{"id":1098585,"date":"2026-07-31T07:04:13","date_gmt":"2026-07-31T07:04:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1098585\/"},"modified":"2026-07-31T07:04:13","modified_gmt":"2026-07-31T07:04:13","slug":"sur-une-plage-de-la-barbade-rouille-depuis-1967-un-canon-de-36-metres-qui-a-expedie-un-obus-a-180-km-daltitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1098585\/","title":{"rendered":"Sur une plage de la Barbade rouille depuis 1967 un canon de 36 m\u00e8tres qui a exp\u00e9di\u00e9 un obus \u00e0 180 km d&rsquo;altitude"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un tube de trente-six m\u00e8tres de long, plant\u00e9 dans le sable et rong\u00e9 par le sel marin depuis pr\u00e8s de soixante ans. Voil\u00e0 \u00e0 quoi ressemble aujourd\u2019hui le canon du projet HARP, \u00e9chou\u00e9 sur Paragon Beach, \u00e0 la Barbade. Ce vestige de la guerre froide n\u2019a rien d\u2019une simple pi\u00e8ce de mus\u00e9e : il a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019un des programmes scientifiques les plus audacieux du XXe si\u00e8cle, celui qui a tent\u00e9 de mettre des satellites en orbite\u2026 \u00e0 coups de canon.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un ing\u00e9nieur canadien a r\u00eav\u00e9 d\u2019envoyer des satellites en orbite\u2026 en tirant dessus avec un canon<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Le record d\u2019altitude \u00e9tabli en 1966 (180 km) tient toujours et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 battu par un canon<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Le programme HARP s\u2019est arr\u00eat\u00e9 net en 1967, juste apr\u00e8s son plus grand succ\u00e8s<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-canon-de-bataille-transforme-en-canon-spatial\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un canon de bataille transform\u00e9 en canon spatial<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#180-kilometres-d-altitude-un-record-jamais-battu\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">180 kilom\u00e8tres d\u2019altitude, un record jamais battu<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#la-fin-brutale-d-un-reve-balistique\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">La fin brutale d\u2019un r\u00eave balistique<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un canon de bataille transform\u00e9 en canon spatial<\/p>\n<p>Tout commence avec Gerald Bull, ing\u00e9nieur balisticien canadien obs\u00e9d\u00e9 par une id\u00e9e aussi simple que folle : et si on pouvait envoyer des objets dans l\u2019espace en les tirant, plut\u00f4t qu\u2019en les propulsant avec des fus\u00e9es co\u00fbteuses ? En 1961, Bull avait obtenu un contrat conjoint de 10 millions de dollars des d\u00e9partements de la D\u00e9fense am\u00e9ricain et canadien pour un programme de recherche \u00e0 haute altitude baptis\u00e9 HARP. Pour transformer ce r\u00eave en r\u00e9alit\u00e9, il fallait un tube capable d\u2019encaisser des pressions monstrueuses. La solution ? R\u00e9cup\u00e9rer du mat\u00e9riel militaire existant.<\/p>\n<p>Un canon naval am\u00e9ricain de 16 pouces (406 mm) de 125 tonnes fut utilis\u00e9 comme lanceur. Le tube standard de 20 m\u00e8tres fut rallong\u00e9 \u00e0 36 m\u00e8tres et converti en \u00e2me lisse. Autant dire une pi\u00e8ce d\u2019artillerie disproportionn\u00e9e, bien trop massive pour un usage militaire classique, mais taill\u00e9e sur mesure pour projeter des engins vers la haute atmosph\u00e8re. Bull et son coll\u00e8gue Donald Mordell ont convaincu l\u2019universit\u00e9 McGill, l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine et le gouvernement canadien de financer une installation de test \u00e0 la Barbade, l\u2019\u00eele \u00e9tant id\u00e9alement plac\u00e9e pr\u00e8s de l\u2019\u00e9quateur, avec l\u2019Atlantique en ligne de mire pour \u00e9vacuer sans risque les projectiles retombant en mer.<\/p>\n<p>Le site s\u2019installe \u00e0 Paragon, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019a\u00e9roport de Seawell. Les tirs, parfois huit par nuit selon certains t\u00e9moignages, font trembler l\u2019\u00eele enti\u00e8re et mobilisent plus de trois cents Barbadiens sur le chantier. Les projectiles, eux, portent un nom po\u00e9tique : les Martlet, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019oiseau mythique qui orne les armoiries de McGill.<\/p>\n<p>180 kilom\u00e8tres d\u2019altitude, un record jamais battu<\/p>\n<p>Le principe est ing\u00e9nieux. Plut\u00f4t que d\u2019utiliser des fus\u00e9es classiques, Bull opte pour des obus-fus\u00e9es all\u00e9g\u00e9s, gliss\u00e9s dans une gaine sabot en bois qui prot\u00e8ge le projectile pendant son passage dans le canon avant de se d\u00e9sint\u00e9grer \u00e0 la sortie du tube. R\u00e9sultat : un co\u00fbt d\u00e9risoire par tir, autour de 2 500 \u00e0 3 000 dollars, pour un temps de chargement d\u2019\u00e0 peine une demi-heure. Compar\u00e9 au prix d\u2019un lancement de fus\u00e9e, c\u2019est une bagatelle.