{"id":1131355,"date":"2026-08-16T23:54:14","date_gmt":"2026-08-16T23:54:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131355\/"},"modified":"2026-08-16T23:54:14","modified_gmt":"2026-08-16T23:54:14","slug":"dans-loural-dormait-depuis-1951-un-lac-ou-une-heure-sur-la-rive-suffisait-a-recevoir-une-dose-mortelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1131355\/","title":{"rendered":"Dans l&rsquo;Oural dormait depuis 1951 un lac o\u00f9 une heure sur la rive suffisait \u00e0 recevoir une dose mortelle"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un lac de 45 hectares, perdu dans le sud de l\u2019Oural, a longtemps port\u00e9 le titre peu enviable d\u2019endroit le plus radioactif \u00e0 ciel ouvert de la plan\u00e8te. Rester une heure sur ses berges suffisait \u00e0 recevoir une dose de radiations mortelle pour un \u00eatre humain. Ce lac s\u2019appelle Karatcha\u00ef, et depuis 2015, il n\u2019existe plus vraiment : il a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement combl\u00e9 de b\u00e9ton, de roche et de terre pour devenir un site de stockage permanent, sec et scell\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un lac sovi\u00e9tique transform\u00e9 en d\u00e9potoir radioactif depuis 1951<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une concentration radioactive comparable \u00e0 Tchernobyl en une seule \u00e9tendue d\u2019eau<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un danger souterrain qui continue de migrer lentement dans les nappes phr\u00e9atiques<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-depotoir-liquide-ne-en-pleine-course-a-l-arme-atomique\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un d\u00e9potoir liquide n\u00e9 en pleine course \u00e0 l\u2019arme atomique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#une-dose-letale-en-une-heure-un-fantome-radioactif-plus-vast\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une dose l\u00e9tale en une heure, un fant\u00f4me radioactif plus vaste que Tchernobyl<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#soixante-ans-pour-transformer-un-lac-en-tombeau-de-beton\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Soixante ans pour transformer un lac en tombeau de b\u00e9ton<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-danger-a-t-il-vraiment-disparu\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le danger a-t-il vraiment disparu ?<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un d\u00e9potoir liquide n\u00e9 en pleine course \u00e0 l\u2019arme atomique<\/p>\n<p>L\u2019histoire commence en 1951, en pleine guerre froide. Le complexe de Ma\u00efak, situ\u00e9 pr\u00e8s de la ville alors ferm\u00e9e d\u2019Oziorsk, rebaptis\u00e9e Tcheliabinsk-40 sous le secret sovi\u00e9tique, produisait le plutonium militaire de l\u2019URSS naissante, et \u00e0 partir de cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019Union sovi\u00e9tique utilise le Karatcha\u00ef pour stocker ses d\u00e9chets radioactifs. Le choix ne devait rien au hasard. Trop exigu pour refroidir les r\u00e9acteurs, ce petit lac devient \u00e0 la place le r\u00e9ceptacle des effluents les plus dangereux, ceux jug\u00e9s trop \u00ab chauds \u00bb pour les cuves souterraines de stockage du site.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de d\u00e9part n\u2019\u00e9tait pourtant pas de cr\u00e9er une bombe environnementale \u00e0 retardement. Le plan initial pr\u00e9voyait un usage temporaire, en attendant que ces mati\u00e8res puissent regagner les cuves b\u00e9tonn\u00e9es de Ma\u00efak. Mais l\u2019histoire en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Trois mots suffisent \u00e0 comprendre le tournant : la catastrophe de Kychtym. En 1957, une explosion dans ces m\u00eames cuves de stockage souterraines contamine une large partie de la r\u00e9gion, un accident aujourd\u2019hui class\u00e9 parmi les plus graves de l\u2019histoire du nucl\u00e9aire, aux c\u00f4t\u00e9s de Tchernobyl et Fukushima. Le lac, cens\u00e9 \u00eatre une solution provisoire, devient alors le r\u00e9ceptacle d\u00e9finitif de d\u00e9cennies de rejets.<\/p>\n<p>Une dose l\u00e9tale en une heure, un fant\u00f4me radioactif plus vaste que Tchernobyl<\/p>\n<p>Les chiffres donnent le vertige. Le lac a accumul\u00e9 4,44 exabecquerels de radioactivit\u00e9, dont 3,6 exabecquerels de c\u00e9sium 137 et 0,74 exabecquerel de strontium 90. Pour donner une \u00e9chelle de comparaison : la catastrophe nucl\u00e9aire de Tchernobyl a rel\u00e2ch\u00e9 2 exabecquerels en Europe et 14 exabecquerels au total. Le Karatcha\u00ef, une simple \u00e9tendue d\u2019eau grande comme quelques dizaines de terrains de football, concentrait donc une activit\u00e9 radioactive comparable \u00e0 celle lib\u00e9r\u00e9e par l\u2019un des pires accidents nucl\u00e9aires de l\u2019histoire \u2014 sauf que l\u00e0, tout \u00e9tait fig\u00e9 au m\u00eame endroit, sans dispersion sur des milliers de kilom\u00e8tres carr\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est cette concentration extr\u00eame qui rendait l\u2019endroit si dangereux pour quiconque s\u2019en approchait. En 1990, selon le Natural Resources Defense Council, l\u2019activit\u00e9 massique des s\u00e9diments et du sol pr\u00e8s du lieu o\u00f9 les effluents radioactifs sont rejet\u00e9s dans le lac est de 155 curies par kilogramme, soit 5 735 gigabecquerels par kilogramme, assez pour administrer en une heure une dose l\u00e9tale pour un \u00eatre humain. Une autre source \u00e9voque m\u00eame un niveau de 600 r\u00f6ntgens par heure en 1990, plus que la dose l\u00e9tale suffisante pour tuer un humain en une heure. Difficile d\u2019imaginer un jardin plus hostile : marcher soixante minutes au bord de cette eau stagnante revenait, litt\u00e9ralement, \u00e0 signer son arr\u00eat de mort.