{"id":1108170,"date":"2026-08-04T22:34:14","date_gmt":"2026-08-04T22:34:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1108170\/"},"modified":"2026-08-04T22:34:14","modified_gmt":"2026-08-04T22:34:14","slug":"sous-une-ville-de-loural-de-150-000-habitants-souvre-depuis-2007-un-cratere-de-plus-de-400-m-que-les-habitants-ont-surnomme-le-grand-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1108170\/","title":{"rendered":"Sous une ville de l&rsquo;Oural de 150 000 habitants s&rsquo;ouvre depuis 2007 un crat\u00e8re de plus de 400 m que les habitants ont surnomm\u00e9 le \u00ab Grand-p\u00e8re \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un trou de plus de 400 m\u00e8tres de large s\u2019\u00e9tend depuis 2007 sous les rues de Berezniki, dans l\u2019Oural. Les habitants l\u2019ont baptis\u00e9 le \u00ab Grand-p\u00e8re \u00bb (\u0414\u0435\u0434\u0443\u0448\u043a\u0430), et il ne s\u2019agit pas d\u2019une l\u00e9gende locale mais d\u2019un crat\u00e8re bien r\u00e9el, mesur\u00e9, surveill\u00e9 et redout\u00e9 par les 150 000 habitants de cette ville industrielle du Kra\u00ef de Perm.<\/p>\n<p>Tout commence par une d\u00e9cision prise pour \u00e9viter une catastrophe encore plus grave. En octobre 2006, dans la mine de potasse BKRU-1 exploit\u00e9e par le g\u00e9ant Ouralkali, les ing\u00e9nieurs d\u00e9tectent une arriv\u00e9e d\u2019eau impr\u00e9vue. Pour \u00e9viter un afflux massif de saumure susceptible de provoquer un effondrement brutal et meurtrier, la direction choisit de noyer volontairement la galerie. En octobre 2006, une inondation inattendue survient dans la premi\u00e8re zone d\u2019extraction de potasse de la compagnie Ouralkali \u00e0 Berezniki, dans l\u2019Oural occidental, et provoque un immense crat\u00e8re d\u2019effondrement en juillet 2007. Le choix semblait rationnel sur le papier. Il a surtout d\u00e9plac\u00e9 le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un crat\u00e8re de 400 m\u00e8tres grossit depuis 2007 sous une ville russe de 150 000 habitants<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Des mines de potasse ancestrales et des piliers de sel qui fondent menacent les fondations urbaines<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Malgr\u00e9 une surveillance constante, la ville perd des habitants face \u00e0 l\u2019incertitude de son avenir<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#une-ville-construite-sur-du-sel-qui-fond\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une ville construite sur du sel qui fond<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-28-juillet-2007-le-sol-s-ouvre\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le 28 juillet 2007, le sol s\u2019ouvre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#rails-devies-quartiers-evacues-capteurs-sismiques\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Rails d\u00e9vi\u00e9s, quartiers \u00e9vacu\u00e9s, capteurs sismiques<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#qui-paie-la-facture-d-une-ville-qui-s-enfonce\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Qui paie la facture d\u2019une ville qui s\u2019enfonce<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Une ville construite sur du sel qui fond<\/p>\n<p>Pour comprendre pourquoi le sol de Berezniki c\u00e8de aujourd\u2019hui, il faut remonter \u00e0 l\u2019histoire m\u00eame de la cit\u00e9. Berezniki, comme tant d\u2019autres petites villes industrielles russes, a commenc\u00e9 son existence comme un goulag, la politique sovi\u00e9tique exigeant que les camps soient install\u00e9s \u00e0 distance de marche du lieu de travail des prisonniers. La ville a ainsi \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie directement au-dessus d\u2019une mine de potasse, \u00e0 environ 300 m\u00e8tres sous le niveau du sol. Sous les immeubles, les usines et les voies ferr\u00e9es, des kilom\u00e8tres de galeries souterraines s\u2019enchev\u00eatrent depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle d\u2019extraction intensive.