{"id":1131151,"date":"2026-08-16T21:14:23","date_gmt":"2026-08-16T21:14:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131151\/"},"modified":"2026-08-16T21:14:23","modified_gmt":"2026-08-16T21:14:23","slug":"au-large-du-yemen-dormait-depuis-2015-un-petrolier-dont-la-cale-contenait-quatre-fois-lexxon-valdez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131151\/","title":{"rendered":"Au large du Y\u00e9men dormait depuis 2015 un p\u00e9trolier dont la cale contenait quatre fois l&rsquo;Exxon Valdez"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un p\u00e9trolier de 362 m\u00e8tres, abandonn\u00e9 sans le moindre entretien depuis 2015, charg\u00e9 de plus d\u2019un million de barils de brut l\u00e9ger. Voil\u00e0 le d\u00e9cor du sauvetage le plus tendu de l\u2019histoire maritime r\u00e9cente : celui du FSO Safer, cette \u00ab bombe \u00e0 retardement \u00bb flottante qui mena\u00e7ait la mer Rouge d\u2019une catastrophe environnementale hors norme. En ao\u00fbt 2023, apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019atermoiements, l\u2019ONU a fini par transvaser sa cargaison, in extremis, vers un autre navire.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un superp\u00e9trolier oubli\u00e9 depuis 8 ans cache une bombe \u00e0 retardement \u00e9cologique en mer Rouge<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les n\u00e9gociations avec les bellig\u00e9rants y\u00e9m\u00e9nites ont paralys\u00e9 le sauvetage pendant des ann\u00e9es<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">L\u2019op\u00e9ration de pompage a fr\u00f4l\u00e9 la catastrophe dans une zone de conflit actif<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-geant-rouille-otage-d-une-guerre-civile\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un g\u00e9ant rouill\u00e9, otage d\u2019une guerre civile<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#huit-ans-de-blocage-diplomatique-avant-l-intervention\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Huit ans de blocage diplomatique avant l\u2019intervention<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#trois-semaines-de-pompage-sous-haute-tension\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Trois semaines de pompage sous haute tension<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#une-coque-vide-mais-un-dossier-toujours-ouvert\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une coque vide, mais un dossier toujours ouvert<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un g\u00e9ant rouill\u00e9, otage d\u2019une guerre civile<\/p>\n<p>Tout commence en 1976 au Japon, o\u00f9 ce supertanker sort des chantiers navals sous le nom d\u2019Esso Japan. Il a \u00e9t\u00e9 construit en 1976 comme superp\u00e9trolier fonctionnant sous le nom d\u2019Esso Japan, avant d\u2019\u00eatre converti en unit\u00e9 de stockage sans propulsion en 1987. Rebaptis\u00e9 Safer, il est amarr\u00e9 au large des c\u00f4tes y\u00e9m\u00e9nites, o\u00f9 il re\u00e7oit, stocke et exporte pendant des d\u00e9cennies le brut extrait des champs p\u00e9troliers de Marib. Un r\u00f4le logistique discret, jusqu\u2019\u00e0 ce que le pays bascule dans la guerre.<\/p>\n<p>En raison du conflit en cours au Y\u00e9men, toutes les op\u00e9rations de production et d\u2019exportation li\u00e9es au FSO Safer ont \u00e9t\u00e9 suspendues en 2015. Le navire reste alors \u00e0 l\u2019ancre, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres des c\u00f4tes contr\u00f4l\u00e9es par les rebelles houthis, sans qu\u2019aucune op\u00e9ration de maintenance ne soit plus jamais r\u00e9alis\u00e9e. Sept ans plus tard, l\u2019ONU d\u00e9crit une coque dont l\u2019\u00e2ge et l\u2019absence d\u2019entretien ont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 et compromis l\u2019int\u00e9grit\u00e9 structurelle. Des images tourn\u00e9es par l\u2019\u00e9quipage rest\u00e9 \u00e0 bord, diffus\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises, montrent des voies d\u2019eau et des \u00e9quipements rong\u00e9s par la rouille, gla\u00e7antes pour quiconque conna\u00eet un tant soit peu les risques de rupture de coque en mer.