{"id":1089592,"date":"2026-07-26T20:04:23","date_gmt":"2026-07-26T20:04:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1089592\/"},"modified":"2026-07-26T20:04:23","modified_gmt":"2026-07-26T20:04:23","slug":"en-scindant-en-deux-un-projet-unique-finance-par-75-millions-deuros-publics-la-france-a-perdu-son-cloud-souverain-avant-meme-de-lavoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1089592\/","title":{"rendered":"En scindant en deux un projet unique financ\u00e9 par 75 millions d&rsquo;euros publics, la France a perdu son cloud souverain avant m\u00eame de l&rsquo;avoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Soixante-quinze millions d\u2019euros d\u2019argent public, doubl\u00e9s par un m\u00eame montant vers\u00e9 \u00e0 un concurrent direct, pour aboutir dix ans plus tard \u00e0 deux coquilles vides revendues pour presque rien. C\u2019est le r\u00e9sum\u00e9 sans fard du projet Androm\u00e8de, lanc\u00e9 en 2011 sous Nicolas Sarkozy pour doter la France d\u2019un cloud souverain face \u00e0 Amazon, Google et Microsoft. La faute originelle ? Un d\u00e9saccord entre industriels fran\u00e7ais que l\u2019\u00c9tat a r\u00e9gl\u00e9 en finan\u00e7ant deux projets rivaux plut\u00f4t qu\u2019un seul, condamnant l\u2019ambition avant m\u00eame son premier serveur allum\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Pourquoi l\u2019\u00c9tat a-t-il financ\u00e9 deux clouds rivaux au lieu d\u2019imposer un seul champion ?<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Comment 150 millions d\u2019euros se sont-ils \u00e9vapor\u00e9s en sept ans sans laisser de trace ?<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Quatorze ans plus tard, Orange revient au c\u0153ur du nouveau pari souverain fran\u00e7ais : histoire de recommencer ?<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-projet-unique-qui-devient-une-guerre-a-deux\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un projet unique qui devient une guerre \u00e0 deux<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#deux-ans-pour-tout-perdre\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Deux ans pour tout perdre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-mirage-de-la-souverainete-dix-ans-apres\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le mirage de la souverainet\u00e9, dix ans apr\u00e8s<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un projet unique qui devient une guerre \u00e0 deux<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, Androm\u00e8de devait \u00eatre une entreprise commune. Orange et Thales d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Bull et SFR de l\u2019autre devaient se lancer dans l\u2019aventure d\u2019un cloud \u00e0 la fran\u00e7aise. Mais les egos industriels et la rivalit\u00e9 commerciale entre op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms ont eu raison de l\u2019unit\u00e9 de fa\u00e7ade. D\u00e8s le d\u00e9part, les groupes technologiques fran\u00e7ais choisis ne parviennent pas \u00e0 s\u2019entendre, Orange et SFR refusant de marcher main dans la main. R\u00e9sultat : plut\u00f4t que d\u2019arbitrer et d\u2019imposer un seul champion, l\u2019\u00c9tat choisit la voie la plus co\u00fbteuse et la moins rationnelle. Le projet est scind\u00e9 en deux, et avec lui les 150 millions d\u2019euros d\u2019aide : Orange s\u2019allie \u00e0 Thal\u00e8s pour cr\u00e9er Cloudwatt, et SFR noue un partenariat avec Bull pour cr\u00e9er Numergy.<\/p>\n<p>Le montage financier des deux structures est un copier-coller presque parfait. Les soci\u00e9t\u00e9s ont des structures similaires : un op\u00e9rateur comme actionnaire majoritaire, Orange avec 44,4 % de Cloudwatt et SFR avec 47 % de Numergy, la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts comme deuxi\u00e8me actionnaire \u00e0 hauteur de 33,3 % et 33 %, et une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e dans la s\u00e9curit\u00e9, Thales pour Cloudwatt et Bull pour Numergy. Deux organigrammes quasi identiques, financ\u00e9s par le m\u00eame contribuable, pour vendre exactement le m\u00eame type de service aux m\u00eames clients potentiels. Une aberration \u00e9conomique que m\u00eame certains experts avaient anticip\u00e9e d\u00e8s la cr\u00e9ation des deux structures, d\u00e9non\u00e7ant une \u00ab concurrence d\u00e9loyale \u00bb, un projet jug\u00e9 \u00ab sans avenir \u00bb, un \u00ab gaspillage d\u2019argent public \u00bb.