « les crédits pour les carburants alternatifs et le report de l’objectif 2030 sont les deux flexibilités les plus préjudiciables proposées, et devraient être supprimées ». Le plan présenté en décembre dernier prévoit en effet que l’objectif de baisses d’émissions de CO2 du secteur pour 2030 – étape assortie d’amendes – soit remplacé par une moyenne sur 2030-2032 (objectif -80% en 2035, moyenne sur cinq ans, super-crédits élargis). Le Parlement européen et le Conseil doivent d’ailleurs se prononcer sur cette proposition, auquel cas on pourrait assister à « un affaiblissement supplémentaire qui réduirait la part des véhicules électriques à 70% en 2035″, conclut l’étude.

Laurent Lepsch

Rédacteur en chef adjoint au digital

Journaliste automobile digital depuis de nombreuses années, j’ai aussi un goût prononcé pour les sports mécaniques.

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