{"id":1139798,"date":"2026-08-21T06:40:31","date_gmt":"2026-08-21T06:40:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1139798\/"},"modified":"2026-08-21T06:40:31","modified_gmt":"2026-08-21T06:40:31","slug":"la-france-a-allume-a-creys-malville-en-1986-un-reacteur-de-1-200-megawatts-il-naura-tourne-a-pleine-puissance-que-quelques-dizaines-de-mois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1139798\/","title":{"rendered":"La France a allum\u00e9 \u00e0 Creys-Malville en 1986 un r\u00e9acteur de 1 200 m\u00e9gawatts : il n&rsquo;aura tourn\u00e9 \u00e0 pleine puissance que quelques dizaines de mois"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>Un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire de 1 200 m\u00e9gawatts, mis en service en janvier 1986 \u00e0 Creys-Malville, en Is\u00e8re, n\u2019aura fonctionn\u00e9 \u00e0 pleine puissance que 53 mois sur ses onze premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019existence. Le reste du temps ? Des pannes, des proc\u00e9dures administratives interminables, et un arr\u00eat de trois ans et demi. Superph\u00e9nix, le plus grand surg\u00e9n\u00e9rateur jamais construit au monde, est rest\u00e9 \u00e0 quai plus souvent qu\u2019il n\u2019a produit du courant.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un r\u00e9acteur con\u00e7u pour produire plus qu\u2019il ne consomme, mais paralys\u00e9 par des d\u00e9fis technologiques in\u00e9dits<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Trois ans et demi d\u2019arr\u00eat suite \u00e0 une fuite en 1990, suivi d\u2019une bataille juridique qui a \u00e9clips\u00e9 les enjeux techniques<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une facture de 9 milliards d\u2019euros pour une production r\u00e9elle d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 six fois inf\u00e9rieure aux pr\u00e9visions<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-chantier-commence-en-pleine-guerre-froide-energetique\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un chantier commenc\u00e9 en pleine guerre froide \u00e9nerg\u00e9tique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#onze-ans-d-exploitation-quatre-ans-et-demi-de-production-ree\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Onze ans d\u2019exploitation, quatre ans et demi de production r\u00e9elle<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#une-facture-qui-se-compte-en-milliards\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Une facture qui se compte en milliards<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#un-demantelement-deja-plus-long-que-la-periode-d-activite\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un d\u00e9mant\u00e8lement d\u00e9j\u00e0 plus long que la p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un chantier commenc\u00e9 en pleine guerre froide \u00e9nerg\u00e9tique<\/p>\n<p>Le projet d\u00e9marre en 1976, sur un terrain bordant le Rh\u00f4ne, \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de Lyon. L\u2019ambition est immense : construire un r\u00e9acteur \u00e0 neutrons rapides refroidi au sodium liquide, capable de produire plus de combustible qu\u2019il n\u2019en consomme. Un r\u00eave de surg\u00e9n\u00e9ration port\u00e9 par trois \u00e9lectriciens europ\u00e9ens r\u00e9unis dans la soci\u00e9t\u00e9 NERSA, EDF en t\u00eate avec 51% des parts, aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019italien Enel et d\u2019un consortium germano-belgo-n\u00e9erlandais. Le chantier n\u2019est pas de tout repos : en 1982, un attentat \u00e0 la roquette vise la centrale encore en construction. Superph\u00e9nix est toutefois mis en service en 1986, apr\u00e8s une divergence obtenue en 1985. Le 1er janvier 1986 marque le vrai d\u00e9but de l\u2019aventure industrielle.<\/p>\n<p>Le refroidissement au sodium fondu \u00e0 550\u00b0C n\u2019est pas un d\u00e9tail technique anodin. Ce m\u00e9tal s\u2019enflamme au contact de l\u2019air et explose au contact de l\u2019eau, un d\u00e9fi d\u2019ing\u00e9nierie qui explique en grande partie pourquoi ce prototype accumulera les incidents dans les ann\u00e9es suivantes.