Royaume-Uni – Coordonnée par le Ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (Defra), cette stratégie s’appuie sur des études commandées depuis 2019 qui jugent le modèle actuel « peu représentatif » d’un Royaume‑Uni désormais profondément multiculturel.

Les nouvelles orientations demandent aux autorités de gestion des « Paysages nationaux » – anciens parcs paysagers protégés – d’adopter des objectifs de diversité, de revoir leurs pratiques d’accueil et de mener des actions ciblées vers certains publics, notamment musulmans, asiatiques ou afro‑caribéens.

Elles provoquent déjà un vif débat sur l’équilibre entre accessibilité, identité rurale et usage des fonds publics, certains éditorialistes dénonçant une volonté politique de rendre la campagne « moins blanche ».

Des plans nationaux pour diversifier visiteurs et personnels

Selon des documents internes cités par plusieurs médias britanniques, des responsables de paysages protégés comme les Chilterns, les Cotswolds, les Malvern Hills ou Dedham Vale se sont engagés sur des « cibles de diversité » pour leurs visiteurs et leurs équipes. Il leur est demandé de concevoir des programmes d’engagement spécifiques, de recruter davantage de personnels issus de minorités, et d’adapter leur communication pour refléter la « réalité multiculturelle » du pays.

Les plans prévoient, par exemple, des campagnes de promotion en plusieurs « langues communautaires », des supports visuels montrant davantage de familles issues de minorités dans les sentiers de randonnée, ou encore des partenariats avec des associations urbaines pour organiser des sorties en groupe vers les zones rurales. Dans les Chilterns, des initiatives ciblant spécifiquement les communautés musulmanes de Luton sont citées comme modèle, avec des actions de sensibilisation réalisées en lien avec des mosquées et des organisations locales.

Le Defra justifie ces efforts par une série de recherches financées sur fonds publics, dont une étude publiée en 2022 sur « l’amélioration de la diversité ethnique des visiteurs dans les paysages protégés d’Angleterre ». Ces travaux concluent que beaucoup de primo‑arrivants perçoivent la campagne comme un espace « conçu pour les Blancs » et n’y voient ni leur place ni leurs références culturelles.

Des diagnostics sévères sur une campagne jugée « trop blanche »

Le rapport Glover de 2019 sur les parcs nationaux soulignait déjà que ces espaces, pourtant gratuits, fonctionnaient comme un « club principalement blanc et de classe moyenne ». En 2022, une autre étude commandée par le Defra affirmait que les paysages ruraux « servent la culture blanche » et que les normes associées à la promenade, au pub ou aux chiens pouvaient être ressenties comme excluantes par certains groupes ethniques.

Dans des contributions locales, des gestionnaires des Malvern Hills relèvent que de nombreuses familles issues de minorités « n’ont aucun lien avec la nature au Royaume‑Uni » parce que les générations précédentes « ne se sentaient pas assez en sécurité » pour fréquenter ces lieux ou avaient d’autres « préoccupations de survie ». D’autres signalent que des pubs « traditionnels » centrés sur l’alcool ou des restaurants aux cartes restreintes peuvent être perçus comme peu accueillants par des Britanniques d’origine pakistanaise ou bangladaise.

Les documents internes mettent aussi en avant la crainte que, sans inflexion, la campagne devienne « sans importance pour le pays qui existe réellement », dans un contexte où les grandes villes britanniques connaissent une diversité ethnique croissante. C’est ce diagnostic qui sert de base à l’objectif d’augmenter la proportion de visiteurs et de salariés issus des minorités dans les zones rurales.

Une controverse sur l’idéologie et l’« ingénierie sociale »

La tonalité de ces plans suscite toutefois de fortes critiques dans une partie de la presse et de la classe politique. Des commentateurs y voient un projet assumé de « rendre la campagne moins blanche » au nom d’objectifs de diversité, mettant en cause ce qu’ils considèrent comme une politisation de la nature et une forme d’ingénierie sociale.

Certains éditorialistes, comme ceux du site Spiked, dénoncent le fait que des éléments de la culture rurale – pubs, chiens, codes informels – soient présentés comme problématiques dès lors qu’ils sont associés à un public majoritairement blanc. Des émissions de chaînes d’opinion comme GB News ou TalkTV ont consacré des débats à ces projets, des intervenants s’interrogeant sur « l’absurdité d’un pays majoritairement blanc jugé trop blanc » et sur le risque de nourrir un sentiment de mise en accusation de la population rurale.

Face à ces critiques, le Defra insiste sur le fait que la démarche relève de l’accès plutôt que de l’idéologie, et qu’elle vise à s’assurer que les paysages financés par l’argent public soient ouverts et attractifs pour tous les citoyens, quelles que soient leurs origines. Le ministère affirme vouloir travailler avec les autorités locales, les entreprises et la société civile pour encourager des usages « sûrs et appropriés » de la nature, sans remettre en cause l’identité paysagère des campagnes britanniques.