{"id":1131016,"date":"2026-08-16T19:32:20","date_gmt":"2026-08-16T19:32:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131016\/"},"modified":"2026-08-16T19:32:20","modified_gmt":"2026-08-16T19:32:20","slug":"histoire-je-dois-faire-une-croix-sur-certains-souvenirs-les-confessions-de-philippe-sella-legende-dagen-et-du-xv-de-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131016\/","title":{"rendered":"Histoire &#8211; \u00ab\u00a0Je dois faire une croix sur certains souvenirs\u00a0\u00bb : les confessions de Philippe Sella, l\u00e9gende d&rsquo;Agen et du XV de France"},"content":{"rendered":"<p>\n                Philippe Sella (64 ans) nous a accord\u00e9 un entretien pour nous parler avec un certain courage de ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 r\u00e9cents mais aussi pour \u00e9voquer des souvenirs du pass\u00e9, d&rsquo;Agen et de l&rsquo;\u00e9quipe de France.\u00a0\n            <\/p>\n<p>Philippe Sella, l\u00e9gende du rugby fran\u00e7ais avec ses 111 s\u00e9lections entre 1982 et 1996, nous a r\u00e9pondu sans d\u00e9tour, alors que ses derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 difficiles. Il reconna\u00eet sans complexe avoir souffert d\u2019un cancer de la prostate, qui l\u2019a conduit sur la table d\u2019op\u00e9ration. Puis, il avoue que sa m\u00e9moire flanche de plus en plus, sans doute \u00e0 cause des K.-O. subis durant sa carri\u00e8re. Pourtant, au t\u00e9l\u00e9phone, depuis la C\u00f4te basque o\u00f9 il r\u00e9side, la chaleur de sa voix et de son accent t\u00e9moignent d\u2019un tonus et d\u2019un optimisme communicatifs. Son \u00e9pouse Josy l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire scientifiquement les soins qu\u2019il a subis avant d\u2019\u00e9voquer quelques moments du pass\u00e9. Sans cacher ses difficult\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p><strong>On a envie de commencer par une question simple : comment allez-vous ?<\/strong><br \/>\u00c7a ne va pas trop mal. Je suis suivi. Pour ce qui est de mon probl\u00e8me de prostate : depuis mon op\u00e9ration en 2021 &#8211; une ablation totale de la prostate, une biopsie avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019un ganglion canc\u00e9reux coll\u00e9 \u00e0 la prostate. En f\u00e9vrier 2022, il y a eu une deuxi\u00e8me op\u00e9ration pour \u00e9liminer de petits ganglions qui subsistaient dans le pelvis. J\u2019ai subi trente s\u00e9ances de radioth\u00e9rapie fin 2022. Depuis, j\u2019ai des examens r\u00e9guliers, tous les trois mois environ, pour surveiller mon taux de PSA (taux d&rsquo;antig\u00e8ne prostatique sp\u00e9cifique). Il ne faut pas qu\u2019il augmente trop. En 2024, il avait un peu augment\u00e9. J\u2019ai donc subi quinze s\u00e9ances de radioth\u00e9rapie de plus en 2025. Je n\u2019ai jamais eu de chimioth\u00e9rapie. Les examens r\u00e9guliers continuent. On ne sait jamais ce qui peut arriver. On croise les doigts.<\/p>\n<p><strong>\u00cates-vous pass\u00e9 par des moments difficiles ?<\/strong><br \/>On peut se sentir fort, mais dans ces moments-l\u00e0, on se pose forc\u00e9ment des questions. Le soutien m\u00e9dical a \u00e9t\u00e9 extraordinaire. Sur le plan personnel, chacun a sa fa\u00e7on de vivre ce probl\u00e8me. Moi, j\u2019ai toujours eu, au fond de moi, l\u2019espoir et la confiance dans les sp\u00e9cialistes qui s\u2019occupaient de moi. Je me suis pos\u00e9 beaucoup de questions, du genre : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait pour en arriver l\u00e0 ?\u00a0\u00bb\u00a0Mais je sais aussi que le corps, quelle que soit la vie qu\u2019on a eue, peut r\u00e9agir de mani\u00e8re diff\u00e9rente.<\/p>\n<blockquote><p>\nJ\u2019avais re\u00e7u un choc sans ballon et je me suis r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, sans aucun souvenir du match que j\u2019avais pourtant disput\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9.