{"id":1041728,"date":"2026-07-03T22:54:15","date_gmt":"2026-07-03T22:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1041728\/"},"modified":"2026-07-03T22:54:15","modified_gmt":"2026-07-03T22:54:15","slug":"au-coeur-du-sahara-dort-un-lac-disparu-depuis-10-000-ans-ses-squelettes-de-poissons-traversent-encore-latlantique-et-nourrissent-lamazonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1041728\/","title":{"rendered":"Au c\u0153ur du Sahara dort un lac disparu depuis 10 000 ans : ses squelettes de poissons traversent encore l&rsquo;Atlantique et nourrissent l&rsquo;Amazonie"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Vingt-sept millions de tonnes de poussi\u00e8re quittent chaque ann\u00e9e le d\u00e9sert du Tchad pour traverser l\u2019oc\u00e9an Atlantique et retomber sur la canop\u00e9e amazonienne. Ce chiffre, \u00e9tabli par une \u00e9quipe de la NASA \u00e0 partir des donn\u00e9es du satellite franco-am\u00e9ricain CALIPSO, correspond \u00e0 un vol r\u00e9gulier entre deux mondes qui n\u2019ont, en apparence, rien en commun : le point le plus sec de la plan\u00e8te et sa for\u00eat tropicale la plus dense. Et dans cette poussi\u00e8re se cache un ingr\u00e9dient pr\u00e9cis, presque intime, puisqu\u2019il provient des restes de poissons morts il y a dix mill\u00e9naires.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une poussi\u00e8re invisible traverse chaque ann\u00e9e 5 000 kilom\u00e8tres d\u2019oc\u00e9an entre deux mondes apparemment sans lien<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les os de poissons d\u2019un lac qui a disparu voil\u00e0 dix mill\u00e9naires continuent de fertiliser une for\u00eat vivante<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un \u00e9quilibre scientifique pr\u00e9caire qui pourrait se rompre \u00e0 tout moment<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-lac-disparu-qui-continue-de-nourrir-la-foret\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un lac disparu qui continue de nourrir la for\u00eat<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-bodele-usine-a-poussiere-la-plus-active-du-globe\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le Bod\u00e9l\u00e9, usine \u00e0 poussi\u00e8re la plus active du globe<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#22-000-tonnes-de-phosphore-un-equilibre-presque-parfait\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">22 000 tonnes de phosphore, un \u00e9quilibre presque parfait<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#une-histoire-scientifique-plus-nuancee-qu-il-n-y-parait\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une histoire scientifique plus nuanc\u00e9e qu\u2019il n\u2019y para\u00eet<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un lac disparu qui continue de nourrir la for\u00eat<\/p>\n<p>Il y a environ 10 000 ans, pendant ce que les climatologues appellent la p\u00e9riode humide africaine, le Sahara n\u2019avait rien d\u2019un d\u00e9sert. \u00c0 la place des dunes actuelles s\u2019\u00e9tendait le lac M\u00e9ga-Tchad, une masse d\u2019eau douce si vaste qu\u2019elle comptait parmi les plus grandes du continent africain. La majorit\u00e9 des grains de sable sont arrach\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pression du Bod\u00e9l\u00e9, point le plus bas du Tchad, qui correspondait il y a environ 10 000 ans \u00e0 la partie la plus profonde d\u2019un pal\u00e9olac qui occupait alors le d\u00e9sert du Sahara, un immense lac tr\u00e8s poissonneux. Quand le climat a bascul\u00e9 et que les pluies se sont rar\u00e9fi\u00e9es, ce g\u00e9ant aquatique s\u2019est ass\u00e9ch\u00e9 pour ne laisser subsister, aujourd\u2019hui, que le lac Tchad et ses environs imm\u00e9diats, une flaque \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de son anc\u00eatre.<\/p>\n<p>Ce qui reste au fond de cette cuvette n\u2019est pas du sable ordinaire. Les compos\u00e9s phosphor\u00e9s de cette d\u00e9pression, nomm\u00e9s apatites, trouvent leur origine dans les squelettes des poissons fossilis\u00e9s qui s\u2019\u00e9panouissaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans le pal\u00e9olac. chaque particule qui s\u2019envole aujourd\u2019hui du Bod\u00e9l\u00e9 a de bonnes chances d\u2019avoir fait partie, \u00e0 un moment donn\u00e9, d\u2019une ar\u00eate ou d\u2019un os de poisson d\u2019eau douce. Une chercheuse de l\u2019universit\u00e9 de Leeds impliqu\u00e9e dans ces travaux, Caroline Peacock, avait r\u00e9sum\u00e9 la d\u00e9couverte en expliquant qu\u2019une proportion importante de la poussi\u00e8re emport\u00e9e de la r\u00e9gion du Bod\u00e9l\u00e9 est compos\u00e9e d\u2019apatites, des grains de roches riches en phosphore, un compos\u00e9 pr\u00e9sent dans les restes de poissons.