<\/p>\n<p>Deux ans pour tout perdre<\/p>\n<p>Le march\u00e9 a tranch\u00e9 vite, et sans appel. Apr\u00e8s deux ans d\u2019existence, le bilan des deux services est catastrophique : malgr\u00e9 l\u2019argent public et priv\u00e9 investi, aucun des deux clouds ne trouve de clients, avec un chiffre d\u2019affaires plafonnant \u00e0 6 millions d\u2019euros pour Numergy et 2 millions d\u2019euros pour Cloudwatt. Des chiffres d\u00e9risoires face aux ambitions initiales : Cloudwatt visait 500 millions d\u2019euros de chiffre d\u2019affaires pour 2017, et Numergy 400 millions. L\u2019\u00e9cart entre la promesse et la r\u00e9alit\u00e9 donne le vertige.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce fiasco, l\u2019\u00c9tat jette l\u2019\u00e9ponge d\u00e8s 2015. L\u2019\u00c9tat est oblig\u00e9 en 2015 de se retirer, contraignant Orange \u00e0 racheter 100 % de Cloudwatt et SFR de Numergy. La sortie se fait dans la discr\u00e9tion et la perte s\u00e8che : en 2015, Numergy est plac\u00e9 en proc\u00e9dure de sauvegarde et rachet\u00e9 \u00e0 100 % par SFR, tandis que Cloudwatt est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 Orange Business Services. Numergy dispara\u00eet purement et simplement deux ans plus tard, la plate-forme disparaissant lors de la refonte des activit\u00e9s cloud de SFR en 2017. Orange tente bien une r\u00e9surrection de Cloudwatt en 2018, mais le sursis est de courte dur\u00e9e : Orange annonce en ao\u00fbt 2019 que Cloudwatt ferme d\u00e9finitivement ses portes au 1er f\u00e9vrier 2020. Sept ans apr\u00e8s son lancement en grande pompe, le cloud souverain fran\u00e7ais n\u2019existe plus. Pas un client, pas une infrastructure, pas un h\u00e9ritage technologique tangible. Juste une ligne dans un rapport de la Cour des comptes et 75 millions d\u2019euros envol\u00e9s.<\/p>\n<p>Le mirage de la souverainet\u00e9, dix ans apr\u00e8s<\/p>\n<p>Le paradoxe est cruel : jamais la question de l\u2019h\u00e9bergement souverain des donn\u00e9es n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi br\u00fblante qu\u2019aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative avale des volumes de donn\u00e9es sensibles sans pr\u00e9c\u00e9dent. Et la France repart, presque, de z\u00e9ro. Le paysage actuel s\u2019est recompos\u00e9 autour de trois familles d\u2019acteurs. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des entreprises r\u00e9ellement fran\u00e7aises et ind\u00e9pendantes, qualifi\u00e9es SecNumCloud par l\u2019ANSSI : en mars 2026, trois acteurs majeurs d\u00e9tiennent la qualification SecNumCloud 3.2, \u00e0 savoir OVHcloud, Outscale (Dassault Syst\u00e8mes) et NumSpot. De l\u2019autre, des offres hybrides dites de \u00ab cloud de confiance \u00bb, qui s\u2019appuient sur la technologie des g\u00e9ants am\u00e9ricains sous op\u00e9ration fran\u00e7aise : des offres comme Bleu (Orange et Capgemini, bas\u00e9 sur Microsoft Azure) et S3NS (Thales et Google Cloud) proposent des technologies d\u2019hyperscalers op\u00e9r\u00e9es sous droit fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Cette formule de compromis alimente d\u2019ailleurs un d\u00e9bat presque aussi vif que celui d\u2019Androm\u00e8de en son temps, sur ce que signifie r\u00e9ellement la \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb. Le d\u00e9bat sur la souverainet\u00e9 num\u00e9rique se demande si la qualification SecNumCloud accord\u00e9e par l\u2019ANSSI \u00e0 S3NS n\u2019est pas celle de trop, tant la d\u00e9pendance technologique \u00e0 Google ou Microsoft reste, dans les faits, enti\u00e8re. Pendant ce temps, l\u2019argent public continue de couler vers ces solutions : les achats de cloud qualifi\u00e9s SecNumCloud aupr\u00e8s de fournisseurs europ\u00e9ens ont atteint 22 millions d\u2019euros en 2025, contre 20 millions d\u2019euros en 2024. Des montants sans commune mesure avec les 75 millions engloutis par Cloudwatt seul, mais qui montrent surtout la lenteur du red\u00e9marrage.<\/p>\n<p>Le d\u00e9tail le plus r\u00e9v\u00e9lateur, peut-\u00eatre, tient \u00e0 un nom qui n\u2019a pas chang\u00e9 : Orange, actionnaire majoritaire de Cloudwatt en 2012, est aujourd\u2019hui, via Bleu, de nouveau au c\u0153ur du nouveau pari souverain fran\u00e7ais, aux c\u00f4t\u00e9s de Capgemini. M\u00eame acteur, m\u00eame pari, quatorze ans d\u2019\u00e9cart. La France n\u2019a jamais manqu\u00e9 d\u2019ambition sur le cloud. Elle a surtout manqu\u00e9 de choisir un camp, une bonne fois pour toutes, avant de sortir le ch\u00e9quier.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.clubic.com\/actualite-606478-l-etat-francais-mise-bel-et-bien-sur-un-cloud-souverain-au-detriment-des-americains-et-le-prouve-en-chiffres.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">clubic.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.senat.fr\/questions\/base\/2026\/qSEQ260308036.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">senat.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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