\n<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Les soins, en eux-m\u00eames, ont-ils \u00e9t\u00e9 \u00e9puisants ou douloureux ?<\/strong><br \/>\u00c7a s\u2019est plut\u00f4t bien pass\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. Je n\u2019ai pas eu de contrecoups. Je n\u2019ai pas eu de douleurs g\u00eanantes. Au niveau des traitements proprement dits, tout a \u00e9t\u00e9 parfait. Les moments difficiles \u00e9taient plut\u00f4t li\u00e9s aux questions que je me posais.<\/p>\n<p><strong>Puis, plus r\u00e9cemment, vous avez d\u00e9clar\u00e9 que vous subissiez des probl\u00e8mes de perte de m\u00e9moire\u2026<\/strong><br \/>Oui, des probl\u00e8mes de m\u00e9moire imm\u00e9diate, j&rsquo;ai moins de difficult\u00e9s pour la m\u00e9moire \u00e0 long terme. Je suis suivi aussi pour \u00e7a, par un neurologue de Bayonne. Je ne sais pas si tout cela est li\u00e9 aux chocs que j\u2019ai subis, mais c\u2019est possible. Quand je travaillais encore et que j\u2019allais souvent \u00e0 Paris, j\u2019\u00e9tais suivi par le professeur Jean-Fran\u00e7ois Chermann. J\u2019ai fait des IRM c\u00e9r\u00e9brales, mais elles ne r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent rien de tr\u00e8s significatif.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous subi des commotions c\u00e9r\u00e9brales dans votre carri\u00e8re ?<\/strong><br \/>Oui, la premi\u00e8re, je l\u2019ai subie lors de ma premi\u00e8re s\u00e9lection, contre la Roumanie en 1982. J\u2019avais re\u00e7u un choc sans ballon et je me suis r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, sans aucun souvenir du match que j\u2019avais pourtant disput\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9. Je ne me souviens m\u00eame pas de l\u2019\u00e9chauffement. Ma carri\u00e8re commen\u00e7ait bien\u2026 (rires)<\/p>\n<p><strong>On a aussi parl\u00e9 d\u2019un K.-O. survenu en 1987, lors de la premi\u00e8re Coupe du monde\u2026<\/strong><br \/>Contre le Zimbabwe, oui. J\u2019ai pris un coup ce jour-l\u00e0, et je n\u2019ai aucun souvenir de ce match.<\/p>\n<p><strong>Ce qui est frappant, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, on ne faisait pas toute une histoire de ces K.-O.\u2026<\/strong><br \/>On n\u2019en parlait moins, c\u2019est s\u00fbr. On faisait quand m\u00eame un suivi, mais depuis, il y a eu \u00e9norm\u00e9ment d\u2019am\u00e9liorations. On s\u2019est rendu compte de tous les d\u00e9g\u00e2ts que cela pouvait causer.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous connu d\u2019autres KO dans votre carri\u00e8re ?<\/strong><br \/>Il a pu y en avoir, mais plus l\u00e9gers. J\u2019ai subi des chocs, c\u2019est s\u00fbr, mais moins forts. Aujourd\u2019hui, c\u2019est bizarre : j\u2019ai des souvenirs qui reviennent, des moments qui sont toujours l\u00e0 dans ma m\u00e9moire. Mais je sais que pour certains autres, j\u2019ai d\u00fb faire une croix.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" class=\"std-img__img responsive-img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/1786908738_624_image.jpg\" alt=\"Philippe Sella sous le maillot d'Agen, en 1988.\"\/><\/p>\n<p>                Philippe Sella sous le maillot d&rsquo;Agen, en 1988.<br \/>\n                                    Agence Ferguson \/ Icon Sport<\/p>\n<p><strong>Les pertes de m\u00e9moire que vous vivez actuellement, quand ont-elles commenc\u00e9 ?