<\/p>\n<p>Le chiffre qui donne le vertige, c\u2019est celui de la cargaison. Le navire, \u00e0 coque simple, mesure 362 m\u00e8tres de long et contiendrait environ 1,148 million de barils de brut l\u00e9ger. Rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019accident le plus tristement c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire p\u00e9troli\u00e8re am\u00e9ricaine, celui de l\u2019Exxon Valdez en Alaska en 1989, la comparaison est sans appel : cela correspond \u00e0 quatre fois la quantit\u00e9 d\u00e9vers\u00e9e lors de l\u2019incident de l\u2019Exxon Valdez en 1989, m\u00eame si les circonstances sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Un d\u00e9versement du Safer n\u2019aurait rien eu de comparable \u00e0 une mar\u00e9e noire classique. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Ant\u00f3nio Guterres, ne m\u00e2chait pas ses mots en \u00e9voquant un navire pouvant exploser ou se briser, d\u00e9versant jusqu\u2019\u00e0 quatre fois plus de p\u00e9trole que lors de la catastrophe de l\u2019Exxon Valdez.<\/p>\n<p>Huit ans de blocage diplomatique avant l\u2019intervention<\/p>\n<p>Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Parce que sauver un p\u00e9trolier \u00e9chou\u00e9 au c\u0153ur d\u2019une zone de guerre suppose d\u2019abord de faire dialoguer des bellig\u00e9rants qui se combattent depuis des ann\u00e9es. Le gouvernement du Y\u00e9men a officiellement demand\u00e9 l\u2019assistance de l\u2019ONU en mars 2018, mais les obstacles \u00e9taient nombreux : il fallait \u00e0 la fois n\u00e9gocier avec les Houthis, qui contr\u00f4lent l\u2019acc\u00e8s au p\u00e9trolier, dans un contexte politique explosif tout en trouvant des solutions techniques et des fonds pour financer l\u2019op\u00e9ration. Les n\u00e9gociations tra\u00eenent, se rompent, reprennent. Les Houthis ont longtemps souffl\u00e9 le chaud et le froid, acceptant \u00e0 plusieurs reprises l\u2019aide de l\u2019ONU avant de se r\u00e9tracter, avant de finalement signer un protocole d\u2019accord facilitant la r\u00e9alisation du projet en mars 2022.<\/p>\n<p>Cet accord ouvre la voie \u00e0 une op\u00e9ration pharaonique, confi\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9erlandaise Boskalis via sa filiale sp\u00e9cialis\u00e9e dans le sauvetage maritime. Le navire de soutien Ndeavor arrive sur zone fin mai 2023 pour stabiliser la coque avant tout transfert. Apr\u00e8s son arriv\u00e9e sur site le 30 mai, la soci\u00e9t\u00e9 de sauvetage maritime SMIT, filiale de Boskalis, a stabilis\u00e9 le Safer, \u00e2g\u00e9 de 47 ans. L\u2019ONU avait entre-temps rachet\u00e9 un autre p\u00e9trolier, le VLCC Nautica, aupr\u00e8s de l\u2019armateur Euronav, pour servir de r\u00e9ceptacle de remplacement. Une pi\u00e8ce ma\u00eetresse du puzzle, financ\u00e9e \u00e0 coups de conf\u00e9rences de donateurs et de dons priv\u00e9s, alors que le budget total de l\u2019op\u00e9ration d\u00e9passait les 100 millions de dollars.