Le Portugal est confronté depuis mercredi à un phénomène météorologique d’une intensité rare : une rivière atmosphérique d’une ampleur inédite, porteur de la tempête Leonardo. Selon les experts du projet HALO, cette tempête pourrait entraîner des cumuls de pluie jusqu’à 5 fois supérieurs aux niveaux saisonniers habituels, dans un pays déjà fragilisé par plusieurs semaines de précipitations continues.

Une masse de vapeur d’eau sans précédent

L’analyse des données collectées par l’avion de recherche HALO au-dessus de l’Atlantique, à 4000 mètres d’altitude, a révélé une concentration exceptionnelle de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Le physicien Alexandre Ramos, chercheur au Karlsruhe Institute of Technology (KIT) en Allemagne et coordinateur de la mission, qualifie ce corridor de transport de vapeur d’eau de « plus intense et plus chargé que tous ceux observés depuis le début de l’année ». Cette masse provient en partie des régions subtropicales et se déplace vers le continent européen sous l’effet de la dynamique des systèmes d’altitude.

Des modèles climatiques unanimes sur le caractère exceptionnel

Les données recueillies ont été intégrées aux modèles du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), ce qui a permis d’affiner les prévisions à court terme du service météorologique portugais (IPMA). Selon ces projections, les précipitations pourraient atteindre jusqu’à 100 mm en 48 heures, soit l’équivalent de plusieurs jours de pluie hivernale concentrés en un laps de temps très court.

La tempête Leonardo, associée à une dépression très dynamique, pourrait également s’accompagner de vents atteignant jusqu’à 100 km/h. Le sud du pays devrait être touché en premier, avant une extension généralisée du phénomène à tout le territoire.

Des sols déjà saturés, un facteur de risque aggravant

Plus encore que la quantité absolue d’eau, c’est l’état de saturation des sols qui inquiète les climatologues. Après plusieurs semaines de précipitations ininterrompues, les bassins hydrographiques sont pleins et les terres à peine capables d’absorber davantage d’eau. Selon Carlos Câmara, physicien de l’atmosphère à l’Université de Lisbonne, l’événement atteint le percentile 99 des probabilités d’occurrence, un niveau rarement atteint même lors d’épisodes extrêmes passés.

Ce phénomène s’inscrit dans une série de tempêtes qui touchent le Portugal depuis début janvier. Leur intensité et leur fréquence inhabituelle sont liées à une déviation vers le sud du courant-jet, cette bande de vents puissants en altitude qui structure la circulation des dépressions. Depuis plusieurs semaines, il canalise les perturbations atlantiques directement vers la péninsule Ibérique.

Variabilité naturelle ou signe du changement climatique ?

Les scientifiques interrogés s’accordent sur un point : des événements de cette ampleur peuvent relever de la variabilité naturelle du climat. Toutefois, les changements climatiques accentuent leur intensité et leur fréquence. Après deux années de sécheresse, le Portugal subit une succession d’années marquées par une pluviométrie anormale. Cette alternance brutale complique la gestion des ressources en eau et accentue les risques d’inondations, de glissements de terrain et de perturbations urbaines majeures.

Si les prévisions évoquent un phénomène grave mais pas « apocalyptique », il n’en demeure pas moins que cette tempête Leonardo;,juste après la desctructrice Kristin, constitue un avertissement. Un avertissement de plus dans un monde où les extrêmes météorologiques deviennent la nouvelle norme.