<\/strong><br \/>J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est li\u00e9 \u00e0 mon op\u00e9ration de la prostate en avril 2021. \u00c7a a vraiment d\u00e9marr\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0. On m\u2019a fait une anesth\u00e9sie l\u00e9g\u00e8re pour une op\u00e9ration qui a \u00e9t\u00e9 longue. J\u2019ai eu une sorte de commotion prolong\u00e9e \u00e0 cette occasion. Il est vrai que mon r\u00e9veil n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 extraordinaire. Le professeur Chermann nous a dit que c\u2019\u00e9tait rare, mais que cela pouvait arriver. Pourtant, j\u2019avais sans doute cette fragilit\u00e9 en moi. Pour ma deuxi\u00e8me op\u00e9ration, on m\u2019a inject\u00e9 des doses de produit anesth\u00e9siant d\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente : vingt minutes par vingt minutes. Le r\u00e9veil a \u00e9t\u00e9 bien meilleur. R\u00e9cemment, j&rsquo;ai eu de nouvelles prises de sang destin\u00e9es \u00e0 trouver des marqueurs sanguins relatifs \u00e0 la m\u00e9moire.<\/p>\n<p><strong>On ne peut pas ne pas remarquer que Geoffrey, votre fils, a d\u00fb lui aussi arr\u00eater sa carri\u00e8re \u00e0 cause de probl\u00e8mes de commotions\u2026<\/strong><br \/>Il a jou\u00e9 \u00e0 Massy, en Pro D2, et il a arr\u00eat\u00e9 \u00e0 cause de \u00e7a. Je dirais que \u00e7a ne va pas trop mal. Il est suivi, lui aussi, et c\u2019est tr\u00e8s important. Aujourd\u2019hui, il travaille dans le milieu musical, et nous sommes en relation r\u00e9guli\u00e8re avec lui pour savoir si tout va bien. Il le faut, car parfois, les gens n\u2019osent pas parler de ces questions-l\u00e0. De toute fa\u00e7on, il a connu le m\u00eame suivi que moi. Je dirais \u00e0 son sujet : \u00ab\u00a0Tel p\u00e8re, tel fils.\u00a0\u00bb\u00a0On osait mettre la t\u00eate vers l\u2019avant. Mais parfois, au lieu de la mettre derri\u00e8re les fesses de l\u2019adversaire quand on plaque, on se trompe, et on se retrouve avec la t\u00eate entre le bassin et la terre.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il un diagnostic concernant votre\u00a0m\u00e9moire\u00a0?<\/strong><br \/>On est en train de le faire.<\/p>\n<p><strong>Sur le plan professionnel, o\u00f9 en \u00eates-vous ?<\/strong><br \/>Je suis un jeune retrait\u00e9, depuis un an, et j\u2019habite \u00e0 Bassussarry, sur la C\u00f4te basque. \u00c0 la base, j\u2019\u00e9tais professeur d\u2019EPS, puis je me suis mis en disponibilit\u00e9 pendant six ans. Je me suis associ\u00e9 \u00e0 Jean-Claude Bonetti pour travailler dans l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel. \u00c7a m\u2019a beaucoup plu. Nous avons fait cela de 1993 \u00e0 2018, puis mon associ\u00e9 s\u2019est mis \u00e0 la retraite. Notre soci\u00e9t\u00e9 a trouv\u00e9 un acqu\u00e9reur. Et je suis revenu au SUA : j\u2019accompagnais l\u2019\u00e9quipe professionnelle, je travaillais sur le recrutement, l\u2019accueil des nouveaux. J\u2019\u00e9tais au soutien des joueurs de l\u2019\u00e9quipe pro.<\/p>\n<p><strong>Que faites-vous d\u00e9sormais de vos journ\u00e9es ?<\/strong><br \/>L\u2019avantage de la retraite, c\u2019est d\u2019avoir des petits-enfants. Je profite de ma famille, et j\u2019ai un petit-fils qui est aussi le petit-fils d\u2019un de mes anciens adversaires, qui jouait \u00e0 Pau. Mon petit-fils m\u2019a demand\u00e9 : \u00ab\u00a0Papy, tu ne peux pas venir m\u2019entra\u00eener ?\u00a0\u00bb Alors, je suis l\u2019un des entra\u00eeneurs des moins de 10 ans \u00e0 Ustaritz.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous v\u00e9cu un apr\u00e8s-carri\u00e8re fructueux dans le domaine des relations publiques ?<\/strong><br \/>J\u2019ai ador\u00e9 \u00e7a. Jean-Claude Bonetti, qui a jou\u00e9 \u00e0 Sainte-Livrade, m\u2019a mis en confiance, et je me suis r\u00e9gal\u00e9. Il avait une longueur d\u2019avance dans le domaine des relations publiques avec les entreprises. J\u2019\u00e9tais un peu timide au d\u00e9part, et il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 j\u2019ai senti que je progressais dans ma fa\u00e7on de m\u2019exprimer. Pour moi, c\u2019\u00e9tait extraordinaire. Il avait une maturit\u00e9 que je n\u2019avais pas, et il m\u2019a fait grandir. Notre association a \u00e9t\u00e9 formidable.