{"id":1095297,"date":"2026-07-29T16:32:18","date_gmt":"2026-07-29T16:32:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1095297\/"},"modified":"2026-07-29T16:32:18","modified_gmt":"2026-07-29T16:32:18","slug":"21-de-lymphomes-chez-les-tatoues-luniversite-de-lund-trouve-un-lien-avec-ce-que-lencre-laisse-derriere-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1095297\/","title":{"rendered":"+21 % de lymphomes chez les tatou\u00e9s : l&rsquo;universit\u00e9 de Lund trouve un lien avec ce que l&rsquo;encre laisse derri\u00e8re elle"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Vingt et un pour cent. C\u2019est l\u2019augmentation du risque de lymphome observ\u00e9e chez les personnes tatou\u00e9es par rapport \u00e0 celles qui ne le sont pas, selon une \u00e9tude \u00e9pid\u00e9miologique men\u00e9e par l\u2019universit\u00e9 de Lund, en Su\u00e8de, et publi\u00e9e dans la revue eClinicalMedicine en mai 2024. Le chiffre a fait le tour du monde scientifique et m\u00e9diatique, non pas parce qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le un danger imm\u00e9diat, mais parce qu\u2019il pointe vers un ph\u00e9nom\u00e8ne rest\u00e9 longtemps dans l\u2019angle mort de la recherche m\u00e9dicale : le devenir de l\u2019encre une fois inject\u00e9e sous la peau.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une universit\u00e9 su\u00e9doise \u00e9tablit un lien statistique inattendu entre les tatouages et une maladie du sang<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">L\u2019encre inject\u00e9e sous la peau n\u2019y demeure pas : jusqu\u2019\u00e0 99 % finit par migrer dans l\u2019organisme<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les chercheurs d\u00e9couvrent une courbe en U \u00e9nigmatique qui remet en question nos hypoth\u00e8ses sur le danger<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#une-etude-batie-sur-les-registres-suedois\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une \u00e9tude b\u00e2tie sur les registres su\u00e9dois<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ce-que-l-encre-laisse-vraiment-derriere-elle\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que l\u2019encre laisse vraiment derri\u00e8re elle<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#la-taille-ne-change-rien-mais-le-timing-si\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">La taille ne change rien, mais le timing si<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#un-signal-a-prendre-au-serieux-pas-une-alerte-panique\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un signal \u00e0 prendre au s\u00e9rieux, pas une alerte panique<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Une \u00e9tude b\u00e2tie sur les registres su\u00e9dois<\/p>\n<p>Les chercheurs su\u00e9dois n\u2019ont pas travaill\u00e9 sur un petit \u00e9chantillon volontaire. Ils se sont appuy\u00e9s sur les registres nationaux, un outil pr\u00e9cieux dont dispose la Su\u00e8de pour ce type d\u2019enqu\u00eate \u00e0 grande \u00e9chelle. Les trois chercheurs de l\u2019universit\u00e9 de Lund (Christel Nielsen, Mats Jerkeman et Anna Saxne J\u00f6ud) ont d\u2019abord utilis\u00e9 le Registre national su\u00e9dois du cancer pour identifier toutes les personnes \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 60 ans diagnostiqu\u00e9es avec un lymphome malin entre 2007 et 2017. Pour chaque cas de lymphome, les chercheurs ont ensuite utilis\u00e9 le Registre total de la population pour trouver trois t\u00e9moins s\u00e9lectionn\u00e9s al\u00e9atoirement avec le m\u00eame \u00e2ge et le m\u00eame sexe. Au total, l\u2019\u00e9tude a rassembl\u00e9 pr\u00e8s de 12 000 personnes, un chiffre qui donne du poids statistique aux r\u00e9sultats obtenus.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude compl\u00e8te a inclus 11 905 personnes, parmi lesquelles 2 938 avaient d\u00e9velopp\u00e9 un lymphome entre 20 et 60 ans. Restait \u00e0 savoir combien d\u2019entre elles portaient un tatouage. Sur ce total, 1 398 personnes malades ont r\u00e9pondu au questionnaire, contre 4 193 dans le groupe t\u00e9moin. Dans le groupe des malades, 21 % \u00e9taient tatou\u00e9s (289 personnes), contre 18 % dans le groupe t\u00e9moin sans diagnostic de lymphome (735 personnes). Un \u00e9cart de trois points qui, une fois ajust\u00e9 statistiquement, s\u2019est traduit par ce fameux risque relatif accru de 21 %.<\/p>\n<p>Ce que l\u2019encre laisse vraiment derri\u00e8re elle<\/p>\n<p>Le tatouage n\u2019est pas un simple d\u00e9p\u00f4t superficiel de pigment. C\u2019est une agression contr\u00f4l\u00e9e de la peau, et le corps r\u00e9agit en cons\u00e9quence. Le processus de tatouage provoque une r\u00e9ponse immunologique qui entra\u00eene la translocation de l\u2019encre depuis le site d\u2019injection, et le d\u00e9p\u00f4t du pigment dans les ganglions lymphatiques a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9, bien que ses effets \u00e0 long terme sur la sant\u00e9 restent inexplor\u00e9s. Concr\u00e8tement, une partie de l\u2019encre inject\u00e9e ne reste pas fig\u00e9e dans le derme : elle voyage, transport\u00e9e par les cellules du syst\u00e8me immunitaire, jusqu\u2019aux ganglions qui filtrent la lymphe.