En France, quand tu es étranger, tu ne peux pas te contenter d’être bon ; tu dois être meilleur que les autres. En s’installant à Nantes, en 2023, Mohamed Saandi Youssouf s’attendait à galérer un peu. Mais certainement pas autant. Né aux îles Comores, archipel volcanique situé au large de la côte est de l’Afrique, il a obtenu, après son baccalauréat, une bourse au mérite lui permettant de suivre ses études supérieures au Maroc. Diplôme d’économie, gestion et comptabilité en poche, il a ensuite travaillé au ministère de l’Environnement comorien.

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Remarques racistes

Mon intégration a été un combat, résume le jeune père de famille. Dès son arrivée, il pointe à France travail, désireux de trouver un poste dans son domaine professionnel, la comptabilité. La conseillère lui dit qu’il doit réaliser une équivalence de ses diplômes auprès de l’État. Sauf qu’elle m’a dit que cela prendrait six mois, or j’avais besoin de travailler, glisse le trentenaire. Alors on m’a proposé un poste de valoriste à la déchetterie de Rezé. J’ai accepté. Là-bas, il rencontre beaucoup de difficultés, comme il le présente, pudiquement. Il subit des remarques racistes de collègues lui demandant de faire leur travail. Et essuie des commentaires moqueurs sur son bagage universitaire.

Après des mois de brimades, il finit par démissionner, trouvant un emploi de vendeur à Envie 44, magasin de reconditionnement d’appareils électroménagers. En parallèle, j’ai envoyé des dizaines de candidatures pour des postes de comptable. Mais je pense que face à d’autres candidats, les employeurs préfèrent des diplômes français alors que je suis très compétent dans mon domaine !

Accéder au marché de l’emploi

Depuis décembre 2025, Mohamed Saandi Youssouf a enfin trouvé un travail dans son secteur. Il assure la comptabilité pour l’entreprise  à but d’emploi de l’Amarrez, à Rezé (Loire-Atlantique), qui emploie des personnes éloignées du monde professionnel. Nous sommes ravis d’avoir pu recruter Mohamed, glisse la directrice, Amandine Nicolas. Son arrivée a permis de compléter notre pôle administratif. Les entreprises comme la nôtre créent des alternatives au marché de l’emploi traditionnel. Mais le mieux serait que des profils comme Mohamed puissent, aussi, y accéder, au marché traditionnel…

Car s’il se plaît à l’Amarrez, le salaire, bloqué au Smic, n’est pas celui d’un comptable « ordinaire ». Alors, le jeune homme continue de postuler, espérant qu’un jour, une société accepte de lui donner sa chance, malgré son parcours et ses qualifications venus d’ailleurs.