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" class=\"std-img__img responsive-img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/1786908739_85_image.jpg\" alt=\"Philippe Sella reste proche de son club de toujours, Agen.\"\/><\/p>\n<p>                Philippe Sella reste proche de son club de toujours, Agen.<br \/>\n                                    Icon Sport<\/p>\n<p><strong>Le rugby, le suivez-vous toujours ?<\/strong><br \/>Oui. Ce vendredi 14 ao\u00fbt, je suis all\u00e9 \u00e0 Valence-d\u2019Agen voir le match amical Agen-Colomiers. Agen repr\u00e9sente tellement de choses pour moi, depuis l\u2019\u00e2ge de 10 ou 12 ans. Je revois mon petit bureau, chez mes parents, avec le poster du SUA champion de France en 1976.<\/p>\n<p><strong>Connaissiez-vous bien Albert Ferrasse ?<\/strong><br \/>Quand j\u2019ai sign\u00e9 au SUA, j\u2019ai os\u00e9 aller le voir dans son entreprise pour me pr\u00e9senter. Je ne sais pas si c\u2019\u00e9tait bien ou pas. Il a \u00e9t\u00e9 sympa, mais j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s timide \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Ce fut une discussion sans beaucoup de mots. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire, en fait. On m\u2019avait dit : \u00ab\u00a0Attention, il n\u2019est pas facile.\u00a0\u00bb Mais j\u2019avais os\u00e9 venir le voir.<\/p>\n<p><strong>Et Guy Basquet ?<\/strong><br \/>J\u2019ai eu plus de contacts avec lui qu\u2019avec Albert Ferrasse, car il \u00e9tait plus proche du club au quotidien. C\u2019\u00e9tait un dur, c\u2019est s\u00fbr. En fait, mon lien avec eux n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 au pouvoir f\u00e9d\u00e9ral\u00a0mais \u00e0 Agen. Il faut comprendre que je r\u00eavais de jouer au SUA depuis tout petit. De plus, Daniel Dubroca \u00e9tait mon voisin. Des gens comme Ferrasse et Basquet \u00e9taient bien plus vieux que moi, mais quand j\u2019allais les voir, je ressentais quelque chose de sp\u00e9cial, de l\u2019ordre de la transmission.<\/p>\n<p><strong>Votre carri\u00e8re, c\u2019est aussi l\u2019\u00e9quipe de France, et surtout celle de Jacques Fouroux. Vous avez particip\u00e9 au fameux match de Nantes en 1986 face aux All Blacks (19-3) et \u00e0 sa fameuse pr\u00e9paration\u2026<\/strong><br \/>Ce fut une semaine tr\u00e8s costaude\u2026<\/p>\n<p><strong>On a dit que c\u2019\u00e9tait le sommet du management \u00e0 la Fouroux\u2026<\/strong><br \/>J&rsquo;aimais bien son c\u00f4t\u00e9 enthousiaste, mais aussi tr\u00e8s direct. Direct dans ses critiques, mais aussi dans ses encouragements. Il m\u00e9langeait les deux. Il fallait le comprendre, car il peut y avoir, chez un joueur, des moments de doute o\u00f9 l\u2019on n\u2019est pas dans l\u2019engagement total. Il \u00e9tait capable de vous relancer, \u00e0 sa fa\u00e7on.<\/p>\n<p><strong>On dit que dans cet avant-match dantesque, il vous a titill\u00e9 et que vous lui avez mis un coup de boule\u2026<\/strong><br \/>Disons que j\u2019ai fait quelque chose qui aurait pu arr\u00eater ma carri\u00e8re&#8230; Avec Fouroux, il y avait du respect, mais il y avait des moments o\u00f9 l\u2019on agissait de mani\u00e8re brusque. Pourtant, il avait ce c\u00f4t\u00e9 naturel. Il aimait ses joueurs : il vous tapait sur l\u2019\u00e9paule, il vous embrassait, il vous donnait des petits coups. Il cr\u00e9ait des moments pour qu\u2019on ait la sensation d\u2019\u00eatre pr\u00eats. Il m\u2019avait un peu provoqu\u00e9, et je voulais lui montrer que j\u2019\u00e9tais l\u00e0. Alors, il y a eu ce coup de boule. Pendant le match, j\u2019y ai pens\u00e9 en me disant : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait ? Une vraie b\u00eatise.