{"id":1121866,"date":"2026-08-12T06:29:15","date_gmt":"2026-08-12T06:29:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1121866\/"},"modified":"2026-08-12T06:29:15","modified_gmt":"2026-08-12T06:29:15","slug":"1869-lune-des-toutes-premieres-greves-de-femmes-en-france-a-eu-lieu-a-lyon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1121866\/","title":{"rendered":"1869 : l&rsquo;une des toutes premi\u00e8res gr\u00e8ves de femmes en France a eu lieu \u00e0 Lyon"},"content":{"rendered":"<p>Elles s&rsquo;appelaient les ovalistes. Le nom vient de l&rsquo;ovale, la pi\u00e8ce centrale du moulin dont elles avaient la charge. Leur travail, le moulinage, consistait \u00e0 pr\u00e9parer le fil de soie gr\u00e8ge avant le tissage : surveiller les moulins, garnir et d\u00e9garnir les bobines, renouer les fils cass\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas des Lyonnaises. Elles viennent de la Dr\u00f4me, de l&rsquo;Ard\u00e8che, des C\u00e9vennes, de la Loz\u00e8re, de la Savoie, du Forez, du Beaujolais ; environ une sur dix arrive du Pi\u00e9mont italien.<\/p>\n<p>Recrut\u00e9es sur place et amen\u00e9es par groupes, plus de la moiti\u00e9 d&rsquo;entre elles logent dans l&rsquo;atelier m\u00eame, dans des conditions d&rsquo;hygi\u00e8ne d\u00e9plorables. En 1869, on en compte entre quatre mille selon les patrons et huit mille selon la presse et les int\u00e9ress\u00e9es.<\/p>\n<p>Leur salaire : 1,40 franc pour douze heures de travail quotidien, debout, sans possibilit\u00e9 de s&rsquo;asseoir. Fin juin 1869, elles r\u00e9digent une p\u00e9tition &#8211; 255 signataires r\u00e9parties dans dix ateliers des Brotteaux et des Charpennes &#8211; pour r\u00e9clamer 2 francs par jour et une journ\u00e9e ramen\u00e9e \u00e0 onze heures. Elles saisissent le pr\u00e9fet du Rh\u00f4ne. Sans effet.<\/p>\n<p>Alors elles s&rsquo;arr\u00eatent. Le 25 juin, une assembl\u00e9e r\u00e9unit entre mille et mille huit cents ovalistes ; les patrons, convi\u00e9s, ne se manifestent pas. Le soir m\u00eame, tous les ateliers de la rive gauche sont \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Les 3 et 4 juillet, sur 2 394 ovalistes recens\u00e9es, 1 792 sont en gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>La riposte patronale est m\u00e9thodique : expulsion des gr\u00e9vistes des ateliers o\u00f9 elles logeaient, embauche d&rsquo;ouvri\u00e8res italiennes pour casser le mouvement, police post\u00e9e devant les portes, arrestations. Les gr\u00e9vistes tiennent gr\u00e2ce \u00e0 une caisse de secours (bons de pain, allocations de cinquante centimes) aliment\u00e9e par des collectes men\u00e9es en France, mais aussi en Belgique, en Angleterre et en Suisse.<\/p>\n<p>Elles tiennent un mois. Puis la commission constate la fin du mouvement : les ouvri\u00e8res reprennent sans avoir obtenu satisfaction sur les salaires. Elles arracheront tout de m\u00eame la journ\u00e9e de dix heures, largement contourn\u00e9e dans les faits. Dans les mois qui suivent, des gr\u00e8ves \u00e9clatent chez les ovalistes et les ouvri\u00e8res de la soie dans tout le bassin lyonnais.<\/p>\n<p>Le saviez-vous ? Avant de reprendre le travail, les ovalistes ont vot\u00e9 leur adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Association internationale des travailleurs. Marx accepta que l&rsquo;une des meneuses, Philom\u00e8ne Rozan, soit d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e au congr\u00e8s de B\u00e2le ; elle se d\u00e9sista sans qu&rsquo;on sache pourquoi, et c&rsquo;est Bakounine qui repr\u00e9senta les ovalistes lyonnaises. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, la f\u00e9d\u00e9ration ouvri\u00e8re invitait \u00e0 Lyon la journaliste et f\u00e9ministe Paule Mink : le succ\u00e8s aupr\u00e8s des femmes fut consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve avait \u00e9chou\u00e9, la politisation avait pris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Elles s&rsquo;appelaient les ovalistes. 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