<\/p>\n<p>Trois semaines de pompage sous haute tension<\/p>\n<p>Le 25 juillet 2023, le pompage d\u00e9marre enfin. Le projet men\u00e9 par l\u2019ONU pour \u00e9viter un d\u00e9versement massif du superp\u00e9trolier FSO Safer d\u00e9bute avec le retrait de plus d\u2019un million de barils de p\u00e9trole du navire en d\u00e9composition, pomp\u00e9 vers le navire de remplacement Yemen dans un transfert de navire \u00e0 navire cens\u00e9 durer 19 jours. Chaque jour compte : la moindre \u00e9tincelle, la moindre secousse trop brutale, et c\u2019est la catastrophe redout\u00e9e depuis huit ans qui se mat\u00e9rialise.<\/p>\n<p>Le 11 ao\u00fbt, \u00e0 18 heures heure locale, l\u2019ONU annonce la fin de l\u2019op\u00e9ration. Plus de 1,1 million de barils de p\u00e9trole ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s vers le p\u00e9trolier de remplacement en 18 jours. Sur les 1,14 million de barils initialement pr\u00e9sents, il ne restait \u00e0 bord que des r\u00e9sidus m\u00eal\u00e9s \u00e0 des s\u00e9diments : des 1,14 million de barils, il ne restait plus, \u00e0 bord, que 2%, m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 des s\u00e9diments, qui devaient \u00eatre \u00e9limin\u00e9s lors d\u2019un nettoyage final des cuves. Guterres salue une op\u00e9ration r\u00e9ussie, tout en rappelant que le dossier n\u2019est pas clos. Le transbordement du p\u00e9trole vers un navire-citerne de remplacement s\u2019est achev\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9, permettant d\u2019\u00e9viter une catastrophe environnementale et humanitaire monumentale, mais l\u2019ONU r\u00e9affirme son engagement \u00e0 mener le projet \u00e0 bien, notamment en livrant une bou\u00e9e adapt\u00e9e \u00e0 laquelle le p\u00e9trolier de remplacement sera attach\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Une coque vide, mais un dossier toujours ouvert<\/p>\n<p>Le p\u00e9trolier vid\u00e9 n\u2019a pas disparu comme par magie. Cinq mois apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration de pompage, la presse sp\u00e9cialis\u00e9e rappelle que le projet reste fragile. Des responsables de l\u2019ONU font de nouveau \u00e9tat de pr\u00e9occupations, signalant que l\u2019ach\u00e8vement du projet est menac\u00e9 par des retards, des difficult\u00e9s financi\u00e8res, et d\u00e9sormais la situation s\u00e9curitaire en mer Rouge. Le recyclage de la coque elle-m\u00eame, un chantier \u00e0 part enti\u00e8re compte tenu de sa taille et de son \u00e2ge, fait l\u2019objet de n\u00e9gociations distinctes ; plusieurs entreprises sp\u00e9cialis\u00e9es dans le d\u00e9mant\u00e8lement vert de navires, notamment aux Pays-Bas et au Bahre\u00efn, se sont positionn\u00e9es pour r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019acier du Safer.<\/p>\n<p>Il reste ce paradoxe : une catastrophe \u00e9vit\u00e9e de justesse, mais un dossier qui tra\u00eene encore, otage des m\u00eames tensions g\u00e9opolitiques qui ont retard\u00e9 l\u2019intervention pendant huit ans. Le p\u00e9trolier de remplacement, rebaptis\u00e9 Yemen puis MOST Yemen, mouille d\u00e9sormais \u00e0 la place de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, en attendant l\u2019installation d\u00e9finitive d\u2019une bou\u00e9e d\u2019ancrage reli\u00e9e \u00e0 un pipeline, seule solution durable pour que le p\u00e9trole y\u00e9m\u00e9nite puisse \u00e0 nouveau \u00eatre export\u00e9 sans mettre en p\u00e9ril tout un littoral.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.imo.org\/fr\/mediacentre\/hottopics\/pages\/fso-safer-oil-spill-risk.aspx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">imo.org<\/a> | <a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/2000855\/yemen-fso-safer-onu-petrole-maree-noire\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">ici.radio-canada.ca<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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