La décision est tombée. Ce jeudi, la préfecture de police de Paris a interdit la manifestation d’extrême droite prévue ce samedi 7 février en fin d’après-midi, devant relier l’église de Saint-Germain-des-Prés (VIe arrondissement de Paris) aux abords de l’Assemblée nationale (VIIe).

Organisée en hommage aux morts du 6 février 1934, cette commémoration déclarée en préfecture mobilise chaque année la mouvance nationaliste. Mais un arrêt invoque des risques graves de troubles à l’ordre public.

« Un contexte politique très clivé et tendu »

L’arrêté pointe un « contexte politique très clivé et tendu à l’approche des élections municipales ». Aussi, plusieurs rassemblements antifascistes sont prévus le même jour. La préfecture redoute des « affrontements avec des militants antifascistes de nature à troubler gravement l’ordre public ».

L’hommage devrait accueillir « plusieurs groupuscules d’ultra-droite dont des membres du Cercle Franco Hispanique » ainsi que des collectifs comme Luminis ou l’association Les Nationalistes, présidée par Yvan Benedetti. Ce dernier, condamné en 2021 et 2022 pour contestation de crimes contre l’humanité et en 2025 pour injures publiques, cristallise les inquiétudes. La préfecture estime qu’« il existe un risque important que des propos appelant à la haine et à la discrimination soient prononcés ».

L’arrêté évoque aussi « plusieurs actions satellitaires notamment dans le cimetière de Charonne (XIIe) ou sur la place de la Concorde (VIIIe) », sans toutefois les interdire explicitement. Seule la manifestation déclarée est visée par l’interdiction. Le rassemblement annuel sur la tombe de Robert Brasillach, figure de la Collaboration avec Vichy, au cimetière de Charonne pourrait donc se tenir.

Le 6 février revêt une importance majeure dans la mythologie nationaliste. En 1934, des ligues d’extrême droite – Action française, Camelots du roi, Croix-de-Feu – avaient tenté d’envahir le Palais-Bourbon lors d’une émeute qui fit 19 morts, dont un policier, et plus de 1 500 blessés. 92 ans plus tard, des militants continuent de célébrer cette journée comme un acte de résistance.

Un rassemblement sur la tombe de Brasillach

Le 6 février correspond aussi à la date d’exécution de Robert Brasillach, rédacteur en chef du journal antisémite « Je suis partout », fusillé en 1945 pour collaboration. Chaque année, des jeunes militants, souvent cagoulés et vêtus de noir, se pressent sur sa tombe au cimetière de Charonne (XXe arrondissement).

Les précédentes commémorations ont été émaillées d’incidents. En février 2023, 51 contrôles d’identité avaient été effectués au cimetière de Charonne. Les policiers avaient découvert dans les buissons des bâtons, couteaux, un drapeau identitaire et une bombe de peinture. Le GUD (Groupe union défense) avait revendiqué la « cérémonie » sur les réseaux sociaux. Cinq participants étaient fichés S. L’an dernier, en 2025, la tombe de Brasillach avait été dégradée à la peinture noire la veille du rassemblement.

Sur X, Yvan Benedetti a annoncé vouloir déposer un recours contre l’arrêté. Il dénonce une décision « attentatoire à la liberté de manifester » et écrit : « La police n’a pas assez d’effectifs pour protéger les bâtiments publics des dangereux crimes de haine qui pourraient, hypothétiquement, être proférés durant ce rassemblement. »