{"id":1127784,"date":"2026-08-15T04:51:13","date_gmt":"2026-08-15T04:51:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1127784\/"},"modified":"2026-08-15T04:51:13","modified_gmt":"2026-08-15T04:51:13","slug":"la-russie-a-une-centrale-nucleaire-qui-flotte-au-bout-de-la-siberie-depuis-2020-ce-quelle-alimente-nest-ni-une-usine-ni-une-grande-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1127784\/","title":{"rendered":"La Russie a une centrale nucl\u00e9aire qui flotte au bout de la Sib\u00e9rie depuis 2020 : ce qu&rsquo;elle alimente n&rsquo;est ni une usine ni une grande ville"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Amarr\u00e9e au bout du monde, dans le port arctique de Pevek, une barge de 144 m\u00e8tres de long chauffe et \u00e9claire une ville qui compte un peu moins de 5 000 habitants, autour de 4 500 selon les recensements russes les plus r\u00e9cents. Ce n\u2019est ni une erreur d\u2019ing\u00e9nierie ni un projet abandonn\u00e9 : l\u2019Akademik Lomonosov a commenc\u00e9 son exploitation commerciale en mai 2020 et reste la seule centrale nucl\u00e9aire flottante au monde en fonctionnement. Et non, elle n\u2019alimente pas une m\u00e9galopole industrielle. Sa mission, bien plus modeste en apparence, cache une ambition strat\u00e9gique \u00e9norme pour Moscou.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une barge nucl\u00e9aire de 144 m\u00e8tres alimente une ville de moins de 5 000 habitants, mais sa v\u00e9ritable mission reste bien cach\u00e9e<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Pourquoi la Russie a construit une centrale surpuissante pour un territoire aussi isol\u00e9 ?<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Rosatom construit quatre nouvelles unit\u00e9s flottantes pour son projet minier domestique de Baimskaya, tout en affichant, s\u00e9par\u00e9ment, une ambition \u00e0 l\u2019export<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#une-centrale-concue-pour-un-bout-du-monde-qui-n-a-besoin-que\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une centrale con\u00e7ue pour un bout du monde qui n\u2019a besoin que de \u00e7a<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#deux-reacteurs-de-sous-marin-nucleaire-poses-sur-une-barge\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Deux r\u00e9acteurs de sous-marin nucl\u00e9aire pos\u00e9s sur une barge<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#de-la-mise-a-l-eau-au-branchement-un-parcours-de-sept-ans\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">De la mise \u00e0 l\u2019eau au branchement, un parcours de sept ans<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#un-pari-qui-commence-a-rapporter-et-un-modele-que-la-russie\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un pari qui commence \u00e0 rapporter, et un mod\u00e8le que la Russie veut vendre<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Une centrale con\u00e7ue pour un bout du monde qui n\u2019a besoin que de \u00e7a<\/p>\n<p>Le calcul para\u00eet disproportionn\u00e9 au premier abord. La centrale est bas\u00e9e, avec ses infrastructures c\u00f4ti\u00e8res, pr\u00e8s de la ville de Pevek, une cit\u00e9 d\u2019environ 4 500 habitants selon les donn\u00e9es de recensement (Rosatom et les communiqu\u00e9s officiels retiennent parfois un chiffre arrondi \u00e0 5 000), \u00e0 qui elle fournit chaleur et \u00e9lectricit\u00e9 dans la r\u00e9gion arctique russe de Tchoukotka. Une ville nettement plus petite que Carpentras, en somme, aliment\u00e9e par un r\u00e9acteur capable de bien plus.