À l’angle de l’avenue de Verdun et de la rue Maccarani, Francis Cresci a sa place depuis ce mercredi 4 février 2026.
Une petite place pas tout à fait ronde, presque en demi-lune, un peu comme sa célèbre pizza qui a fait de lui un restaurateur visionnaire.
Cet entrepreneur a créé, fin des années 50, rue Masséna, un nouveau concept de restauration : s’installer à une vraie table avec vaisselle, nappe, serviette et service pour déguster une pizza comme plat unique au prix d’une place de cinéma.
Le professionnel avait du génie. L’homme était un personnage. Il aurait eu 100 ans cette année et, 11 ans après son décès, sa gaieté, sa simplicité, sa générosité et ses idées croustillent encore dans les cœurs et les mémoires.
Alors, comme l’a dit Christian Estrosi, le maire de Nice, lors de l’inauguration de la plaque à quelques mètres du fameux restaurant, et en présence de la famille de Francis, dont Laurence, son épouse, « cette placette, ce n’est pas seulement un nom, mais Nice qui célèbre un Niçois ».
Un pionnier, un feeling
Un Niçois d’adoption et de passion. Une famille originaire d’Ombrie. Un père marchand de vin. Une mère couturière. Le jeune Francis grandit à Riquier.
Comme les autres gosses du quartier, il tourne les Mai et considère très vite que la joie de vivre est le meilleur des boosters.
Son fils Ludovic, qui a repris la gestion des affaires, égrène l’odyssée paternelle : « Pionnier des premières boîtes de nuit sans orchestre, il s’ancra dans cette rue Masséna. Il créa le Whisky Club. Après la guerre, il eut l’idée d’un restaurant à plat unique ne coûtant pas plus qu’un ticket de cinéma. Il fabriquait des pizzas à la vue de tous, avec un four en bordure de rue et dans une ambiance chaleureuse. La pizza demi-lune était née, il y a 70 ans au 34 rue Masséna qui s’appelait Brasserie de Madrid. »
Des célébrités du 7e art, du show biz, de la politique se succèdent. Brigitte Bardot, Liz Taylor, Charles Aznavour, Edith Piaf… viennent découvrir la pizzeria pionnière.
Entre Baie des Anges et Croisette
Mais Francis ne s’en tient pas à cette seule enseigne. En 1957, dans le Vieux-Nice, il lance Le Pizzaïolo, où les employés font le show. En 1960, il ouvre la Pizza Cresci à Cannes, quai Saint-Pierre.

En 1963, toujours rue Masséna, il imagine la Taverne bavaroise devenue Taverne Masséna.
En 1969, dans le même secteur de la zone piétonne, c’est le Québec qui ajoute sa devanture rouge « en hommage au Québec libre du général de Gaulle, dont il était un admirateur », rappela Christian Estrosi. Il y a eu aussi deuxhôtels.
Un travailleur acharné à la tête d’un empire qui a contribué à faire renaître la rue Masséna, qui a fait recette sous le nom de Cresci.
Francis voulait qu’on prononce son nom à la française : « Cressi », pour bien « montrer qu’il était français par choix, insiste le maire. En arrivant d’Italie, il ne fallait pas s’intégrer à Nice et à la France, mais s’y assimiler. C’est aussi cette réalité que Francis, fils d’Italiens installés ici, portait si bien ».
Aujourd’hui, l’aventure familiale continue avec Ludovic et sa centaine de collaborateurs. Qui font et refont les gestes enseignés par Francis, « un exemple de transmission et de fidélité ».