{"id":1063096,"date":"2026-07-14T00:47:32","date_gmt":"2026-07-14T00:47:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1063096\/"},"modified":"2026-07-14T00:47:32","modified_gmt":"2026-07-14T00:47:32","slug":"fid-marseille-2026-easter-le-cinema-comme-resurrection-des-memoires-oubliees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1063096\/","title":{"rendered":"FID Marseille 2026 : Easter, le cin\u00e9ma comme r\u00e9surrection des m\u00e9moires oubli\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p><strong>Invit\u00e9 par Jainer Morales Mena, fondateur de Low Light Films, \u00e0 d\u00e9couvrir Easter avant la cl\u00f4ture du FID Marseille pr\u00e9vue le dimanche 12 juillet, j\u2019ai accept\u00e9 cette proposition avec beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat. Cette projection particuli\u00e8re m\u2019a permis de d\u00e9couvrir l\u2019un des films les plus singuliers de cette \u00e9dition : un premier long m\u00e9trage qui d\u00e9passe largement le cadre du documentaire pour devenir une m\u00e9ditation sensible sur l\u2019identit\u00e9, la m\u00e9moire et le droit d\u2019exister.<\/strong><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premi\u00e8res images, Easter impose son univers. Deux femmes par\u00e9es de sequins et de perles feuillettent un album photo jauni par le temps et font ressurgir les fragments d\u2019une vie. Parmi elles, Seokja, 68 ans, figure pionni\u00e8re de la sc\u00e8ne transgenre de S\u00e9oul dans les ann\u00e9es 1980 et tenanci\u00e8re du club transgenre Yeobo, dans le quartier d\u2019Itaewon. \u00c0 travers son parcours, le cin\u00e9aste sud-cor\u00e9en Mokya Shin raconte une existence marqu\u00e9e par la r\u00e9sistance, la solitude, mais aussi par une formidable volont\u00e9 de rester fid\u00e8le \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui m\u2019a particuli\u00e8rement marqu\u00e9 dans ce film, c\u2019est la mani\u00e8re dont Mokya Shin refuse le r\u00e9cit documentaire traditionnel. Il ne cherche pas seulement \u00e0 expliquer une trajectoire ou \u00e0 pr\u00e9senter un t\u00e9moignage. Il nous invite \u00e0 une travers\u00e9e int\u00e9rieure, o\u00f9 les souvenirs, les silences, les lieux abandonn\u00e9s et les mythes se r\u00e9pondent. Easter est davantage un r\u00e9cit initiatique qu\u2019un simple portrait : celui d\u2019une rencontre entre Seokja et un jeune homme, alter ego du cin\u00e9aste, qui l\u2019accompagne dans un voyage \u00e0 travers la m\u00e9moire.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mokya Shin construit un cin\u00e9ma de sensations. Les b\u00e2timents en ruine, les couloirs d\u00e9sert\u00e9s, les espaces presque fantomatiques deviennent les t\u00e9moins d\u2019un pass\u00e9 que l\u2019on tente de faire revivre. Le film semble \u00e9voluer hors du temps, dans un monde parall\u00e8le o\u00f9 les existences oubli\u00e9es peuvent enfin trouver leur place. Cette approche po\u00e9tique donne au parcours de Seokja une dimension universelle.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors de la rencontre avec le public apr\u00e8s la projection, Mokya Shin a expliqu\u00e9 que c\u2019\u00e9tait \u00ab le destin \u00bb qui l\u2019avait conduit \u00e0 rencontrer Seokja. Une phrase qui r\u00e9sume parfaitement l\u2019esprit du film. Cette rencontre n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part d\u2019un projet cin\u00e9matographique ; elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 une relation humaine profonde, fond\u00e9e sur la confiance, l\u2019\u00e9coute et le partage d\u2019une m\u00e9moire longtemps rest\u00e9e dans l\u2019ombre.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers Easter, j\u2019ai d\u00e9couvert une r\u00e9alit\u00e9 douloureuse : celle de personnes dont l\u2019identit\u00e9 v\u00e9cue entre en contradiction permanente avec l\u2019identit\u00e9 administrative impos\u00e9e par les registres officiels. Seokja vit comme une femme dans son quotidien, mais demeure enregistr\u00e9e comme un homme dans les documents d\u2019\u00e9tat civil. Ce d\u00e9calage d\u00e9passe la simple question administrative ; il r\u00e9v\u00e8le une blessure sociale profonde et une difficult\u00e9 persistante \u00e0 reconna\u00eetre pleinement certaines existences.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la soci\u00e9t\u00e9 sud-cor\u00e9enne, o\u00f9 les personnes transgenres restent encore confront\u00e9es aux pr\u00e9jug\u00e9s, \u00e0 l\u2019exclusion et parfois au rejet familial, beaucoup vivent dans un profond isolement. Cette marginalisation peut entra\u00eener une grande souffrance psychologique, avec des cons\u00e9quences dramatiques pour certains. Mais Mokya Shin refuse de r\u00e9duire son personnage \u00e0 cette douleur.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car Easter est avant tout un film sur la libert\u00e9. Seokja appara\u00eet comme une femme debout, port\u00e9e par une foi in\u00e9branlable dans la beaut\u00e9, l\u2019amour et l\u2019authenticit\u00e9. Son parcours raconte le combat de celles et ceux qui cherchent simplement \u00e0 vivre en accord avec eux-m\u00eames, malgr\u00e9 les normes et les regards impos\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le titre du film prend alors toute sa profondeur : Easter, la r\u00e9surrection. Celle d\u2019une m\u00e9moire effac\u00e9e, d\u2019une histoire marginalis\u00e9e, d\u2019une voix que l\u2019on croyait condamn\u00e9e au silence. Mokya Shin transforme le cin\u00e9ma en un espace de renaissance, o\u00f9 les oubli\u00e9s retrouvent enfin un visage et une place dans le r\u00e9cit collectif.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec cette \u0153uvre d\u00e9licate et profond\u00e9ment humaine, Mokya Shin signe un premier film d\u2019une grande maturit\u00e9. Easter n\u2019est pas seulement un film sur la transidentit\u00e9 ; c\u2019est une r\u00e9flexion universelle sur la dignit\u00e9, la transmission et cette question essentielle : qui a le droit d\u2019\u00eatre inscrit dans la m\u00e9moire des autres ?<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Djamal Guettala<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Invit\u00e9 par Jainer Morales Mena, fondateur de Low Light Films, \u00e0 d\u00e9couvrir Easter avant la cl\u00f4ture du FID&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1063097,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[2814],"tags":[1111,11,1190,1777,674,110212,1011,27,110213,884,12,882,25],"class_list":["post-1063096","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-marseille","tag-actu","tag-actualites","tag-documentaire","tag-eu","tag-europe","tag-fid-marseille","tag-fr","tag-france","tag-low-light-films","tag-marseille","tag-news","tag-provence-alpes-cote-dazur","tag-republique-francaise"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116915578269596268","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1063096","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1063096"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1063096\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1063097"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1063096"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1063096"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1063096"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}