<\/p>\n<p>Les altitudes atteintes ne cessent de grimper au fil des essais. Le premier Martlet, lanc\u00e9 d\u00e9but janvier 1962, atteint 26 km, mais d\u00e8s novembre 1962 les Martlet grimpent \u00e0 66 km. Puis vient le tir qui entre dans l\u2019histoire. Un exemplaire perfectionn\u00e9, le Martlet 2, d\u00e9colle depuis le site am\u00e9ricain de Yuma, en Arizona, o\u00f9 un troisi\u00e8me canon identique \u00e0 celui de la Barbade avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9 pour s\u00e9curiser le programme des al\u00e9as politiques canadiens. Le 18 novembre 1966, le canon de Yuma tire un projectile Martlet 2 de 180 kg \u00e0 3 600 m\/s, l\u2019envoyant bri\u00e8vement dans l\u2019espace et \u00e9tablissant un record d\u2019altitude de 180 km. Un record qui, pr\u00e9cise l\u2019encyclop\u00e9die spatiale Astronautix, tient toujours en 2014 et n\u2019a depuis jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9gal\u00e9 par un tir de canon.<\/p>\n<p>Ce chiffre m\u00e9rite d\u2019\u00eatre replac\u00e9 dans son contexte : 180 kilom\u00e8tres, c\u2019est presque le double de l\u2019altitude de la Station spatiale internationale au-dessus de la Terre. Un canon d\u2019artillerie modifi\u00e9, financ\u00e9 pour une bouch\u00e9e de pain compar\u00e9 aux budgets spatiaux classiques, avait propuls\u00e9 un objet plus haut que ne le fera jamais la majorit\u00e9 des fus\u00e9es-sondes commerciales actuelles. \u00c0 la Barbade m\u00eame, les tirs avaient d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 les esprits quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t : d\u00e8s 1963, un Martlet grimpait \u00e0 environ 92 kilom\u00e8tres, un record mondial pour l\u2019\u00e9poque selon Gerald Bull lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>La fin brutale d\u2019un r\u00eave balistique<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s technique ne suffit pas \u00e0 sauver le programme. La guerre du Vietnam accapare les budgets militaires am\u00e9ricains, et \u00e0 Ottawa, les pressions politiques s\u2019accumulent contre ce projet jug\u00e9 trop co\u00fbteux et sans retomb\u00e9es militaires imm\u00e9diates. En novembre 1966, le gouvernement canadien annonce qu\u2019il n\u2019y aura plus de financement canadien pour le projet HARP apr\u00e8s le 30 juin 1967. Les cr\u00e9dits sont redirig\u00e9s vers d\u2019autres priorit\u00e9s spatiales canadiennes, comme le programme de satellites Alouette.<\/p>\n<p>Le couperet tombe donc en 1967, alors m\u00eame que le programme venait tout juste de battre son record absolu d\u2019altitude quelques mois plus t\u00f4t. Le gouvernement canadien et l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine retirent leur soutien financier en raison de pressions internes, de la guerre du Vietnam et de la pr\u00e9f\u00e9rence de la NASA pour les fus\u00e9es classiques, ce qui conduit \u00e0 l\u2019abandon du projet HARP \u00e0 la Barbade. Du jour au lendemain, un programme qui avait mobilis\u00e9 des centaines de personnes et g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des donn\u00e9es scientifiques pr\u00e9cieuses sur la haute atmosph\u00e8re se retrouve \u00e0 l\u2019arr\u00eat, ses installations laiss\u00e9es sur place faute de budget pour les d\u00e9monter.<\/p>\n<p>Le canon rouille depuis sur cette plage isol\u00e9e du sud-est de l\u2019\u00eele, aujourd\u2019hui int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 une base militaire du r\u00e9giment de la Barbade. On raconte m\u00eame que le site a servi ponctuellement de terrain de paintball, un comble pour un instrument qui visait autrefois les confins de l\u2019atmosph\u00e8re. Quant \u00e0 Gerald Bull, son histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0 : il poursuivra son obsession pour les canons g\u00e9ants jusqu\u2019en Irak, o\u00f9 il travaillera sur le projet Babylone pour le r\u00e9gime de Saddam Hussein, avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 \u00e0 Bruxelles en 1990 dans des circonstances qui n\u2019ont, encore aujourd\u2019hui, jamais \u00e9t\u00e9 officiellement \u00e9lucid\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/barbadosfreepress.wordpress.com\/2007\/05\/13\/a-piece-of-barbados-history-dr-jerry-bulls-assassination-the-harp-gun-saddam-hussain-and-israeli-intelligence\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">barbadosfreepress.wordpress.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/bajanthings.com\/high-altitude-research-project-harp-1962-1967\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">bajanthings.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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