<\/p>\n<p>Onze ans d\u2019exploitation, quatre ans et demi de production r\u00e9elle<\/p>\n<p>Le bilan officiel, dress\u00e9 par la Cour des comptes et repris dans un rapport du S\u00e9nat, est sans appel. Du 1er janvier 1986 au 31 d\u00e9cembre 1996, le temps a \u00e9t\u00e9 r\u00e9parti de la fa\u00e7on suivante : pendant 53 mois, soit pr\u00e8s de quatre ans et demi au total, la centrale a connu une exploitation normale. Le reste du temps se r\u00e9partit en deux blocs presque sym\u00e9triques : pendant vingt-cinq mois elle a \u00e9t\u00e9 hors d\u2019\u00e9tat de fonctionner par suite d\u2019interventions diverses pour corriger des incidents constat\u00e9s, et pendant cinquante-quatre mois, alors qu\u2019elle \u00e9tait techniquement apte \u00e0 tourner, des proc\u00e9dures administratives et judiciaires l\u2019ont maintenue \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode le plus marquant reste celui de 1990. Le fonctionnement du r\u00e9acteur Superph\u00e9nix a, depuis d\u00e9cembre 1986, \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les incidents de fuite du barillet de transfert de combustible en avril 1987 et de pollution du sodium primaire, en juin 1990, conduisant \u00e0 l\u2019arr\u00eat du r\u00e9acteur le 3 juillet 1990. Trois ans et demi. C\u2019est le temps qu\u2019il aura fallu pour red\u00e9marrer, en septembre 1995, apr\u00e8s une bataille juridique et politique qui a fini par \u00e9clipser les questions purement techniques. En 1996, l\u2019installation conna\u00eet enfin une ann\u00e9e de fonctionnement jug\u00e9e satisfaisant. Trop tard : apr\u00e8s un bon fonctionnement en 1996, il est de nouveau arr\u00eat\u00e9 en 1997, et sous la pression des Verts, Lionel Jospin, devenu premier ministre, annonce en 1997 la fermeture d\u00e9finitive de Superph\u00e9nix qui est ent\u00e9rin\u00e9e par un arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel en d\u00e9cembre 1998.<\/p>\n<p>Une facture qui se compte en milliards<\/p>\n<p>Le chiffrage a occup\u00e9 plusieurs rapports publics successifs. Selon un rapport de la Cour des comptes de 1997, la construction du r\u00e9acteur Superph\u00e9nix a co\u00fbt\u00e9 9,1 milliards d\u2019euros, pour un co\u00fbt de fonctionnement d\u2019environ 1 milliard par an, que le r\u00e9acteur produise de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou reste \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Un rapport ant\u00e9rieur des magistrats financiers, datant de 1996, avait avanc\u00e9 un chiffre proche pour l\u2019ensemble du cycle de vie de l\u2019installation, de l\u2019investissement initial jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9construction compl\u00e8te, autour de 9,15 milliards d\u2019euros le co\u00fbt complet de la centrale, de l\u2019investissement initial \u00e0 la d\u00e9construction totale.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 recettes, le d\u00e9calage est spectaculaire. La production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 aurait d\u00fb rapporter 12 milliards de francs ; elle n\u2019en a fourni que 2 milliards, un sixi\u00e8me de ce qui \u00e9tait attendu. Une Assembl\u00e9e nationale et un S\u00e9nat partag\u00e9s sur la suite \u00e0 donner ont d\u2019ailleurs soulign\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que l\u2019\u00e9quation financi\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas si simple \u00e0 trancher : retarder l\u2019arr\u00eat de l\u2019exploitation de la centrale jusqu\u2019\u00e0 la fin de la convention entre les partenaires dans NERSA, soit fin 2000, aurait probablement \u00e9t\u00e9 neutre sur le plan financier, selon les hypoth\u00e8ses retenues par EDF elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Un d\u00e9mant\u00e8lement d\u00e9j\u00e0 plus long que la p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9<\/p>\n<p>Depuis 1999, Creys-Malville n\u2019est plus une centrale : c\u2019est un chantier de d\u00e9molition. Et un chantier hors norme, puisque le r\u00e9acteur Superph\u00e9nix est le plus grand r\u00e9acteur du monde en cours de d\u00e9mant\u00e8lement. Chaque jour, 300 salari\u00e9s assurent les activit\u00e9s de d\u00e9mant\u00e8lement des installations, avec un budget annuel cons\u00e9quent : en moyenne, chaque ann\u00e9e, EDF investit 50 millions d\u2019euros pour le fonctionnement et la maintenance du site.