<\/p>\n<p>Le Bod\u00e9l\u00e9, usine \u00e0 poussi\u00e8re la plus active du globe<\/p>\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que cette r\u00e9gion soit devenue un cas d\u2019\u00e9cole pour les climatologues. La d\u00e9pression du Bod\u00e9l\u00e9 s\u2019\u00e9tend sur environ 22 000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s et concentre \u00e0 elle seule une part consid\u00e9rable de l\u2019\u00e9rosion \u00e9olienne mondiale. Un vent local baptis\u00e9 harmattan y souffle avec une violence redoutable, canalis\u00e9 par un effet Venturi entre deux massifs montagneux voisins, arrachant au sol des tonnes de particules chaque jour. En p\u00e9riode hivernale, ce sont quelque 700 000 tonnes de poussi\u00e8res qui sont produites chaque jour par la min\u00e9ralogie tr\u00e8s sp\u00e9ciale du Bod\u00e9l\u00e9. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait qu\u2019il s\u2019agit, jour apr\u00e8s jour, de l\u2019\u00e9quivalent de plusieurs milliers de camions de sable arrach\u00e9s \u00e0 un m\u00eame lit de lac fossile.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence sur le sujet, publi\u00e9e en 2015 dans la revue Geophysical Research Letters par une \u00e9quipe men\u00e9e par Hongbin Yu de l\u2019universit\u00e9 du Maryland et du Goddard Space Flight Center de la NASA, a exploit\u00e9 sept ann\u00e9es de donn\u00e9es lidar collect\u00e9es par CALIPSO pour suivre precisement ce trajet transatlantique. Le r\u00e9sultat a permis de chiffrer, pour la premi\u00e8re fois par satellite, la quantit\u00e9 de phosphore r\u00e9ellement transport\u00e9e jusqu\u2019au bassin amazonien. Une part infime de la poussi\u00e8re totale est concern\u00e9e : une tiny percentage de that dust, 0.08 percent, est phosphorous, mais juste assez pour faire une grande diff\u00e9rence, selon les termes des chercheurs.<\/p>\n<p>22 000 tonnes de phosphore, un \u00e9quilibre presque parfait<\/p>\n<p>Ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du bassin amazonien, cet apport phosphor\u00e9 atteint environ 22 000 tonnes chaque ann\u00e9e, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la quantit\u00e9 que la for\u00eat tropicale perd via les rivi\u00e8res. Un chiffre qui n\u2019a rien d\u2019anecdotique : il correspond presque exactement aux pertes subies par le sol amazonien, lessiv\u00e9 en permanence par des pr\u00e9cipitations torrentielles qui entra\u00eenent les nutriments vers les cours d\u2019eau puis vers l\u2019oc\u00e9an. Sans cet apport venu d\u2019Afrique, la fertilit\u00e9 des sols amazoniens, d\u00e9j\u00e0 pauvre naturellement, s\u2019\u00e9puiserait lentement sur des d\u00e9cennies. Les chercheurs eux-m\u00eames notaient que cet \u00e9quilibre pourrait se rompre \u00e0 terme, faute de savoir combien de temps le gisement phosphor\u00e9 du Bod\u00e9l\u00e9 pourra encore alimenter la for\u00eat.<\/p>\n<p>Ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019hectare, l\u2019apport devient presque microscopique : \u00e0 peine 23 grammes par hectare et par an. Mais c\u2019est justement cette dose hom\u00e9opathique, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e inlassablement chaque hiver par les vents d\u2019harmattan, qui fait toute la diff\u00e9rence sur le temps long. Une partie de cette poussi\u00e8re ne rejoint d\u2019ailleurs jamais la canop\u00e9e : elle tombe directement dans l\u2019Atlantique, o\u00f9 elle stimule aussi la production de phytoplancton, avec des r\u00e9percussions jusque dans les cycles du carbone oc\u00e9anique.<\/p>\n<p>Une histoire scientifique plus nuanc\u00e9e qu\u2019il n\u2019y para\u00eet<\/p>\n<p>Le tableau m\u00e9rite toutefois d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9, et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019histoire devient encore plus int\u00e9ressante. Longtemps pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019unique source de cette poussi\u00e8re fertilisante, le Bod\u00e9l\u00e9 a vu son statut de champion incontest\u00e9 remis en question par une \u00e9quipe de Princeton et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Publi\u00e9e en 2020 dans la m\u00eame revue, leur \u00e9tude, au titre sans ambigu\u00eft\u00e9, affirme que c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 une autre r\u00e9gion saharienne, l\u2019El Djouf, en Mauritanie, qui serait la source privil\u00e9gi\u00e9e du transport intercontinental \u00e0 travers l\u2019Atlantique plut\u00f4t que la d\u00e9pression du Bod\u00e9l\u00e9. La science du transport des poussi\u00e8res sahariennes continue donc de s\u2019affiner, sans remettre en cause le principe g\u00e9n\u00e9ral : c\u2019est bien la d\u00e9sagr\u00e9gation d\u2019un ancien lac fossile, plein d\u2019os de poissons, qui contribue \u00e0 nourrir la for\u00eat la plus riche en biodiversit\u00e9 de la plan\u00e8te, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, \u00e0 travers plus de 5 000 kilom\u00e8tres d\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/agupubs.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/full\/10.1029\/2020GL088020\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">agupubs.onlinelibrary.wiley.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.epochtimes.fr\/archive\/front\/15\/3\/20\/n3510991\/sahara-et-amazonie-le-plus-chaud-desert-de-la-planete-possede-sa-plus-grande-foret-tropicale-.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">epochtimes.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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