<\/p>\n<p>Le pire est peut-\u00eatre arriv\u00e9 sans la moindre explosion. En 1968, une s\u00e9cheresse expose le lit du lac et le vent disperse de la poussi\u00e8re radioactive, affectant environ 500 000 personnes dans la r\u00e9gion, alors que la surface du plan d\u2019eau r\u00e9tr\u00e9cit de 0,5 km\u00b2 en 1951 \u00e0 0,15 km\u00b2 en 1993. Un simple \u00e9pisode climatique sec avait suffi \u00e0 transformer un probl\u00e8me de stockage en crise sanitaire r\u00e9gionale, contaminant des dizaines de villages qui n\u2019avaient jamais entendu parler de Karatcha\u00ef.<\/p>\n<p>Soixante ans pour transformer un lac en tombeau de b\u00e9ton<\/p>\n<p>Combler un lac radioactif ne s\u2019improvise pas en un week-end. Les premi\u00e8res tentatives s\u00e9rieuses remontent aux ann\u00e9es 1970 : des <a href=\"https:\/\/sciencepost.fr\/il-n-y-avait-ni-vent-ni-orage-ce-15-novembre-1988-mais-le-geant-de-91-m-s-est-ecroule-ce-que-les-ingenieurs-ont-retrouve-dans-les-debris\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ing\u00e9nieurs<\/a> commencent \u00e0 recouvrir les zones \u00e0 nu du lit du lac pour limiter la dispersion des poussi\u00e8res. Une technique originale voit le jour un peu plus tard : entre 1978 et 1986, le lac est rempli de pr\u00e8s de 10 000 blocs de b\u00e9ton creux pour emp\u00eacher les s\u00e9diments de se d\u00e9placer.<\/p>\n<p>Le chantier conna\u00eet ensuite un coup d\u2019arr\u00eat. L\u2019effort ralentit durant les turbulences politiques et \u00e9conomiques qui ont accompagn\u00e9 les derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Union sovi\u00e9tique, et le projet reste inachev\u00e9 pendant un temps avant que les travaux ne reprennent des d\u00e9cennies plus tard. Il faut attendre un programme f\u00e9d\u00e9ral d\u00e9di\u00e9, baptis\u00e9 \u00ab S\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire et radiologique pour 2008 et jusqu\u2019\u00e0 2015 \u00bb, pour voir le dossier enfin boucl\u00e9. La m\u00e9thode retenue impressionne par son ampleur : environ 650 m\u00e8tres cubes d\u2019un b\u00e9ton sp\u00e9cial mis au point par Ma\u00efak ont \u00e9t\u00e9 inject\u00e9s \u00e0 la base du lac \u00e0 travers 38 puits, cr\u00e9ant une barri\u00e8re souterraine renforc\u00e9e contre les s\u00e9diments radioactifs.<\/p>\n<p>Le 26 novembre 2015 pr\u00e9cis\u00e9ment, les derniers blocs de b\u00e9ton sont pos\u00e9s, avant qu\u2019une ultime couche de roche et de terre ne vienne sceller l\u2019ensemble en d\u00e9cembre. L\u2019ancien lac se transforme ainsi en une installation de stockage de d\u00e9chets nucl\u00e9aires permanente et s\u00e8che, en surface. Un budget colossal a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 ce r\u00e9sultat : le projet s\u2019est vu allouer environ 17 milliards de roubles, soit 275 millions de dollars.<\/p>\n<p>Le danger a-t-il vraiment disparu ?<\/p>\n<p>Le lac a beau avoir \u00e9t\u00e9 ray\u00e9 de la carte, le probl\u00e8me n\u2019est pas sold\u00e9 pour autant. La fermeture d\u00e9finitive du site n\u2019a pas \u00e9teint la vigilance des autorit\u00e9s russes : l\u2019exploitant Rosatom continue de financer un dispositif de surveillance, avec un budget annuel avoisinant 130,5 millions de roubles consacr\u00e9 au maintien en \u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 du site combl\u00e9. Derri\u00e8re les grillages, des gardes patrouillent toujours et l\u2019acc\u00e8s reste formellement interdit.<\/p>\n<p>Sous cette carapace de b\u00e9ton, la mati\u00e8re continue son travail invisible. Le panache de nappe phr\u00e9atique contamin\u00e9e s\u2019\u00e9tend sur environ 4 kilom\u00e8tres depuis l\u2019ancien lit du lac, avec des vitesses de migration de 80 m\u00e8tres par an pour le strontium 90 et 40 m\u00e8tres par an pour le c\u00e9sium 137. enterrer les d\u00e9chets n\u2019a pas fig\u00e9 le danger : il se d\u00e9place, lentement, sous la terre de l\u2019Oural, et continuera de le faire pendant des d\u00e9cennies encore, puisque le strontium 90 \u00ab couve \u00bb ici depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle et continuera de le faire pendant encore une centaine d\u2019ann\u00e9es, perdant lentement son activit\u00e9. Le lac a disparu du paysage. Sa m\u00e9moire radioactive, elle, n\u2019a pas fini de se raconter dans le sol.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/12\/dossiers\/dechets_radioactifs_rapport.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">assemblee-nationale.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.osti.gov\/etdeweb\/servlets\/purl\/20236675\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">osti.gov<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.shango.media\/sciencepost-assez-radioactif-pour-tuer-un-homme-en-une-heure-le-lac-que-lurss-a-fini-par-combler-de-beton-11730300\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">shango.media<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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