<\/p>\n<p>Les \u00e9tapes s\u2019\u00e9talent sur plusieurs d\u00e9cennies. Apr\u00e8s le retrait des combustibles et la vidange du sodium, achev\u00e9s dans les ann\u00e9es 2010, les \u00e9quipes s\u2019attaquent d\u00e9sormais au c\u0153ur du r\u00e9acteur : les internes de cuve et le grand bouchon tournant sont trait\u00e9s sur la p\u00e9riode allant de 2020 \u00e0 2025, puis la cuve du r\u00e9acteur sur une p\u00e9riode allant de 2025 \u00e0 2028, tandis que le d\u00e9mant\u00e8lement des g\u00e9n\u00e9rateurs de vapeur est pr\u00e9vu de 2022 \u00e0 2027. Des robots interviennent d\u00e9sormais sur les op\u00e9rations les plus sensibles, notamment pour extraire les derniers bouchons de la cuve. L\u2019ensemble du chantier ne devrait pas s\u2019achever avant 2030, avec en derni\u00e8re \u00e9tape l\u2019assainissement des structures en b\u00e9ton. Quant au co\u00fbt de cette d\u00e9construction, les estimations ont vari\u00e9 dans le temps : la Cour des comptes l\u2019\u00e9valuait \u00e0 955 millions d\u2019euros dans son rapport de janvier 2012, mais des experts ind\u00e9pendants et des travaux plus r\u00e9cents \u00e9voquent d\u00e9sormais un montant plus proche de 2 milliards d\u2019euros \u00e0 terminaison.<\/p>\n<p>Le site n\u2019est pourtant pas rest\u00e9 fig\u00e9 dans son pass\u00e9 nucl\u00e9aire. Depuis 2023, une partie des terrains accueille une centrale photovolta\u00efque de 22 000 panneaux, construite en parall\u00e8le du chantier de d\u00e9mant\u00e8lement. Une installation d\u2019entreposage de combustible reste par ailleurs en fonctionnement sur place, avec une \u00e9ch\u00e9ance d\u2019exploitation fix\u00e9e \u00e0 2035. De la fission la plus complexe jamais tent\u00e9e en France aux panneaux solaires pos\u00e9s sur une friche industrielle : Creys-Malville aura connu, en un demi-si\u00e8cle, deux visages radicalement oppos\u00e9s de la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/revolution-energetique.com\/lancienne-centrale-nucleaire-de-creys-malville-se-reconvertit-dans-le-solaire\/amp\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">revolution-energetique.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.senat.fr\/rap\/l97-4392\/l97-439229.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">senat.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.techniques-ingenieur.fr\/actualite\/articles\/demantelement-nucleaire-40253\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">techniques-ingenieur.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? Ajoutez-nous \u00e0 vosfavoris Google Un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire de 1 200 m\u00e9gawatts, mis en&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1139799,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[7],"tags":[116736,11440,1011,27,56,43,40,41,39,110858,112626,42,44],"class_list":["post-1139798","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-sciences-et-technologies","tag-creys-malville","tag-energie-nucleaire","tag-fr","tag-france","tag-push","tag-science","tag-science-and-technology","tag-sciences","tag-sciences-et-technologies","tag-superphenix","tag-surgenerateur","tag-technologies","tag-technology"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/117132134193766528","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1139798","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1139798"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1139798\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1139799"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1139798"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1139798"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1139798"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}