\u00a0\u00bb Lors des arr\u00eats de jeu, je le regardais, et je voyais sa gestuelle. J\u2019ai vu qu\u2019il avait retrouv\u00e9 tout son enthousiasme. Et je me suis dit qu\u2019il n\u2019y aurait pas de probl\u00e8me. Je peux le dire maintenant : j\u2019ai eu la trouille. Entre le coup de boule, les hymnes et le coup d\u2019envoi, je me suis pos\u00e9 beaucoup de questions.<\/p>\n<p><strong>Ce match, si comment\u00e9 &#8211; y compris dans nos colonnes &#8211; n\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 survaloris\u00e9 ?<\/strong><br \/>Non, c\u2019\u00e9tait un match extraordinaire. On avait du respect pour cette nation, mais le respect, c\u2019\u00e9tait de se hisser au-dessus de ceux qui nous montraient l\u2019exemple.<\/p>\n<p><strong>Vous avez souvent \u00e9voqu\u00e9 Jean-Pierre Rives. Vous a-t-il marqu\u00e9 \u00e0 ce point ?<\/strong><br \/>Oui. Il faut savoir qu\u2019\u00e0 la base, quand j\u2019\u00e9tais adolescent, je voulais jouer troisi\u00e8me ligne, comme lui. Je me suis teint en blond une ou deux fois, j\u2019avais laiss\u00e9 pousser mes cheveux. C\u2019\u00e9tait du mim\u00e9tisme. \u00c0 Clairac, on me faisait jouer demi d\u2019ouverture ou arri\u00e8re, mais dans ma t\u00eate, je r\u00eavais du poste num\u00e9ro 6. Mais je ne l&rsquo;ai occup\u00e9 qu\u2019une seule fois.<\/p>\n<p><strong>Comment \u00e9tait-il au quotidien ? On le disait d\u00e9tach\u00e9 ou flegmatique\u2026<\/strong><br \/>Il incarnait la ma\u00eetrise. On pouvait le croire d\u00e9tach\u00e9, mais dans sa pr\u00e9paration, il \u00e9tait efficace. Il me donnait de l\u2019\u00e9nergie rien qu\u2019en croisant son regard. Il \u00e9tait fort dans les mots qu\u2019il pronon\u00e7ait : il n\u2019avait pas besoin d\u2019en dire beaucoup. En quelques paroles, il vous mettait dans le coup.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" class=\"std-img__img responsive-img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/1786908740_218_image.jpg\" alt=\"Philippe Sella totalise 111 s\u00e9lections avec le XV de France.\"\/><\/p>\n<p>                Philippe Sella totalise 111 s\u00e9lections avec le XV de France.<br \/>\n                                    Agence Ferguson \/ Icon Sport<\/p>\n<p><strong>Quels furent les moments les plus forts que vous ayez connus avec Agen ?<\/strong><br \/>Les phases finales, c\u2019\u00e9tait une aventure en soi, qui pouvait durer un mois et demi. On pouvait d\u00e9marrer par des huiti\u00e8mes de finale aller-retour, et \u00e7a s\u2019encha\u00eenait\u2026 ou pas. C\u2019\u00e9tait magnifique. La demi-finale de 1982 contre Perpignan m\u2019a marqu\u00e9, avec cet essai de quatre-vingts m\u00e8tres, cette contre-attaque avec Bernard Vivi\u00e8s, Bernard Lavigne, Philippe Mothe et Christian Delage. J\u2019avais d\u00e9marr\u00e9 en premi\u00e8re ligne l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, et je me suis retrouv\u00e9 dans cette phase finale pour l\u2019emporter en finale face \u00e0 Bayonne, une \u00e9quipe qui avait alors des joueurs tr\u00e8s talentueux.<br \/>Les ann\u00e9es 1980 jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 restent une p\u00e9riode extraordinaire. J\u2019ai encore vu Bernard Vivi\u00e8s dans la semaine, et j\u2019ai rev\u00e9cu, \u00e0 travers lui, tous ces moments. Il fut mon mentor. Je revois ce moment o\u00f9, jeune joueur \u00e0 Agen, il m\u2019avait pris \u00e0 part \u00e0 l\u2019entra\u00eenement en me tenant par le cou pour me dire : \u00ab\u00a0Voil\u00e0, Philippe, tu vas nous montrer ce que c\u2019est, le rugby.\u00a0\u00bb\u00a0Il m\u2019a mis en confiance comme pas possible, comme un grand fr\u00e8re. Apr\u00e8s le match, on a bu des coups au Caf\u00e9 de la Poste, lieu mythique d\u2019Agen.<\/p>\n<p><strong>Quand vous jouiez, vous impressionniez par votre abattage physique. En \u00e9tiez-vous conscient ?