<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 minier laissait volontairement en place des piliers de sel non exploit\u00e9, des \u00ab \u0446\u0435\u043b\u0438\u043a\u0438 \u00bb en russe, charg\u00e9s de soutenir le plafond des galeries et donc le sol en surface. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, les quartiers r\u00e9sidentiels ont tenu gr\u00e2ce \u00e0 ces piliers naturels laiss\u00e9s par les mineurs pour soutenir le sol, mais apr\u00e8s l\u2019accident survenu dans la mine, l\u2019eau a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019infiltrer dans les tunnels et \u00e0 dissoudre ces appuis salins un par un. Un responsable local a compar\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 un sucre plong\u00e9 dans une tasse de th\u00e9 : lent, invisible, mais inexorable. L\u2019image est parlante, presque trop, quand on sait qu\u2019elle d\u00e9crit litt\u00e9ralement les fondations d\u2019une ville de 150 000 \u00e2mes.<\/p>\n<p>Le 28 juillet 2007, le sol s\u2019ouvre<\/p>\n<p>La premi\u00e8re manifestation spectaculaire de ce processus survient un \u00e9t\u00e9. Le 28 juillet 2007, un effondrement du sol se produit sur le territoire de la mine, dans le secteur de l\u2019usine de sel technique, avec une voronka mesurant initialement 50 sur 70 m\u00e8tres pour environ 15 m\u00e8tres de profondeur. Le trou aurait pu s\u2019arr\u00eater l\u00e0. Il n\u2019en a rien fait.<\/p>\n<p>En un peu plus d\u2019un an, la cavit\u00e9 a tripl\u00e9 de volume. Avec une taille initiale de 50 sur 70 m\u00e8tres et 15 m\u00e8tres de profondeur en juillet 2007, ce crat\u00e8re s\u2019est \u00e9tendu jusqu\u2019\u00e0 atteindre 437 sur 323 m\u00e8tres avec 100 m\u00e8tres de profondeur en novembre 2008. Des relev\u00e9s satellitaires ult\u00e9rieurs, men\u00e9s par des instruments comme TerraSAR-X capables de d\u00e9tecter des affaissements millim\u00e9triques tous les onze jours, confirmeront l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne et sa progression continue durant les ann\u00e9es suivantes. En 2014, sept ans apr\u00e8s son apparition, le crat\u00e8re atteignait 390 m\u00e8tres de long, 310 m\u00e8tres de large et 237 m\u00e8tres de profondeur, soit un volume comparable \u00e0 celui d\u2019un stade travers\u00e9 par un gouffre de plus de deux cents m\u00e8tres de fond.<\/p>\n<p>Le surnom \u00ab Grand-p\u00e8re \u00bb n\u2019a rien d\u2019affectueux ici : il d\u00e9signe le doyen, le premier et le plus imposant d\u2019une s\u00e9rie de crat\u00e8res qui ont depuis ponctu\u00e9 la carte de la ville, chacun affubl\u00e9 lui aussi d\u2019un petit nom par les habitants, entre humour noir et fatalisme.<\/p>\n<p>Rails d\u00e9vi\u00e9s, quartiers \u00e9vacu\u00e9s, capteurs sismiques<\/p>\n<p>Le \u00ab Grand-p\u00e8re \u00bb n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 les infrastructures vitales de la ville. Le 25 novembre 2010, un wagon s\u2019est enfonc\u00e9 dans une voronka \u00e0 la gare ferroviaire de Berezniki. L\u2019incident, loin d\u2019\u00eatre anodin, a scell\u00e9 le sort de la gare historique : la d\u00e9cision officielle a \u00e9t\u00e9 prise de d\u00e9placer la gare vers le secteur de Za\u00efatchia Gorka, seule question restant en suspens \u00e9tant le calendrier pr\u00e9cis de ce transfert. La ligne ferroviaire, unique voie de sortie pour les convois de potasse extraite \u00e0 Berezniki et Solikamsk, a d\u00fb \u00eatre d\u00e9vi\u00e9e pour contourner la zone \u00e0 risque.