<\/p>\n<p>Cette migration n\u2019est pas anecdotique. La translocation de l\u2019encre de tatouage semble tr\u00e8s efficace ; on estime que 32 % du pigment inject\u00e9 est d\u00e9plac\u00e9 apr\u00e8s six semaines, et que jusqu\u2019\u00e0 99 % peut finir par \u00eatre transloqu\u00e9 au fil du temps. la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019encre cens\u00e9e rester dans la peau finit, t\u00f4t ou tard, sa course ailleurs dans l\u2019organisme. Et ce n\u2019est pas une d\u00e9couverte r\u00e9cente : des ganglions lymphatiques pigment\u00e9s et hypertrophi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits chez des personnes tatou\u00e9es depuis des d\u00e9cennies dans des contextes cliniques.<\/p>\n<p>Reste la question de la composition chimique de cette encre. L\u2019encre de tatouage contient souvent des substances canc\u00e9rig\u00e8nes, comme des amines aromatiques primaires, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et des m\u00e9taux. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces familles de compos\u00e9s que la toxicologie du travail surveille de pr\u00e8s dans d\u2019autres contextes, comme l\u2019exposition professionnelle \u00e0 certains solvants ou fum\u00e9es industrielles. Se les injecter volontairement, \u00e0 des fins esth\u00e9tiques, change la donne : l\u2019exposition est directe, localis\u00e9e, et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 chaque nouvelle s\u00e9ance.<\/p>\n<p>La taille ne change rien, mais le timing si<\/p>\n<p>Voil\u00e0 la partie la plus contre-intuitive de l\u2019\u00e9tude. On pourrait s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019un grand tatouage, couvrant tout un bras ou un dos entier, expose davantage qu\u2019un petit motif discret sur le poignet. Ce n\u2019est pas ce que montrent les donn\u00e9es su\u00e9doises. Les chercheurs n\u2019ont trouv\u00e9 aucune preuve d\u2019un risque croissant avec une surface tatou\u00e9e plus importante. Le facteur d\u00e9terminant ne serait donc pas la quantit\u00e9 d\u2019encre, mais autre chose.<\/p>\n<p>Ce qui compte davantage, c\u2019est le moment o\u00f9 le tatouage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par rapport au diagnostic. Le risque de lymphome \u00e9tait le plus \u00e9lev\u00e9 chez les personnes ayant moins de deux ans entre leur premier tatouage et l\u2019ann\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence, avant de diminuer pour une exposition interm\u00e9diaire de trois \u00e0 dix ans, puis d\u2019augmenter \u00e0 nouveau chez celles tatou\u00e9es depuis onze ans ou plus. Cette courbe en U interroge : signifie-t-elle une r\u00e9action immunitaire aigu\u00eb dans les premiers temps, suivie d\u2019une phase d\u2019accalmie, puis d\u2019un effet cumulatif \u00e0 tr\u00e8s long terme ? Les auteurs eux-m\u00eames restent prudents sur l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Sur les sous-types de lymphome touch\u00e9s, l\u2019\u00e9tude apporte des pr\u00e9cisions suppl\u00e9mentaires. Les plus fortes hausses de risque concernaient le lymphome diffus \u00e0 grandes cellules B (30 % de risque en plus) et le lymphome folliculaire (29 % de risque en plus). Deux formes de lymphome non hodgkinien qui touchent respectivement les cellules B \u00e0 croissance rapide et celles \u00e0 \u00e9volution plus lente, mais qui partagent ce point commun d\u2019\u00eatre en augmentation constante depuis plusieurs d\u00e9cennies dans les pays occidentaux, sans que la m\u00e9decine en connaisse toutes les causes.<\/p>\n<p>Un signal \u00e0 prendre au s\u00e9rieux, pas une alerte panique<\/p>\n<p>Christel Nielsen, qui a dirig\u00e9 les travaux, ne cherche pas \u00e0 dramatiser une pratique adopt\u00e9e par des millions de personnes. Selon elle, la soci\u00e9t\u00e9 doit s\u2019assurer que cette pratique reste s\u00fbre, car les gens continueront probablement \u00e0 exprimer leur identit\u00e9 \u00e0 travers les tatouages. Un avis mesur\u00e9, \u00e0 mille lieues du sensationnalisme parfois v\u00e9hicul\u00e9 autour de cette \u00e9tude.<\/p>\n<p>Ce constat n\u2019est plus isol\u00e9. Une autre \u00e9quipe de recherche, danoise cette fois, s\u2019est pench\u00e9e sur la question via la cohorte de jumeaux du Danemark et a rapport\u00e9 des conclusions similaires. Cette \u00e9tude sugg\u00e8re un risque accru de lymphome et de cancers de la peau chez les personnes tatou\u00e9es. Deux populations diff\u00e9rentes, deux m\u00e9thodologies distinctes, un m\u00eame signal qui se dessine. \u00c0 Lund, l\u2019\u00e9quipe de Christel Nielsen ne s\u2019arr\u00eate d\u2019ailleurs pas l\u00e0 : elle termine actuellement des \u00e9tudes parall\u00e8les sur deux types de cancers de la peau et s\u2019appr\u00eate \u00e0 lancer de nouvelles recherches pour savoir s\u2019il existe un risque accru de maladies li\u00e9es au syst\u00e8me immunitaire, comme les troubles thyro\u00efdiens et la sarco\u00efdose. De quoi rappeler qu\u2019un tatouage, loin d\u2019\u00eatre un geste anodin et purement cutan\u00e9, engage bel et bien tout un dialogue silencieux avec le syst\u00e8me immunitaire, dont la science commence tout juste \u00e0 explorer les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/portal.research.lu.se\/en\/publications\/tattoos-as-a-risk-factor-for-malignant-lymphoma-a-population-base\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">portal.research.lu.se<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/eclinm\/article\/PIIS2589-5370(24)00228-1\/fulltext\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">thelancet.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? Ajoutez-nous \u00e0 vosfavoris Google Vingt et un pour cent. 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