<\/p>\n<p>Car le potentiel technique d\u00e9passe largement les besoins locaux. Elle a la capacit\u00e9 de fournir de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 une ville pouvant compter jusqu\u2019\u00e0 100 000 habitants. Le surplus ne part pas dans la nature : il sert \u00e0 \u00e9lectrifier des activit\u00e9s que l\u2019on n\u2019imagine pas spontan\u00e9ment derri\u00e8re le mot \u00ab\u00a0centrale nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb. Elle fournit aussi de l\u2019\u00e9nergie pour le d\u00e9veloppement de l\u2019exploitation mini\u00e8re de la zone aurif\u00e8re de Baimskaya, un gisement isol\u00e9 au c\u0153ur de la toundra sib\u00e9rienne, l\u00e0 o\u00f9 poser des lignes \u00e0 haute tension depuis le r\u00e9seau national co\u00fbterait une fortune et prendrait des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s plusieurs op\u00e9rateurs du site, une fois que la centrale nucl\u00e9aire terrestre de Bilibino sera d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9e, la centrale flottante deviendra la principale source d\u2019\u00e9nergie de tout le district autonome de Tchoukotka. Ce n\u2019est pas un gadget exp\u00e9rimental pos\u00e9 au hasard, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9pine dorsale \u00e9nerg\u00e9tique d\u2019un territoire grand comme deux fois la France.<\/p>\n<p>Deux r\u00e9acteurs de sous-marin nucl\u00e9aire pos\u00e9s sur une barge<\/p>\n<p>Sous le capot, rien de futuriste au sens strict. L\u2019Akademik Lomonosov embarque deux r\u00e9acteurs KLT-40S g\u00e9n\u00e9rant chacun 35 MWe, une technologie proche de celle utilis\u00e9e sur une g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente de brise-glaces nucl\u00e9aires russes. Du solide, du \u00e9prouv\u00e9, pens\u00e9 pour encaisser le froid polaire et les glaces qui d\u00e9rivent.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat cumul\u00e9 donne une puissance modeste \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un r\u00e9acteur classique, mais amplement suffisante pour la mission fix\u00e9e. Selon les donn\u00e9es techniques disponibles, le navire est \u00e9quip\u00e9 d\u2019une unit\u00e9 de puissance dot\u00e9e de deux r\u00e9acteurs KLT-40C de 35 MW chacun, pouvant produire 70 MW d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou 300 MW de chaleur. Une polyvalence qui change tout dans une r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019hiver dure huit mois et o\u00f9 le chauffage urbain p\u00e8se autant que l\u2019\u00e9clairage dans la facture \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Le b\u00e2timent lui-m\u00eame n\u2019a rien d\u2019un porte-avions. Il mesure 140 m\u00e8tres de long, 30 m\u00e8tres de large, 10 m\u00e8tres de haut, pour un d\u00e9placement de 21 500 tonnes et un \u00e9quipage de 70 personnes. Une taille de cargo, une mission de centrale \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>De la mise \u00e0 l\u2019eau au branchement, un parcours de sept ans<\/p>\n<p>L\u2019histoire commence bien avant l\u2019arriv\u00e9e sur site. Le projet a mis du temps \u00e0 sortir de terre, litt\u00e9ralement. La construction du vaisseau de t\u00eate a d\u00e9but\u00e9 en 2007 au chantier naval de Sevmash, dans l\u2019extr\u00eame nord russe, avant que la coque en cours d\u2019assemblage ne soit transf\u00e9r\u00e9e en ao\u00fbt 2008 au chantier Baltiysky Zavod de Saint-P\u00e9tersbourg.<\/p>\n<p>Le vrai spectacle a eu lieu \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2019. La barge, charg\u00e9e en combustible nucl\u00e9aire, a quitt\u00e9 Mourmansk pour un p\u00e9riple de plusieurs semaines \u00e0 travers l\u2019Arctique, escort\u00e9e par un brise-glace. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e en combustible d\u00e9but octobre 2018, elle avait \u00e9t\u00e9 remorqu\u00e9e de Mourmansk jusqu\u2019\u00e0 Pevek, un trajet de 5 000 kilom\u00e8tres n\u00e9cessitant 18 jours, avec un brise-glace et deux remorqueurs dans le convoi. Greenpeace, peu convaincu par l\u2019exercice, a surnomm\u00e9 l\u2019engin le \u00ab\u00a0Titanic nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb \u2014 un raccourci que Rosatom a toujours balay\u00e9 d\u2019un revers de main, insistant sur des normes de s\u00fbret\u00e9 strictes.<\/p>\n<p>Le raccordement \u00e9lectrique effectif est venu quelques mois plus tard. Convoy\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Pevek en septembre 2019, l\u2019Akademik Lomonosov a commenc\u00e9 \u00e0 fournir de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au r\u00e9seau isol\u00e9 Chaun-Bilibino le 19 d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. La mise en service commerciale compl\u00e8te, elle, n\u2019a \u00e9t\u00e9 officiellement act\u00e9e que le 22 mai 2020, l\u2019alimentation du chauffage urbain de la ville d\u00e9butant en juillet 2020.