{"id":1023494,"date":"2026-06-25T12:14:48","date_gmt":"2026-06-25T12:14:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1023494\/"},"modified":"2026-06-25T12:14:48","modified_gmt":"2026-06-25T12:14:48","slug":"au-musee-darts-de-nantes-les-mondes-intimes-danne-et-patrick-poirier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1023494\/","title":{"rendered":"Au mus\u00e9e d\u2019Arts de Nantes, les mondes intimes d\u2019Anne et Patrick Poirier"},"content":{"rendered":"<p class=\"editor-content__paragraph\">Cela n\u2019arrive pas si souvent. Que l\u2019on soit \u00e0 ce point saisi, jusqu\u2019\u00e0 avoir la gorge nou\u00e9e face \u00e0 <strong>une \u0153uvre pourtant d\u2019une douceur inou\u00efe<\/strong>, vision de plumes et de blancheur in\u00e9dite <strong>dans le patio du mus\u00e9e d\u2019Arts de Nantes<\/strong> (La Cit\u00e9 des ombres, 2022). <strong>Anne et Patrick Poirier<\/strong> (n\u00e9s en 1942) connaissent bien les lieux.<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Ils y ont expos\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980\u00a0et quelques-unes de leurs pi\u00e8ces figurent dans les collections. Surtout, Patrick Poirier est <strong>n\u00e9 \u00e0 Nantes<\/strong>\u00a0; r\u00e9fugi\u00e9 en lisi\u00e8re de la ville durant la Seconde Guerre mondiale, il a <strong>perdu son p\u00e8re en 1943<\/strong> dans un bombardement, alors que celui-ci revenait chercher \u00e0 v\u00e9lo un dossier pour poursuivre son quotidien d\u2019avocat.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/web02_anne-et-patrick-poirier--c-clos-964x1446.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier dans leur atelier\" width=\"964\" height=\"1446\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier dans leur atelier, Novembre 2025<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Le corps a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 ici m\u00eame, dans le mus\u00e9e<strong> transform\u00e9 provisoirement en chapelle ardente<\/strong>, avant que son grand-p\u00e8re ne vienne le reconna\u00eetre parmi les morts. L\u2019histoire est poignante. Elle se raconte dans <strong>quatre vitrines d\u2019archives<\/strong>, o\u00f9 le couple d\u2019artistes expose quelques-uns de <strong>ses objets les plus pr\u00e9cieux<\/strong>\u00a0: la premi\u00e8re est consacr\u00e9e \u00e0 <strong>l\u2019enfance nantaise<\/strong> de Patrick Poirier, les deux suivantes au go\u00fbt du couple pour le voyage et les ruines, la derni\u00e8re \u00e0 <strong>leur fils, Alain-Guillaume<\/strong>, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 33\u00a0ans. Investissant le patio tout entier, l\u2019\u0153uvre blanche est pour lui, pour le p\u00e8re de Patrick Poirier, comme pour \u00ab\u00a0toutes les <strong>victimes des guerres<\/strong> pass\u00e9es et actuelles\u00a0\u00bb, nous dit Marie Dupas, commissaire de l\u2019exposition.<\/p>\n<p>Une \u0153uvre d\u00e9chirante n\u00e9e d\u2019un r\u00eave<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\"><strong>La Cit\u00e9 des ombres<\/strong> se compose d\u2019un <strong>paysage de terres cuites claires<\/strong>, perc\u00e9es de petites fen\u00eatres, et qui forment ensemble comme une ville, entour\u00e9e de plumes blanches. De l\u2019\u00e9tage du mus\u00e9e, on voit que le plan de cette ville<strong> forme le dessin d\u2019un cerveau<\/strong>, l\u2019un des motifs r\u00e9currents des Poirier. La <strong>vision<\/strong> est venue \u00e0 Anne en r\u00eave. On en lit la retranscription sur des pages de carnet, dans la vitrine d\u00e9di\u00e9e \u00e0 son fils\u00a0: elle raconte qu\u2019elle y <strong>parcourt une \u00e9trange cit\u00e9 blanche<\/strong>, enti\u00e8rement <strong>vide de toute pr\u00e9sence<\/strong>, si ce n\u2019est celle d\u2019Alain-Guillaume. Tout \u00e0 coup, il dispara\u00eet, et l\u2019artiste comprend qu\u2019elle est dans <strong>une n\u00e9cropole<\/strong>. Apr\u00e8s ce r\u00eave, qu\u2019Anne Poirier essaiera de revivre pour revoir son fils, le couple a l\u2019id\u00e9e de reproduire cette cit\u00e9 blanche, apais\u00e9e\u00a0; il en fait une premi\u00e8re version de petit format, avant celle-ci, <strong>monumentale<\/strong>, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de ce mus\u00e9e auquel ils sont d\u00e9j\u00e0 tant li\u00e9s.