C’est l’une des seize mesures du plan de lutte contre l’infertilité lancé par le ministère de la Santé. Objectif : améliorer les chiffres de la fécondité et réduire la mortalité périnatale en France.

Prévenir, diagnostiquer, traiter, innover : face à la baisse continue de la fertilité des Français, le ministère de la Santé a annoncé ce jeudi une série de mesures pour « permettre à chacun de faire ses choix intimes de manière éclairée ». Après le « réarmement démographique » appelé de ses vœux par Emmanuel Macron début 2024, la ministre de la Santé Stéphanie Rist considère que « le rôle du politique n’est pas d’être prescriptif mais d’ouvrir les possibles », a indiqué son cabinet hier lors d’une conférence de presse. À commencer par celui des couples qui veulent un enfant, mais peinent à concevoir : « Cela concerne un couple sur huit, pour des causes aussi bien médicales qu’environnementales, comportementales ou sociétales », explique l’entourage de la ministre.

Seize mesures ont été annoncées ou confirmées, dans le cadre d’un plan pour la mise en œuvre duquel doit se réunir ce jeudi le premier « comité de pilotage », présidé par les auteurs du « Rapport sur les causes d’infertilité » rendu au gouvernement en février 2022 : le Pr Samir Hamamah, président de la Fédération française d’étude de la reproduction (FFER), et Salomé Berlioux, qui a elle-même fait face à l’infertilité.


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« Éviter le “si j’avais su” »

Entre autres mesures destinées à mieux informer les Français, un message devrait être envoyé « avant la fin de l’été » à toutes les personnes de 29 ans, âge à partir duquel l’autoconservation des gamètes est autorisée hors condition médicale. « Il est important d’éviter le “si j’avais su”, a plaidé le cabinet de la ministre, reprenant les mots prononcés par cette dernière mi-janvier à l’Assemblée nationale. Or, aujourd’hui, il reste beaucoup trop de choses qui sont inconnues de nos concitoyens » sur les enjeux liés à la conception. « Ce message doit encore être discuté, mais la ministre a déjà fait trois choix assez forts : d’abord, il s’agit bien du choix d’avoir ou de ne pas avoir un enfant, ce message contiendra donc des informations sur la contraception et la santé sexuelle. Ensuite, il s’adressera aux hommes comme aux femmes : les horloges biologiques ne sont pas les mêmes, mais les hommes aussi en ont une. Enfin, ce message contiendra des informations sur l’offre d’aide médicale à la procréation  et d’autoconservation de gamètes », sans pour autant laisser croire qu’il pourrait s’agir « d’une solution miracle ».

La ministre souhaite rendre possible plus largement cette autoconservation des gamètes. L’âge de la première grossesse recule pour de nombreuses raisons, et cette solution a été ouverte à tous même hors raisons médicales par la loi de bioéthique de 2021. Mais dans les centres qui le proposent, les délais d’attente s’allongent. De 40 centres existant actuellement, le ministère veut passer à 70 à l’horizon 2028. Stéphanie Rist veut aussi lancer une réflexion sur « l’ouverture au privé lucratif de l’autoconservation des ovocytes, sans remettre en cause la gratuité du don », a indiqué son cabinet. « Il faudra aussi avoir une réflexion sur notre système de don, assez éparpillé. Nous avons missionné l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap) pour formuler des recommandations organisationnelles. L’objectif est d’augmenter l’activité de ces centres, pour réduire les délais d’attente. »

Côté prise en charge, recherche et innovations, l’accent devrait être notamment mis sur le diagnostic de l’infertilité, et sur l’endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), deux causes médicales connues d’infertilité. Les questions de recherche liées aux risques de certaines expositions à des polluants ou toxiques, comme les perturbateurs endocriniens, seront aussi privilégiées. « La fertilité est intégrée comme priorité thématique dans les appels à projets de recherche du programme d’équipement prioritaire de santé des femmes pour renforcer la connaissance et l’innovation sur ces sujets», indique le ministère.

Mortalité périnatale et maternelle

Autre chantier d’importance lancé en parallèle du plan contre l’infertilité : une réflexion sur la santé périnatale et maternelle. « La France présente un taux de mortalité maternelle et infantile supérieur à celui de ses principaux voisins européens, la mortalité maternelle stagne et la mortalité infantile, notamment néonatale, augmente légèrement depuis 2011 », s’inquiète le ministère.

Pour mieux comprendre le phénomène, le registre des naissances récemment lancé sera « pleinement opérationnel» en 2027, et « nous voulons généraliser, dans toutes les régions à partir du second semestre 2026, les revues de morbimortalité (analyse collective, rétrospective et systémique de cas cliniques pour lesquels est survenu un événement indésirable, NDLR). Elles contiennent beaucoup plus de données médicales que le registre des naissances » et doivent aider à mieux comprendre les mauvais résultats français en la matière. 


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Trois personnalités qualifiées, le Pr Loïc Sentilhes (chirurgien-obstétricien), le Pr Elsa Kermorvant (néonatologiste) et Éliette Bruneau (sage-femme) sont chargés de piloter ces travaux. « L’objectif est d’aboutir à un plan complet sur la santé périnatale et maternelle » avec « de premières conclusions en juin », indique le ministère.