Par
Léa Mosco
Publié le
20 mai 2026 à 18h23
Pour de nombreuses femmes ayant vaincu un cancer du sein, la reconstruction s’apparente à un parcours du combattant. Julien Payen, ingénieur, CEO et cofondateur de la start-up lilloise Lattice Médical, détaille pour Lille actu le projet « Mattisse ». Une prothèse mammaire résorbable imprimée en 3D, née d’une collaboration avec le CHU de Lille.
5 questions à Julien Payen, sur MATTISSE, la bio-prothèse mammaire résorbable.
Pourquoi la reconstruction mammaire reste-t-elle si complexe aujourd’hui ?
Face aux séquelles d’une mastectomie, les femmes disposent aujourd’hui de deux approches de reconstruction qui présentent chacune des avantages et des contraintes à savoir les implants en silicone et les chirurgies du lambeau.
L’avantage du silicone, c’est que la technique opératoire est rapide, mais ces implants peuvent nécessiter des ré-interventions en cas de rupture. La méthode du lambeau utilise les propres tissus de la patiente, mais requiert des chirurgies très lourdes et plusieurs heures de bloc. Conséquence : près de deux tiers des femmes font le choix de ne pas recourir à une reconstruction.
Comment est née l’idée de cette prothèse d’un nouveau genre dans la métropole lilloise ?
L’aventure a débuté il y a une quinzaine d’années, suite à ma rencontre avec des docteurs en biomatériaux et des médecins du CHU de Lille : les professeurs Marchetti, Danzé et Guerreschi.
Ensemble, on a cherché un matériau qui permettrait aux tissus de proliférer avant de disparaître complètement. C’est ainsi qu’est né MATTISSE, fruit de six années de recherche clinique aujourd’hui protégé par 12 brevets.
Concrètement, comment fonctionne l’implant MATTISSE ?
Il s’agit d’une chambre d’ingénierie tissulaire imprimée en 3D à partir d’un polymère bio-résorbable de grade médical. On vient chercher sous le sein un tissu graisseux, ce qu’on appelle un lambeau, et on vient fixer cette graisse à la base de l’implant. Placé sous la peau, le dôme poreux de la prothèse sert de tuteur pour donner le volume et la forme souhaités.

Au fil des mois, la bio-prothèse MATTISSE se résorbe pour laisser place à un sein. ©Lattice Médical
Au fil des mois, le tissu adipeux se régénère pour combler l’espace, tandis que l’implant se résorbe. À terme, l’objectif est de permettre la reconstruction d’un volume mammaire à partir des tissus de la patiente, sans implant permanent.
MATTISSE se veut être résorbable, comment est-il fabriqué ?
Au tout début, on a essayé avec des matériaux textiles, avec de la dentelle de Calais, et on a obtenu un résultat surprenant. C’est d’ailleurs ce qui a convaincu la région Hauts-de-France de financer le projet en 2014, projet alors baptisé « MATrice Textiles Tridimensionnelles pour la reconstruction des TISSus », d’où l’acronyme MATTISSE qui est aussi un clin d’œil à Henri Matisse, peintre originaire du nord de la France.

C’est dans la salle blanche située à Wervicq-Sud que les bio-prothèses sont créées. ©Marc-Antoine REDIEN / Lattice Médical
Aujourd’hui, la prothèse ne contient plus de dentelle, mais a été remplacée par des filaments biocompatibles qui se résorbent naturellement, permettant au corps de reconstruire le tissu mammaire. Tout est fabriqué en circuit court, dans notre salle blanche à Wervicq-Sud, avec plusieurs tailles adaptées aux différentes morphologies des patientes grâce à l’impression 3D.
Quand cette prothèse sera-t-elle accessible aux patients ?
Après des tests précliniques concluants, Lattice Médical a obtenu en 2023 l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) d’entamer les essais sur l’humain. Une première phase, coordonnée au CHU de Lille par le Professeur Pierre Guerreschi, chirurgien plasticien et cofondateur de Lattice Médical, évalue actuellement la sécurité et la performance du dispositif sur 10 patientes suivies pendant trois ans.
D’autres essais cliniques suivront pour évaluer les performances sur un total de 40 patientes. Objectif : une mise sur le marché à horizon de 3 ans, sous réserve des résultats cliniques et des validations réglementaires.
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