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/web09_anne-et-patrick-poirier--adrien-mole-964x643.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier, La Cit\u00e9 des Ombres (d\u00e9tail)\" width=\"964\" height=\"643\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier, La Cit\u00e9 des Ombres (d\u00e9tail), 2022<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">C\u00e9ramique \u2022 \u00a9 Galerie Mitterrand, Paris \/ Photo Adrien Mole \/ \u00a9 ADAGP Paris 2026<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Toutes les 30\u00a0minutes, <strong>un violon<\/strong> d\u00e9chire le silence. Il s\u2019agit d\u2019<strong>une composition d\u2019\u00c9ric Tanguy<\/strong>, et si c\u2019est impossible \u00e0 distinguer, celle-ci est en partie inspir\u00e9e de <strong>deux airs chers au couple<\/strong>. Le premier, \u00ab\u00a0J\u2019irai revoir ma Normandie\u00a0\u00bb, est une chanson que sifflait le p\u00e8re de Patrick Poirier avant sa mort\u00a0; le deuxi\u00e8me, une comptine de marin qu\u2019Anne Poirier chantait \u00e0 leur fils lorsqu\u2019il \u00e9tait petit.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/web11_anne-et-patrick-poirier--eric-tanguy-964x1285.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier, Scissura\" width=\"964\" height=\"1285\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier, Scissura, 2026<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">Papier, encre, d\u2019apr\u00e8s la partition originale Scissura d\u2019\u00c9ric Tanguy \u2022 Coll. Anne et Patrick Poirier \u2022 \u00a9 E\u0301ric Tanguy \/ \u00a9 ADAGP, Paris, 2026 \/ Photo Anne et Patrick Poirier<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Les <strong>partitions<\/strong> sont expos\u00e9es, mais elles ont \u00e9t\u00e9 <strong>lac\u00e9r\u00e9es de traits rouges<\/strong> par les artistes, faisant \u00e9cho au titre de la composition musicale, Scissura (\u00ab\u00a0d\u00e9chirure\u00a0\u00bb en latin) \u2013 notre c\u0153ur, \u00e0 ce moment-l\u00e0 du parcours, est en miettes. Il n\u2019est pas le seul\u00a0: les <strong>\u00e9clats de verre des sculptures d\u2019Ouranopolis<\/strong> (1996), r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 Los Angeles juste apr\u00e8s un tremblement de terre destructeur, \u00e9voquent <strong>l\u2019impossibilit\u00e9 de restaurer certains objets bris\u00e9s<\/strong>, ainsi que le d\u00e9sir des artistes de sauvegarder ce qui peut l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Des paysages marqu\u00e9s par la catastrophe<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Depuis toujours, du moins depuis leur rencontre \u00e0 l\u2019\u00c9cole des arts d\u00e9coratifs de Paris et leur s\u00e9jour de quatre ans \u00e0 Rome \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960\u00a0alors qu\u2019ils n\u2019avaient pas 20\u00a0ans, les Poirier <strong>s\u2019int\u00e9ressent aux ruines<\/strong>, s\u2019y prom\u00e8nent, y effectuent des relev\u00e9s, <strong>les sculptent minutieusement<\/strong>. Ce sont <strong>deux enfants de la guerre<\/strong> et des bombardements, et leurs ruines parlent moins d\u2019architecture ou d\u2019arch\u00e9ologie que de la <strong>fragilit\u00e9s des hommes et des cultures<\/strong> qui disparaissent.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/web04_anne-et-patrick-poirier.-odyssee-de-loubli--musee-darts-de-nantes-photo-c-clos--964x643.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier, \u00ab\u00a0Odysse\u0301e de l\u2019oubli\u00a0\u00bb au mus\u00e9e d\u2019Art de Nantes\" width=\"964\" height=\"643\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier, \u00ab\u00a0Odysse\u0301e de l\u2019oubli\u00a0\u00bb au mus\u00e9e d\u2019Art de Nantes, 2026<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">\u00a9 Muse\u0301e d\u2019arts de Nantes \/ Photo C. Clos<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Avec leur s\u00e9rie de sculptures en c\u00e9ramique Lambeaux de r\u00eave et de m\u00e9moire (2026), sortes de maquettes de ruines immacul\u00e9es dans lesquelles on les voit \u00e9voluer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toutes petites figurines, ils <strong>r\u00e9inventent les paysages meurtris<\/strong> des temples mayas, des tours fun\u00e9raires de Palmyre ou d\u2019une n\u00e9cropole \u00e9trusque, et abordent tout autant le passage du temps que la <strong>destruction volontaire et id\u00e9ologique<\/strong> de merveilles du patrimoine.