BRUXELLES, 4 février – L’Union européenne envisage une nouvelle stratégie dans ses efforts diplomatiques sur le changement climatique, après un sommet des Nations unies difficile l’année dernière où elle a peiné à rallier un soutien en faveur d’actions plus rapides et ambitieuses pour réduire les émissions responsables du réchauffement de la planète, selon un document interne de l’UE consulté par Reuters.

Les négociations lors de la COP30, organisée au Brésil en novembre, sur la façon d’aborder le changement climatique, ont été fragilisées sur le plan géopolitique plus tôt dans l’année lorsque le président américain Donald Trump a retiré la première économie mondiale des discussions.

Le sommet s’est conclu par un accord visant à tripler le financement destiné aux pays les plus pauvres pour s’adapter au changement climatique, mais sans nouveaux engagements mondiaux pour réduire l’utilisation des énergies fossiles ou diminuer plus rapidement les émissions responsables du réchauffement climatique : des termes qui avaient poussé certains pays de l’UE à envisager de quitter les discussions dans les dernières heures des pourparlers. 

Les 27 pays de l’UE évaluent désormais comment renforcer leur stratégie pour les prochaines négociations, en utilisant leur poids commercial, financier et de développement dans les discussions climatiques, selon le document. Les ministres européens du climat discuteront de ces pistes lors d’une réunion à Chypre vendredi.

« L’UE a rencontré des difficultés croissantes à obtenir un soutien international pour traduire son haut niveau d’ambition en résultats concrets de négociation », indique le document, faisant référence aux tentatives de l’UE pour obtenir un accord plus solide sur la réduction des émissions.

Il précise que l’évolution de la dynamique géopolitique a contribué à « un sentiment que (l’UE) était largement isolée dans les dernières phases des négociations » lors de la COP30.

L’UE, aux côtés d’États insulaires vulnérables au climat et de certains pays d’Amérique latine, avait plaidé pour que la question des énergies fossiles soit abordée dans l’accord de la COP30 : une proposition bloquée par des pays comme l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole.

Mais l’UE a aussi été critiquée par les pays les plus pauvres pour avoir refusé d’augmenter les financements climatiques jusqu’à la fin des négociations.

Andre Correa do Lago, président brésilien de la COP30, a expliqué que l’évaluation du succès du sommet par les pays reflétait des priorités différentes dans leur manière d’aborder le changement climatique.  

« Le mot ‘ambition’ n’appartient pas à un vocabulaire qui n’existerait qu’au sein de l’UE. Quand vous dites ‘ambition’ dans l’UE, cela signifie atténuation. Quand vous dites ‘ambition’ en Inde, cela signifie financement. Quand vous dites ambition dans d’autres pays, cela signifie technologie », a-t-il déclaré à Reuters.

NOUVELLE STRATÉGIE

Le document européen suggère que le manque d’utilisation de ses outils commerciaux et de développement a « limité la capacité de l’UE à renforcer ses positions et à façonner les incitations dans les salles de négociation et au-delà ». 

Un porte-parole de Chypre, qui assure la présidence tournante de l’UE et a rédigé le document, a confirmé les discussions sur le rôle du bloc dans les négociations climatiques internationales.

« Notre objectif est de maintenir la dynamique et de poursuivre la réflexion sur ce sujet important, en vue de renforcer l’efficacité des négociations de la COP31 », a déclaré le porte-parole.

Beaucoup d’accords commerciaux de l’UE incluent des incitations sur le climat et l’énergie bas carbone. Un accord commercial UE-Inde conclu le mois dernier incluait 500 millions d’euros (590,90 millions de dollars) pour aider l’Inde à réduire ses émissions. 

« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, plus transactionnelle », a estimé un diplomate européen, ajoutant que certains gouvernements souhaitent aussi une ligne plus claire de l’UE sur le moment où rejeter les futurs accords COP jugés trop faibles.

L’UE peine à maintenir le soutien à une action climatique ambitieuse au sein de ses propres États membres, et a adopté un nouvel objectif climatique seulement quelques jours avant le début de la COP30, en raison de désaccords entre gouvernements sur le niveau d’ambition à adopter.

(1 $ = 0,8462 euros)