<\/strong><br \/>Je me pr\u00e9parais, et puis, j\u2019\u00e9tais dans la campagne. En juillet et en ao\u00fbt, mon quotidien, c\u2019\u00e9tait les tuyaux d\u2019arrosage pour les champs de haricots verts et de ma\u00efs. Pour le ma\u00efs, croyez-moi, il fallait lever les bras. \u00c7a faisait une activit\u00e9 physique terrible que je pratiquais avec mon cousin Jean-Claude, qui avait le m\u00eame \u00e2ge que moi, \u00e0 deux jours pr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9tiez donc un vrai rugbyman paysan ?<\/strong><br \/>Mon p\u00e8re \u00e9tait agriculteur, son fr\u00e8re, mon oncle, aussi. Ils avaient chacun une ferme, mais c\u2019\u00e9tait le m\u00eame domaine. Les deux familles faisaient tout ensemble. Et je jouais avec mon cousin Jean-Claude \u00e0 Clairac. Il aurait pu venir avec moi \u00e0 Agen, d\u2019ailleurs, mais il est rest\u00e9 \u00e0 la ferme.<\/p>\n<blockquote><p>\nL\u2019\u00e9quipe de France m\u2019a marqu\u00e9, non seulement pour les matchs, mais pour la vie que l\u2019on menait, surtout pendant les tourn\u00e9es. On se retrouvait et tout repartait. On \u00e9tait comme unis par du scotch bleu-blanc-rouge.\n<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Qui revoyez-vous le plus, parmi vos anciens partenaires ?<\/strong><br \/>Je vois Serge Blanco sur la C\u00f4te basque, ou Patrice Lagisquet, un copain depuis les juniors. \u00c0 Agen, je vois Dominique Erbani &#8211; que j\u2019appelle parfois \u00ab\u00a0Erbinet\u00a0\u00bb &#8211; ou Jacques Gratton. Je re\u00e7ois aussi des appels de Daniel Dubroca.<\/p>\n<p><strong>Qui vous a le plus impressionn\u00e9 ?<\/strong><br \/>Rives, bien s\u00fbr. Blanco aussi, par son talent naturel : sa grande foul\u00e9e, ses coups de pied, sa fa\u00e7on de tout oser. L\u2019\u00e9quipe de France m\u2019a marqu\u00e9, non seulement pour les matchs, mais pour la vie que l\u2019on menait, surtout pendant les tourn\u00e9es. On se retrouvait et tout repartait. On \u00e9tait comme unis par du scotch bleu-blanc-rouge. On vivait des moments extraordinaires.<\/p>\n<p><strong>Quels adversaires \u00e9taient les plus coriaces ?<\/strong><br \/>La paire Charvet-Bonneval, \u00e0 Toulouse, \u00e9tait tr\u00e8s dure \u00e0 affronter. Sur le plan international, le duo Carling-Guscott\u2026 Ce n\u2019\u00e9tait pas facile non plus, avec cette atmosph\u00e8re de rivalit\u00e9 franco-anglaise.<\/p>\n<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, votre regret n\u2019est-il pas de voir Agen d\u00e9sormais en Pro D2, loin du sommet que vous avez connu ?<\/strong><br \/>On peut voir Agen comme une ville moyenne, o\u00f9 il y a toujours un sacr\u00e9 engagement pour garder le club au niveau professionnel. Et c\u2019est tr\u00e8s bien. Mais il y a une telle diff\u00e9rence de ressources avec les grandes villes\u2026 Je trouve que le fait qu\u2019Agen r\u00e9ussisse \u00e0 demeurer au niveau professionnel dans ces conditions, c\u2019est tr\u00e8s bien par rapport \u00e0 ses capacit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Philippe Sella (64 ans) nous a accord\u00e9 un entretien pour nous parler avec un certain courage de ses&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1131017,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[1416],"tags":[1011,27,937,70921,479,1468,60],"class_list":["post-1131016","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-rugby","tag-fr","tag-france","tag-histoire","tag-midi-olympique","tag-rugby","tag-rugby-football","tag-sports"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/117106859989362324","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1131016","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1131016"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1131016\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1131017"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1131016"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1131016"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1131016"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}