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/web05_anne-et-patrick-poirier--daniele-molajoli-964x1285.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier, L\u2019Incendie de la grande biblioth\u00e8que\" width=\"964\" height=\"1285\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier, L\u2019Incendie de la grande biblioth\u00e8que, 1976<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">Bois et charbon \u2022 Coll. Mus\u00e9es nationaux de Berlin, Galerie nationale \u2022 Photo Daniele Molajoli \u00a9 ADAGP, Paris, 2026<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Le parcours se poursuit <strong>au sein de la chapelle de l\u2019Oratoire<\/strong>. Le contraste est absolu, car si le patio \u00e9tait nimb\u00e9 d\u2019une forte lumi\u00e8re, la pi\u00e8ce est ici <strong>plong\u00e9e dans une obscurit\u00e9 dense<\/strong>. Une \u0153uvre ancienne et monumentale, <strong>L\u2019Incendie de la grande biblioth\u00e8que<\/strong> (1976), s\u2019inspire de l\u2019ancien palais de N\u00e9ron que le couple venait de visiter \u00e0 Rome, et en imagine une biblioth\u00e8que enti\u00e8rement carbonis\u00e9e, en charbon. Un <strong>texte \u00e9crit en lettres d\u2019or<\/strong> l\u2019accompagne, remettant en cause la premi\u00e8re lecture que l\u2019on pourrait en avoir\u00a0: car si l\u2019on d\u00e9plore ici la disparition de sommes de savoirs, il faut y voir aussi <strong>l\u2019orgueil des hommes<\/strong> qui veulent les concentrer en un seul et m\u00eame endroit, comme pour en garder un contr\u00f4le \u00e9troit.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/wen08_anne-et-patrick-poirier.-odyssee-de-loubli--musee-darts-de-nantes-photo-c-clos--964x643.jpg\" alt=\"Anne et Patrick Poirier, \u00ab\u00a0Odysse\u0301e de l\u2019oubli\u00a0\u00bb au mus\u00e9e d\u2019Art de Nantes\" width=\"964\" height=\"643\"\/><\/p>\n<p>Anne et Patrick Poirier, \u00ab\u00a0Odysse\u0301e de l\u2019oubli\u00a0\u00bb au mus\u00e9e d\u2019Art de Nantes, 2026<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">\u00a9 Muse\u0301e d\u2019arts de Nantes \/ Photo C. Clos<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">L\u2019autre \u0153uvre monumentale se nomme <strong>Danger Zone<\/strong>\u00a0: r\u00e9alis\u00e9e en 2001, juste avant les attentats du 11-Septembre, elle \u00e9voque <strong>un paysage dystopique<\/strong>, sous cloche, compos\u00e9 d\u2019infrastructures industrielles et de v\u00e9g\u00e9taux dess\u00e9ch\u00e9s. Plus troublant encore, <strong>un avion mena\u00e7ant<\/strong> surplombe la ville\u2026 Selon Marie Dupas, il faut voir ici moins des dons d\u2019oracle qu\u2019une <strong>fine observation du monde<\/strong> qui entoure les artistes. La bande-son est sign\u00e9e de leur fils, dont le souvenir accompagne du d\u00e9but \u00e0 la fin ce parcours extr\u00eamement \u00e9mouvant.<\/p>\n<p>        \u00c0 lire aussi :<br \/>\n        <a class=\"renvoi-explicite__link\" href=\"https:\/\/www.beauxarts.com\/expos\/au-grand-cafe-de-saint-nazaire-nefeli-papadimouli-fait-defiler-ses-fabuleux-costumes-rassembleurs\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Au Grand Caf\u00e9 de Saint-Nazaire, Nefeli Papadimouli fait d\u00e9filer ses fabuleux costumes rassembleurs<\/a><\/p>\n<p>  Arrow<\/p>\n<p>Anne &amp; Patrick Poirier. Odyss\u00e9e de l&rsquo;oubli<\/p>\n<p>Du 22 mai 2026 au 30 ao\u00fbt 2026<\/p>\n<p class=\"url-expo\"><a href=\"https:\/\/museedartsdenantes.nantesmetropole.fr\/expositions\/anne-et-patrick-poirier\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">museedartsdenantes.nantesmetropole.fr<\/a><\/p>\n<p class=\"annexe-content__infos\">Mus\u00e9e d&rsquo;Arts de Nantes \u2022 10 Rue Georges Clemenceau \u2022 44000 Nantes<br \/><a href=\"https:\/\/museedartsdenantes.nantesmetropole.fr\/home.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">museedartsdenantes.nantesmetropole.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Cela n\u2019arrive pas si souvent. 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