<\/p>\n<p>Face \u00e0 un sol qui peut c\u00e9der n\u2019importe o\u00f9, les autorit\u00e9s ont mis en place un dispositif de surveillance permanent. Le syst\u00e8me comprend une vid\u00e9osurveillance, des capteurs sismiques, des relev\u00e9s r\u00e9guliers et un suivi satellitaire des variations d\u2019altitude des toits, trottoirs et rues. Des dizaines de micro-secousses li\u00e9es \u00e0 la fracturation de la roche sont enregistr\u00e9es chaque semaine autour des zones sensibles : sur une seule semaine de septembre, la ville a par exemple recens\u00e9 33 activit\u00e9s sismiques associ\u00e9es \u00e0 la destruction des roches, alors que la voronka concern\u00e9e mesurait 135 sur 144 m\u00e8tres avec un niveau d\u2019eau de 108,87 m\u00e8tres. Ces chiffres, mis \u00e0 jour presque en temps r\u00e9el par l\u2019administration municipale, disent la vigilance de rigueur : ici, un tremblement mineur n\u2019est jamais anodin.<\/p>\n<p>Des pans entiers de quartiers ont \u00e9t\u00e9 boucl\u00e9s au fil des ans, rubans rouges tendus autour des immeubles jug\u00e9s instables, tandis que d\u2019autres petits crat\u00e8res continuent d\u2019appara\u00eetre ponctuellement, parfois loin du site initial, comme cette voronka rep\u00e9r\u00e9e en 2015 pr\u00e8s d\u2019une \u00e9cole ferm\u00e9e par pr\u00e9caution d\u00e8s 2007.<\/p>\n<p>Qui paie la facture d\u2019une ville qui s\u2019enfonce<\/p>\n<p>La question des responsabilit\u00e9s a occup\u00e9 les tribunaux et l\u2019opinion publique russe pendant des ann\u00e9es. Le propri\u00e9taire de la mine au moment de la catastrophe n\u2019\u00e9tait autre que Dmitri Rybolovlev, magnat russe des engrais devenu tristement c\u00e9l\u00e8bre pour avoir achet\u00e9 en f\u00e9vrier 2011 l\u2019appartement le plus cher jamais vendu \u00e0 New York, un penthouse \u00e0 88 millions de dollars au 15 Central Park West. L\u2019ironie n\u2019a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 personne : pendant que sa fortune personnelle s\u2019affichait sur Manhattan, les biens immobiliers de ses anciens administr\u00e9s s\u2019effondraient litt\u00e9ralement dans l\u2019Oural.<\/p>\n<p>Une commission gouvernementale a blanchi le magnat de toute faute en 2008, rejetant la responsabilit\u00e9 sur des pratiques pass\u00e9es jug\u00e9es peu s\u00fbres, m\u00eame si des voix proches du pouvoir ont depuis sugg\u00e9r\u00e9 que l\u2019entreprise et son ancien dirigeant portaient malgr\u00e9 tout une part de responsabilit\u00e9. Rybolovlev avait entre-temps c\u00e9d\u00e9 ses parts, quittant le dossier avant que le \u00ab Grand-p\u00e8re \u00bb n\u2019atteigne sa taille d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Reste la question du sort \u00e0 long terme de la ville. Un temps \u00e9voqu\u00e9e, l\u2019option d\u2019une relocalisation int\u00e9grale sur l\u2019autre rive de la Kama, o\u00f9 le socle rocheux est stable, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9e : les ing\u00e9nieurs assurent depuis des ann\u00e9es que l\u2019essentiel de la mine est d\u00e9sormais noy\u00e9 et qu\u2019aucun nouveau crat\u00e8re majeur ne devrait s\u2019ouvrir. Berezniki continue pourtant de perdre des habitants, environ 12 000 \u00e9tant partis entre 2005 et 2010, preuve que la confiance dans ces pr\u00e9visions techniques reste, comme le sol de la ville elle-m\u00eame, sujette \u00e0 caution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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