<\/p>\n<p>Un pari qui commence \u00e0 rapporter, et un mod\u00e8le que la Russie veut vendre<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, les chiffres de production donnent une id\u00e9e du rythme de croisi\u00e8re atteint. La centrale a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 son premier milliard de kilowattheures alors qu\u2019elle approche de ses cinq ans de service commercial. Une trajectoire jug\u00e9e solide par Rosatom, qui souligne que le navire nucl\u00e9aire a augment\u00e9 chaque ann\u00e9e sa production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et a pu d\u00e9passer les objectifs annuels fix\u00e9s.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, la centrale ne se contente plus d\u2019un r\u00f4le d\u2019appoint. Elle fournit environ 60 % de l\u2019\u00e9nergie de la r\u00e9gion occidentale de Tchoukotka et de Chersky, en Yakoutie \u2014 un territoire immense, couvert de mines et de plateformes d\u2019extraction, o\u00f9 chaque kilowattheure \u00e9vite de br\u00fbler du fioul achemin\u00e9 par bateau une fois par an avant l\u2019englacement des ports.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tape suivante a d\u00e9j\u00e0 eu lieu : le premier rechargement de combustible. Apr\u00e8s plus de trois ans d\u2019op\u00e9ration, la centrale s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e pour son premier rechargement de combustible, une op\u00e9ration men\u00e9e depuis sa mise en service en d\u00e9cembre 2019. Une validation industrielle de plus pour Rosatom, mais qui ne concerne pas directement les futures unit\u00e9s flottantes d\u00e9j\u00e0 en construction. En effet, Rosatom construit actuellement quatre centrales flottantes modernis\u00e9es \u00e9quip\u00e9es de r\u00e9acteurs RITM-200, destin\u00e9es \u00e0 alimenter la zone mini\u00e8re de Baimskaya, en Arctique, avec des r\u00e9acteurs de type RITM-200S et une mise en service pr\u00e9vue de fa\u00e7on \u00e9chelonn\u00e9e, les deux premi\u00e8res unit\u00e9s devant entrer en service d\u00e9but 2027, la troisi\u00e8me d\u00e9but 2028 et la quatri\u00e8me d\u00e9but 2031. S\u00e9par\u00e9ment, le groupe affiche une ambition \u00e0 plus long terme de conqu\u00e9rir le march\u00e9 de l\u2019exportation avec des centrales flottantes distinctes, d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019au moins 100 MWe et dot\u00e9es, selon Rosatom, d\u2019une dur\u00e9e de vie de service allant jusqu\u2019\u00e0 60 ans, \u00e9quip\u00e9es de r\u00e9acteurs RITM-200M, une technologie plus r\u00e9cente issue des derniers brise-glaces nucl\u00e9aires russes.<\/p>\n<p>Reste une question que peu de m\u00e9dias posent : si le mod\u00e8le fonctionne \u00e0 Pevek, quelles seront les prochaines destinations des unit\u00e9s flottantes que la Russie esp\u00e8re un jour exporter ? Rosatom \u00e9voque discr\u00e8tement des clients potentiels \u00e0 l\u2019international, dans des zones c\u00f4ti\u00e8res isol\u00e9es o\u00f9 le r\u00e9seau \u00e9lectrique national n\u2019arrivera jamais. Le \u00ab\u00a0Titanic nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb moqu\u00e9 en 2019 pourrait bien devenir, d\u2019ici la prochaine d\u00e9cennie, un produit d\u2019exportation aussi discret qu\u2019efficace.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/lucian.uchicago.edu\/blogs\/atomicage\/2018\/04\/30\/russias-nuclear-titanic-sets-off-for-norway-coast-via-the-local\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">lucian.uchicago.edu<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.decouple.media\/p\/arctic-baseload-russias-maritime\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">decouple.media<\/a> | <a href=\"https:\/\/rosatom.ru\/en\/rosatom-group\/smr-akademik-lomonosov\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">rosatom.ru<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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