C’est par un message nocturne sur son réseau Truth Social que Donald Trump a le premier annoncé, tard vendredi soir, la mort du “numéro deux” du groupe État islamique (EI), Abou Bilal Al-Minuki.

“Ce soir, sur mes instructions, les courageuses forces américaines et les forces armées du Nigeria ont mené à la perfection une mission méticuleusement planifiée et très complexe afin d’éliminer du champ de bataille le terroriste le plus actif au monde”, a écrit le président américain dans son message, relayé par USA Today.

“Abou Bilal Al-Minuki, numéro deux de l’EI à l’échelle mondiale, pensait pouvoir se cacher en Afrique, mais il ignorait que nous disposions de sources qui nous tenaient informés de tout ce qu’il faisait”, a-t-il ajouté.

Samedi, le président Nigérian Bola Tinubu a confirmé l’opération, saluant sur X un “exemple significatif de collaboration efficace dans la lutte contre le terrorisme”, qui a porté “un coup dur aux rangs de l’État islamique”.

Présenté par les forces de défenses nigérianes comme “l’un des terroristes les plus actifs au monde et une figure clé des opérations mondiales de l’EI”, Al-Minuki “supervisait la fabrication d’armes, la production d’explosifs, le développement de drones ainsi que les opérations médiatiques liées à l’État islamique, et ce, dans plusieurs régions”, précise Punch.

Selon les services de renseignement, “il avait été récemment promu à la tête de la Direction générale des provinces de l’État islamique, faisant de lui le numéro deux du réseau terroriste mondial”, ajoute le titre nigérian.

L’EI “a radicalement évolué ces dernières années, environ 90 % de ses attaques ayant désormais lieu en Afrique subsaharienne”, souligne la BBC. “Sa branche basée au Nigeria est de loin la plus active”.

« Violents combats »

Toujours selon les autorités nigérianes, Al-Minuki “entretenait des liens opérationnels de longue date avec l’EI en Afrique de l’Ouest et était lié à l’enlèvement des écolières de Dapchi [dans l’État nigérian de Yobe] en 2018”.

“Avant de prêter allégeance à l’État islamique en 2015, il était un commandant de premier plan au sein de Boko Haram, facilitant par la suite le déplacement de combattants vers la Libye en soutien aux opérations de l’EI en Afrique du Nord”, relève encore Punch.

Des responsables américains ont confié au New York Times, sous couvert d’anonymat, qu’al-Minuki “avait été tué lors d’un assaut héliporté mené par une vingtaine de commandos des forces spéciales nigérianes et américaines”, alors qu’il se trouvait avec plusieurs de ses lieutenants dans son complexe, dans le bassin du lac Tchad, une vaste région de voies navigables et de marécages partagée par le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Cameroun.

“De violents combats ont éclaté, donnant lieu à une bataille qui a duré près de trois heures” poursuit le quotidien américain. “L’armée américaine cherchait à capturer M. Al-Minuki vivant, mais lorsqu’il est devenu évident que ce dernier ne se rendrait pas, les Américains l’ont abattu par une frappe aérienne”.

Pour The Wall Street Journal, “cette opération coordonnée témoigne du réchauffement significatif des relations entre les États-Unis et le Nigeria depuis l’année dernière, lorsque Trump avait critiqué l’inaction du gouvernement nigérian face à ce qu’il qualifiait de “génocide” de chrétiens perpétré par des militants musulmans”.

“Dans le cadre du rapprochement qui s’ensuivit, les États-Unis ont dépêché des centaines de soldats américains pour former les forces nigérianes, notamment aux tactiques complexes des opérations coordonnées associant l’aviation et l’infanterie”, note le quotidien.

Le titre conservateur rappelle que “cela fait des années” que les États-Unis et leurs alliés éliminent les principaux dirigeants de l’État islamique et d’Al-Qaïda. “Les responsables reconnaissent que de nouveaux militants prennent ensuite la relève, mais font valoir que ces décapitations répétées affaiblissent la capacité de ces groupes à planifier, financer et perpétrer des attaques”.

« Frictions internes » à l’horizon

Dennis Amachree, ancien haut fonctionnaire nigérian, confirme à Al-Jazeera que l’élimination d’al-Minuki “va créer un vide immense au sein de la direction et du financement de l’EI, car de nombreux cadres supérieurs ont été décimés en même temps que lui”.

“Il faut s’attendre à des frictions internes concernant la succession”, augure-t-il. “Puisqu’il gérait les flux de financement mondiaux ainsi que les opérations extérieures, la capacité du groupe à transférer des fonds au-delà des frontières, à acquérir une technologie de drones de pointe et à assurer la coordination avec des cellules administratives situées hors d’Afrique de l’Ouest se heurtera immédiatement à des obstacles”.